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Makoto Kawabata/Shinsuke Michishita › Sex, Voyage and Echo Chamber

cd • 4 titres • 56:21 min

  • 1Me and Bitter Psychedelic Tokyo15:28
  • 2Queen N°512:41
  • 3Point to Point10:29
  • 4Rome N°917:41

informations

Enregistré par Richard Horner.

line up

Makoto Kawabata (guitare électrique), Shinsuke Michishita (guitare électrique)

chronique

Ces deux là ont sans doute pas mal en commun. « Théoriquement ». De n'être pas de Tokyo, déjà – d'être extérieurs à cette scène, ces scènes de la capitale, arrivés d'ailleurs, surtout pas désireux, au vrai, d'en partir pour s'installer, percer « là-bas ». (L'un est d'Osaka, l'autre d'Himeji, une centaine de kilomètres plus à l'ouest). Le goût de la jam psychédélique extensive, aussi, si ce n'est exponentielle – des guitares qui hululent ou grondent, des textures qui se délitent ou dissolvent la tête, l'esprit, malaxent ou flottent l'écoute, l'attention, captivent ou se déploient sans toucher, en périphérie. Le goût du trip, nettement. Mais... C'est peut-être à peu près tout ? Leurs musiques, quoi qu'il en soit – celles, notamment, jouées dans leurs groupes les plus connus, Acid Mothers Temple (et blablabla) pour Kawabata, LSD March pour Michishita – diffèrent grandement. Approches chromatiques parfois presque opposées, du moins dans le rendu – Makoto and Co donnent volontiers dans le camaïeux quand ce n'est pas dans le tie-and-dye tous azimuts, Shinsuke et sa poignée de fidèles ne délivrant pour leur part, souvent, qu'une teinte tranchée, un jeu de nuances serré par disque. Ambiances rarement comparables, de fait, chez les uns et les autres, l'un et l'autre. Rapport « érotique » au son, certes, pour les deux – charnel, physique, intime et exposé – mais selon des modes, sur des modalités propres, qu'on soupçonnerait parfois incompatibles tant les atmosphères où leurs ouvrages s'éploient nous plongent, semblent se trouver, la plupart du temps, à des points que rien ou presque ne saurait joindre, conjoindre.

Les voici qui se rencontrent, cependant. Sur ces bases communes peut-être au fond minimes ou presque, donc – l'impro, le trip, le son comme corps et matière, substance et libre flux d'expression, qui traverse autant qu'il émane. Et ça prend ? Eh bien oui, plutôt bien ! Peut-être, justement, parce que partant de là, aucun des deux ne s'égare – ne cherche à dériver vers « ce que saurait faire mieux » l'autre, ne s'essaye non-plus à l'entraîner vers son plus familier à lui. On serait bien en peine, d'ailleurs, d'affirmer qui fait quoi. On n'a pas le temps – parce qu'on se laisse, tout de suite, gagner par le son. Il a cette tension – il a cette fluidité. Il « parle » de sexe, de voyage, de répercussions – oui, c'est le titre, lui aussi dit ce qu'il faut, tout juste, et on leur sait gré de ne pas s'étendre plus. Tout s'énonce sans paroles – hors ce titre et celui des plages. Tout se joue sans rien d'autre que deux guitares, des amplis, sans doute quelques effets (ou bien plus que ça d'effets). Tout est volume – qu'on imagine poussé mais pas au point de masquer quoi que ce soit. Chacune des impros explore sa cohérence – le disque n'est pas d'un bloc mais ne fait jamais fourre-tout. Par moments (Me and Bitter, Psychedelic Tokyo, Queen N°5...), c'est comme une masse de liquide qui tremble, qui s'émeut, se déplace, nous emmène ou passe sur nous. Ailleurs le rythme se scande, syncope curieusement, strie, lacère (Point to Point...). Tout de même, on est tenté d'y aller de nos conjectures – que telle ou telle idée ressemble bien, n'empêche, à du (Kawabata) ou bien à du (Michishita). Puis on se rend compte que leurs jeux – quelle que soit l'allure, le débit, les formes ou les non-formes à quoi ils s'attachent, s'appliquent, s'adonnent – se fondent, quelque soit les plages, ou bien se lient et se délient mais sans que jamais, encore une fois, on ne parvienne à les démêler complètement, à trouver que l'un « tire » l'autre, qu'on subodore qu'ils veulent se contrarier. Ça tient, selon les instants, les endroits, les passages, du drone, de la noise, d'une espèce de free-jazz mais sciemment, aussi, délibérément non-jazz.

