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Lala &ce › Solstice

cd/lps • 19 titres • 46:23 min

  • 1Intro2:56
  • 2No More Time2:58
  • 3Santos3:45
  • 4[skit] Ængel0:35
  • 53AM In Paradise2:54
  • 6Licorne2:37
  • 7Drogue D'Hiver2:56
  • 8[skit] Radiolaligne0:56
  • 9Jalouse3:13
  • 10Money to Get to2:53
  • 11[skit] Radiohack1:16
  • 12BUT3:09
  • 13Sexyy Red2:48
  • 14Apocalypse Sitcom2:32
  • 15Solstice [interlude]1:19
  • 16Djinzin2:55
  • 17[skit] Loveinanarchy0:32
  • 18Déranger3:17
  • 19Soib33:44

informations

Mixé par Boris Labant (1, 4, 13, 14, 19), Clément Cartig (2, 5-19), Léopold Joly (3, 12, 18), Matae (10, 16)

La version LPs est un double vinyle à lire à vitesse 45 tours.

line up

Lala &ce (lyrics, voix), Phazz (composition et production sur 2-5, 7-15, 17-19), Loubenski (composition production sur 6 , 10, 19), Mido (composition sur 1), Monroe Harper (composition sur 1), TJ Whitelaw (composition sur 1)

Musiciens additionnels : Dinos (feat sur Santos), La Fève (feat sur Sexyy Red), Ste Milano (deat sur Djinzin)

chronique

Ce qui me touche, ce qui passe, de ce disque à moi, a sans doute eut à sauter – que je m'en rende compte ou non – quelques barrières, quelques murs. Quelques habitudes, c'est à dire, réflexes. Cet autotune, ces phases « mumblées », par moments, il a fallu que je me rende à l'évidence : ce ne sont pas ici de simples tics de production, d'esthétique, de calibrage. Ça se mue, c'est dès le début un langage – dosé, qui souligne ou déguise, camoufle plus ou moins la langue. C'est une langue, c'est la langue, même, ici – l'autotune réglé, implémenté plus ou moins comme ça. Je ne comprends pas tout mais ça me va. Une bonne partie de la critique culturelle a encensé ce disque, cette voix, s'est empressé de les clamer « universels », acclamant un « tournant conscients ». Je m'y refuse. Pas pour abaisser quoi que ce soit ic, non, « séparer », bien au contraire ! Mais parce que cette voix n'a pas besoin de ça – qu'une « grande culture majeure » la valide, l'absorbe. Elle vit autrement – et c'est pour ça, comme ça qu'elle vit complètement, ne se contente pas de rogner, de subsister en sous-produit – sa conscience n'attendait personne, aucune louange pour se révéler, pour œuvrer, percevoir, répondre, transformer.

La musique de Lala &ce parle de quelque part, oui. Parle depuis un monde qu'elle appréhende depuis son propre corps, sa propre expérience, son âge, sa peau, son histoire et son présent – qui est ce présent où on se trouve aussi, où on se côtoie et où on se rate, où tout est fait pour qu'entre certain.e.s ça « matche », pour qu'entre d'autres ça s'invective, s'agresse, s'esquive ou s'ignore. Lala &ce et ses ami.e.s, ses invité.e.s, viennent pour partie de la scène « soundcloud » – moquée au départ par le gros du rap game, qui a bien dû en rabattre quand la chose s'est mise à courir, à s'écouler, à vendre et à l'ouvrir, à ramener du monde qui s'y reco naissait mieux. Lala &ce parle Licorne – il s'agit d'être la, le troisième dans une nuit ou l'autre d'un couple, d'une paire XY, YY, XX, ce qu'on voudra. Elle dit discord comme un mot non-étranger, non rapporté, non-gadget. C'est un vocabulaire, à part entière, qui dit des réalités – les plateformes, les réseaux, les reels, les « rooms » diverses virtuelles... Ce qui serait dérisoire, dangereux, ce qui serait prêter le flanc, encore plus, aux manipulations que tour ça rend possible (l'insaisissable des rumeurs, des vagues, les horreurs concrètes que ça génère, relaie, invente et démultiplié) – ce setait de se dire que tout ça n'existe pas, n'est rien, de ne pas, comme elle, faire avec autant qu'en contre. Je ne crois pas – du tout – qu'elle soit dupe, qu'ils et elles le soient, toutes celles et tous ceux entendus là-dedans, sur ce disque. Je n'ai pas grandi avec cet attirail, pour ma part – elles et eux savent mieux que moi de quoi il retourne... J'écoute. J'entends.

J'entends ces interludes – Radio La Ligne, une quelconque BFM, une quelconque C8, un quelconque canal twitch peut-être bien, pas fantasmé, à peine transposé. Je lis beaucoup, ailleurs que ce serait « comme dans 1984 d'Orwell ». Certes. J'y entends surtout, moi, des échos d'un certain Brazil (celui de Terry Gilliam). J'entends dans la fin du disque un écho brutal de celle du film. (La dernière, toute dernière évasion...). Je n'y discerne rien de naïf – je ne crois pas que l'épisode « hacking » soit innocent, lui non-plus, ne nous vende un trop facile espoir. À la fin... Je vous laisse écouter, décider pour vous ce qu'il vous semble qu'il se passe.

