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Nagat El-Sagheera › Eyoun El Qalb

cd • 5 titres • 56/27 min

  • 1عيون القلب/Eyoun El-Qalb19:42
  • 2انا باستناك/Ana Bastanak17:19
  • 3باحلم معاك/Bahlam Maak3:51
  • 4فاكره/Fakra10:06
  • 5أنا باعشق البحر/Ana Bashak El Bahr5:27

informations

*Le morceau Ana Bastanak est absent de l'édition cassette Soutelphan de 1991.

chronique

Il est parfois difficile de savoir, de préciser. L'illusion s'envole vite d'un monde entièrement décrypté, appréhendé, traduit en trois clics, où l'on pourra se servir, instantanément se trouver en terrain connu. Wiki est ton ami mais pas tant que ça – parfois, très vite, s'interposent une langue et ses diverses transcriptions, des alphabets. Des circuits différents, aussi – des marchés immenses qui nous sont inconnus, des étales de cassettes sur des places où on n'a jamais mis le pied, où la réalité nous frapperait vite de n'être qu'un touriste, qu'il nous faudrait des années pour commencer à voir certains détails. Il y a des histoires – ici évidentes, légendes, là presque inconnues, notices mal rédigées par paresse ou simple ignorance dans des ouvrages d'auteurs étrangers (à leur sujet, à tout un public qui n'est pas eux, qui n'est pas nous).

Nagat El-Sagheera fut ailleurs, reste, passées certaines frontières, une star, quelque chose comme ce qu'ici on appelle un Monstre Sacré. Chanteuse, actrice égyptienne qui a connu « l'âge d'or » d'une musique dont ici, on n'a reçu que quelques bribes – dont au-delà, peut-être même, de quelques noms, Oum Kalthoum, en Égypte aussi (ou Kalsoum, ou Kelsoum, etc., transcriptions, disais-je), Fairouz au Liban... on a, depuis tout ce temps, guère fait cas. Et pourtant. Pourtant, à l'écoute, c'est évident : que cette musique est tout un monde, porte tellement de contrées, pourquoi, comment elle a ravi des foules. C'est frappant, aussi : à quel point, dans ce qui nous échappe, on trouve des traces de ce qu'elle, ce que les compositeurs qui pour elle écrivaient, ont glané au dehors comme au dedans desdites frontières, ont savamment construit. Car cette musique est riche de choses qui nous sont familières comme de modes inconnus, d'orchestrations tout de suite évidentes comme d'arrangements qui peuvent nous stupéfier – parfois, justement, aussi, par ce qu'on y reconnaît de nos repères, placés comme on n'aurait jamais cru.

Eyoun El Qalb – Les Yeux du Cœur – est un disque sur quoi j'étais tombé à peu près par hasard, en fouillant dans le bac « Égypte » du rayon « World Music » d'une FNAC, il y a longtemps. Un digipack, nettement une réédition – aucune date reportée dessus. Il semble, quelques recherches plus tard, que l'album, au départ, soit sorti en 1980 – mais là encore je ne suis sûr de rien, je n'en sais pratiquement rien. À ceci près : que la musique, dès la première fois, m'a happé. Que les plages longues enregistrées en public (les deux premières) ou en studio (Fakra), avec leurs grands ensembles de cordes, m'ont jeté dans un monde, que l'émotion – dans cette voix comme dans l'orchestration – m'a saisi dans l'instant pour ne plus me lâcher, aussi vastes soient les plages. Cette incroyable dynamique, aussi – l'articulation de la musique comme un rythme poétique, ramenée, hissée à cette essence là, c'est à dire, aussi, tirant à nouveau le verbe, les périodes du chant et la forme des mots en plein son, matière vibratile. La musique articule, oui, narre – mais les phrasés, ce qui est dit, se fait tout autant scansion et registres. La musique s'arrête et les spectateurs clament. La musique repart et la joie résonne encore dans la clameur qui retombe.