Enfin, il me semble. Mais on ne peut pas être sûr – et c'est possiblement là, au fond, ce qui les rapproche, le plus. Ce on-ne-peut-pas-être-sûr. Ces repères tous familiers, à force – mais dont on ne sait jamais comment ils vont les disposer (ou les jeter façon bouquet de la mariée mais en défaisant le lien avant, pour que tout retombe en vrac, éparpillé). Ça me va, pour ce disque-là. Je ne crois pas que ça prétende au Grand Œuvre – ça trouve ainsi sa pleine saveur, ça creuse, installe, construit avant de l'engloutir son propre temps, sa propre dimension. Ça ne pourrait, probablement, pas autrement. Ça aurait pu – un autre jour, dans un autre studio, une place en plein air... – faire complètement autre chose, d'une toute autre manière. Il en reste ça, qui trouve, quand ça me prend, son heure, mon heure, la lumière qui lui sied.

note       Publiée le mercredi 29 mai 2024

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    Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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    Y'a aussi que je l'ai réécouté en même temps que je commençais à creuser vraiment LSD March, à apprécier plus qu'avant, du coup sans doute que j'entends aussi mieux Michishita qu'avant, là-dedans, même si comme dit dans la chros, c'est honnêtement pas trop possible de déterminer avec certitude qui fait quoi, tout le long ! Mais oui hein, pour ceux et celles que le gros des "Makoto +..." laisse globalement froids, c'est dans doute pas celui-là qui changera la donne, je ne dis pas !

    Message édité le 13-06-2024 à 18:33 par dioneo

    Note donnée au disque :       
    saïmone Envoyez un message privé àsaïmone
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    Ah ouais, c'est clair que c'est l'enfer cette scène, le ratio est vraiment tout petit, sur les 300 disques cumulés y'en a quoi, 15/20 sur lesquels on revient ? Ce Makoto là (j'ai eu un amour démentiel pour le Kawashima récent) ne m'a jamais vraiment fasciné ni attiré, AMT ça reste pour moi souvent juste un truc de soirée (en concert c'était vraiment cool en revanche), et ses participations partouzesques avec les autres me laissent totalement absent. Ta chro semblait faire entendre qu'on était un peu dans ce cadre là, mais je vais lui donner sa chance quand même, on n'est pas des salauds

    Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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    Disons que dans le délire "on est ultra-productifs et on sort tout ce qu'on enregistre", vraiment pas rare dans ces scènes là, le mec a un moment s'est fait plus largement connaître que d'autres - avec AMT quoi, qui tout en étant issu de ça (l'expé etc.) ont décroché la timbale (c't'expression de vieux !) en étant AUSSI un groupe de rock coloré, frappant scéniquement, avec un humour que n'ont pas du tout d'autres (Fushitsusha, je n'ai jamais vu ça sur scène mais comme ça, je ne parierais pas que ce soit le méga fun, en concert). Et que du coup l'effet "tout n'est pas génial quand-même, dans le tas y'a pas mal de trucs fumeux" paraît plus prononcé... Alors que bon, on pourrait dire, trouver la même (le côté "c'est peut-être kult mais en vrai faut pas mal trier) de Haino, Yoshihide, Yoshida (Sax Ruins en concert, cool une fois, chiant dès la deuxième tellement c'est joué pareil à la microseconde près) et d'autres. Mais oui, Kawabata, bah ça dépend, quoi. (Souvenir d'un concert très pénible en duo avec KK Null où les deux l'avaient joué loudness war au point que c'était devenu très vite une bouillie fadasse inaudible, alors que le concert d'AMT au MiMi sur l'une des îles du Frioul est un des trucs les plus cools que j'ai pu voir/entendre, tout ça à peu près dans les mêmes années... Et KK Null en solo, vu plusieurs fois, c'était souvent super aussi, d'ailleurs,donc bon).

    Sinon cet album est pas mal hein, vraiment. Rien de fou mais dans le style, il gagne plutôt aux réécoutes - assez climatique mais pas expé-d'ascenseur, pas méchant pout la galerie mais avec des passages noise qui touchent... Un ni-plus-ni-moins, nettement, mais un bon, je maintiens ça.

    Note donnée au disque :       
    saïmone Envoyez un message privé àsaïmone
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    Makoto Kawabata est probablement le mec le plus surestimé de la scène free machin du japon, on va pas se mentir...