Lala &ce parle cul. Parle queer, aussi (je ne sais pas si quelque part elle le formule ainsi, ceci dit, à quel point elle se reconnaît dans ce mot...). Elle et sa musique dialoguent avec une espèce d'IA mercenaire qui, la piégeant et s'y trouvant prise, devient curieusement emphatique, séduisante. Elles parlent des poids que n'ont pas à porter d'autres (« j'ai plus de chaînes à mon cou que t'auras jamais d'couilles dans ton fûte... », je doute que ce ne soit qu'une histoire de joaillerie, dans l'intention). Lala &ce et sa musique dialoguent avec les machines, les réseaux, oui, les structures abstraites, en intimes, comme on s'entretient en son for intérieur – parce que cette part de l'artificiel, peut-être, ces organes externes qui nous cernent désormais esquissent, dessinent, rendent possibles d'autres modalités, d'autres dimensions de la conscience (encore elle, tiens), au-delà ou avec cette part d'évitement, cette mise à distance pour quoi ils sont conçus, à quoi ils permettent d'atteindre.

Solstice navigue en plein flux et en plein nœuds d'impasses, chicanes et brisées (ouvertures), connaissance située (comme dirait Haraway – je ne sais pas si Lala &ce a eu vent ou non de concept, s'est penchée sur ces écrits.. ce n'est pas pour l'heure là question là plus essentielle, il me semmble). Lala &ce parle de deuil, d'une présence de (la) mort qui rode et qui pèse – sur nos gueules, nos épaules à tous, sur la sienne qui n'est pas n'importe qui, n'importe quoi. Lala &ce, j'ai l'impression, pratique sa propre modalité de l'Amor Fati – comme disait l'autre, là (Nietzsche, encore)... L'amour de son destin, la fierté de ne se soumettre, de ne s'adonner qu'à ça. Je lis ça et là, d'ailleurs, qu'elle en est « passionnée », du type en question. J'entends qu'elle s'en empare. Je me dis que tant mieux si ça en froisse certains – si ça défrise ou fait friser/freezer l'un ou l'autre, dans l'un ou l'autre de ces Guignol's Band, de ces cercles où on brandit en étendard (souvent bien rincé, essoré) ledit Freddy Moustache. (NSBM et satellites, culturistes à dick-picks, érudits pro ou amateurs restés bloqués aux alentours de 1870...). Tant mieux si par lui, avec lui, elle parle d'autre chose – parle de sa vie à elle, de femme (aussi – dixit elle-même – Métisse Extra-terrestre) qui drague et qui aime à longueur de couplets d'autres femmes – en cause autrement, comme elle veut, sans que ça tourne jamais à la scène porn pour matteur qui attendait depuis le générique de voir débouler cette séquence-cliché là, celle-là précisément.

Cette musique parle de la mort, oui, qui se tient toujours là, partout, furtive, violente, matérielle et diffuse. Cette musique, ce disque, cette femme parlent du corps, des corps, de l'impossibilité de rester seul. De l'impossibilité, absolue, de ne pas être seul, isolé.e, séparé.e, à la fin, la toute fin. La beauté de ce Solstice – qui est aussi cette Drogue D'Hiver à quoi en appelle l'un de ses titres – c'est qu'on ne sait pas toujours dans quel sens on peut le prendre, comment il va nous mettre, s'ils sera aurore ou crépuscule, selon ce qu'on veut ou selon l'inverse (l'inverse, le contraire, l'empêchement, c'est toujours là, aussi). Cet espace artificiel – plastifié, tout électronique – habite autant qu'ils l'habitent des plaisirs organiques, en déborde ; ils y dégorgent et s'y épuisent. La morgue apparente du ton qu'elle arboré parfois n'est pas le revers, je crois, la dissimulation, le déni de toute émotion, des sentiments, affects, affections – elle en est simplement l'écho, la répercussion, l'onde de choc continuelle. Elle est un sens moral, peut-être bien, dans cette existence qui la tient, qu'elle nous tend ici à bout de bras.

À mesure que le disque avance, on se rend compte que la lumière tombe. À mesure que la tristesse poisse, on voit qu'elle se fait plus limpide, éblouissante. Elle tombe, oui, comme une nouvelle – inéluctable et attendue. Ça dit, oui, comment on va mourir – ce que ça en dit, ce qui le dit est vivant. Ça ne parle pas que de ça – le seul moyen de parler du reste étant de ne pas l'évacuer, la fatale issue, avec ses moyens innombrables, plus que jamais exponentiels.

Je ne prétends toujours pas comprendre tout, ici. Je n'étudie pas un objet, j'écoute un disque, je m'entretiens avec lui, avec ce sur quoi, chez moi, il met le doigt. On ne se scrute pas, on se pose tranquilles – dans son espace qui le temps de, en devient un où je peux faire halte afin qu'on se touche deux mots (ou encore moins, ou beaucoup plus... ça ne se compte pas toujours, c'est même parfois l'idée).

note       Publiée le samedi 6 juillet 2024

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    Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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    Oui, Everything Tasteful, le précédent, est bon aussi mais en effet un peu plus "monochrome", assez nettement, même. De ce que j'en lis, Solstice est celui dont elle-même est la plus fière (ce sont ses mots) à ce jour, celui qui est "le plus elle", aussi, si j'ai bien compris. Quant au Baiser Mortel que tu évoques, ça reste à creuser, pour moi ! Ça m'a tout l'air d'être davantage dans un esprit sound-system/mixtape mis à jour, donc c'est pas mal fait pour me causer, à priori...

    Message édité le 09-07-2024 à 12:10 par dioneo

    Note donnée au disque :       
    A.Z.O.T Envoyez un message privé àA.Z.O.T

    Bien aimé celui-ci, en effet plus varié que ses efforts précédents. J'avais beaucoup aimé le projet juste avant avec low jack et d'autres rappeurs/rappeuses, le flow mumble avec les instrus poisseuses fonctionnaient super bien.

    Note donnée au disque :