Et puis il y a ces chansons courtes, d'une « modernité autre ». Bahlam Maak et son... Mellotron. Sa voix phasée, passée vraisemblablement par une cabine leslie, aux accents d'une tendresse infinie et proche, lumineuse et légèrement, très doucement mélancolique. Le titre, semble-t-il, signifie Je Rêve Avec Toi. Mièvrerie romantique, romanesque ? Ce n'est pas ce que me dit la chanson – rien n'y sonne tartiné, forcé, vulgaire. Toutes les lignes y sont claires, tous les gestes somptueux. Et Ana Bashak El Bahr (J'Adore la Mer), à la fin, avec cette basse – probablement synthétique, proprement magnifique dans son délié solide, sa mélodie presque... Melody – Nelson, oui, mais que Nagat, que les musiciens, que l'arrangement emmènent complètement ailleurs (vers une sorte d'arabo-andalou électrique, électronique, territoire inventé autant qu'approprié). Ce chant – cette fois comme au bord du souffle, parfaitement affirmé mais le timbre comme transporté, débordant sans en faire trop une seule seconde – serait-ce dans la fausse pudeur, surtout pas.

J'ai du mal à en dire plus. Par ignorance, encore – parce que m'étant renseigné autant que possible, depuis, je ne suis toujours certain de rien, je veux autant que possible ne rien véhiculer de faux, éviter les clichés et pauvres projections. Je ne peux atteindre, avec ce disque, cette musique, cette artiste et d'autres, à une toute relative précision qu'en restant allusif – qu'en restant plus que jamais subjectif, et presque concis. Ce disque m'a suivi d'une ville à l'autre, de studio en studio (jamais des meublés, tiens...), dans cette maison où je vis maintenant. Je l'emporterai dans la prochaine. On ne s'est jamais lâchés – il me revient toujours et je ne m'en lasse pas. Si vous passez par là, venez ici qu'on s'y plonge.

note       Publiée le samedi 1 juin 2024

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dimegoat Envoyez un message privé àdimegoat
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Ah la chanson égyptienne, que du bonheur ! Je ne la connais pas bien mais ai un morceau d'elle sur une compilation. La vitalité de la pop/chanson locale moderne (et pas toujours très écoutable) est assez incroyable mais cette bande-son du Caire d'avant est encore bien présente (Enfin, Oum Kalsoum surtout, elle est partout, Edith Piaf x1000)

Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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Pour ma part comme dit dans la chro, j'étais tombé là-dessus dans une fnac parisienne il y a des années - probablement celle de Bastille, qui est resté très longtemps une étonnamment bonne adresse. J'y avais chopé celui là, du Fairouz, du Oum Kalsoum, Abdel Halim Hafez et quelques autres dans cette collection "Arabian Masters" chez Virgin Arabia, en digipacks vraiment pas chers (ce qui m'a permis de découvrir un peu au hasard, comme dit aussi dans la chro), avec des notes de pochette succinctes mais intéressantes, en français, écrites par le journaliste Rabah Mezouane, spécialiste de ces musiques là... Aujourd'hui je ne sais pas si ça se trouve encore trop, après ! Et je n'ai pas regardé sur soulseek ou quoi - j'imagine que ça doit se dénicher mais il faut surmonter les histoires évoquées, de transcriptions variables, d'azerty/qwerty/qzerty etc. qui ne permettent pas de rechercher aisément en V.O. ...

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Tallis Envoyez un message privé àTallis

Je découvre avec émerveillements via les extraits. Ça n'a malheureusement pas l'air d'être encore facilement trouvable...

Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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Oh cool... Ça me replonge aussi, de revenir à celui-là, dans d'autres disques découvert à la même époque, de mon côté. Du coup j'écoute Warda, là tout de suite, et je constate que ça me fait toujours autant d'effet. (Cette voix...). Du coup je me dis qu'elle aussi, il faudra que je vous en parle ! C'est malin.

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SEN Envoyez un message privé àSEN

Ah tu fais ressortir ce disque des archives de ma mémoire, j'avais complétement oublié cet album, et je m'y replonge avec émerveillement ! Je me souviens surtout du dernier morceau effectivement ^^

Message édité le 01-06-2024 à 20:07 par SEN

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