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Dissidenten & Lemchaheb › Sahara Elektrik

cd/lp • 5 titres • 42:13 min

  • 1Inshallah – Kif Kif7:00
  • 2Fata Morgana7:50
  • 3El Mounadi – Die Wüste Lebt6:40
  • 4Sahara Elektik11:28
  • 5Casablanca – Wacha Wacha10:26

extraits vidéo

informations

Enregistré et mixé par Gunni Heidler et Marlon Klein à l'Exil Studio.

line up

Marlon Klein (batterie, synthétiseurs), Friedo Josch (flûte), Uve Müllrich (guitare, basse), Cherif Lamrani (mandoline, voix), M'Barak Chadili (voix), Mohamed Ayoubi (voix, percussions)

chronique

Latitude modifiée, micmac climatique : le Sahara Élektrik est un drôle de lieu, un point de fusion pas moins ville pleine, fourmillante, qu'oasis fabriquée, inventée, construite entre les mondes – c'est à dire en plein dedans – où tous ceux-là avaient décidé de ne jamais trop se fixer et de ne jamais rien lâcher. D'un côté des Allemands ex-hippies, désireux d'aller plus loin que le krautrock, que la musique planante, bientôt new-age, en train d'émerger de là – le groupe, formé en Inde par des membres d'Embryo s'est d'abord nommé Embryo's Dissidenten. De l'autre, les Marocains de Lemchaheb – qui s'étaient mis en tête dès les années soixante-dix (comme quelques autres – Nass el Ghiwane, Jil Jilala...) d'amplifier, de mélanger à gros bouillons et grands coups d'arcs électriques (eh...) les musiques folk, traditionnelles de leurs régions.

Sauf que non : ici, ce n'est pas « d'un côté.../de l'autre... ». Tout le monde joue ensemble, en même temps. On se doute bien, certes, que ce ne sont pas les Berlinois qui chantent en arabe (ou en berbère ?). Pour le reste... Difficile d'être sûr – de qui apporte quoi, si tel rythme martelé, tel autre roulé, vient des uns, des autres, d'une idée qu'ils auraient eue tous ensemble. Sahara Elektrik ose les matières plastiques - une modernité flash, criarde, mais trop contrastée pour le bon goût du jour, pas diluée dans une esthétique « world d’échoppe culturelle certifiée ». Ils osent cette pochette. Ils osent les épisodes de bruitages très ciné/télé populaire (les cris et la foudre sur El Moudani/Der Wüste Lebt). Ils tentent toutes les textures fluos, qui débordent les lignes à la parfaite rectitude – synthétiques, robotique – de leurs architectures. Ils font bien...

Ça leur a donné une sorte de tube – Fata Morgana. Le nom de la Fée Morgane en italien, le nom aussi, surtout, d'un phénomène d'optique, d'une sorte particulière de mirage. Quand t'es dans le désert, depuis trop longtemps... Sahara Elekrik déforme tout, oui. Fait flotter des halo, opère des zooms sur des détails, les concentre en images concrètes, hyper-réalistes, en modifient l'échelle. Ce n'est pas une musique molle, qui dissoudrait dans un creuset une Orient, un Occident rêvés, fantasmés, privatisés sous clause d'isolation et d'exclusivité. C'est une collusion où l'on cherche – où l'on doit bien trouver – comment s'entendre, comment se parler, comment faire du réel qui ne soit pas du plat relevé. C'est une musique qui cherche un mouvement juste – qui fonctionne, une machinerie mouvante, vivante – plutôt qu'à tendre une toile où barbouiller, fixer des paysages, des impressions. D'aucuns – il semble qu'un journaliste américain (Stephen Holden), ait dégainé le premier le terme – appellerons ça World Beat. Pourquoi pas. Ça rend mieux, au fond, ce souci de pulsation, de pouls qu'on cherche, que le plus vague encore World Music. Ça reste une étiquette, on n'en déduira guère ce qui s'entend ici.

Ce qui s'entend ici ne cherche pas, je crois, à expliquer comment on pourrait se rencontrer. Le terrain commun, là-dedans, n'est pas un mi/mi, un lieu neutre, neutralisé. Ce qui s'étend et se concentre, du début d'Inshallah à la fin de Wacha Wacha, ce sont des propositions de cheminements. On peut s'y égarer autant qu'y trouver une sorte spéciale d'hospitalité. On peut s'y tromper – trouver qu'ils s'y fourvoient. Au moins, ce ne sont pas de bêtes espaces aseptisés où l'on exposerait des bouts, des pièces d'un exotisme en pacotille. Ce sont des circulations – hors et suivant les lignes des circuits d'import-export.

Le Fata Morgana, au fait – l'illusion d'optique... Ce n'est pas le genre de vision qu'on se chope, après tout, au fin fond des sables. C'est un truc de marins, plutôt. Un truc qui s'observe au large de la Bretagne ou loin dans la Baltique. Le texte, apparemment, parle lui d'une ville où l'on meurt – de faim, de maladie, d'ignorance quant aux soins, d'un quartier de Tel-Aviv. La chanson raconte les secours qui se perdent, le ravitaillement qui n'arrivera jamais, si je comprends bien. Drôle de ton, de sujet, pour un hit ? C'est que ça se dansait, aussi, et que d'Europe, d'Amérique, on n'y comprenait le plus souvent que pouic. C'est une époque. Ça se tient toujours – tout seul. Ça se tient toujours entre eux tous – ça passe toujours vers nous, daté ou pas, l'âge de la chose est audible mais ne fait de rien, ici, une espèce de langue morte qu'on ne pourrait plus que traduire plutôt qu'à notre tour nous entretenir avec.

note       Publiée le mardi 9 juillet 2024

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