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Lunar Aurora › Hoagascht

cd/lp • 8 titres • 51:08 min

  • 1Im Gartn6:59
  • 2Nachteule6:53
  • 3Sterna6:30
  • 4Beagliachda5:42
  • 5Håbergoaß5:14
  • 6Wedaleichtn6:13
  • 7Geisterwoid6:06
  • 8Reng7:32

informations

Enregistré et mixé par Lunar Aurora.

line up

Aran, Whyrhd 

chronique

Parfois, allez comprendre, on passe des années à côté d'un groupe – ou d'autre chose. On reste indifférent, on ne voit pas ce que d'autres trouvent à ça. On survole vaguement, on croise. Rien n'y fait. Puis un soir, un matin, un midi à priori pourtant comme les autres, on déclique, on est pris. On ne saurait toujours, pour autant, en dire plus – ce qui a bien pu se passer pour que ça change. Lunar Aurora m'a fait ça. Je lisais monts et merveilles – sur l'art de ces deux types là, leurs atmosphères sans pareilles, leur sens du froid, des profondeurs, de la désolation. J'essayais, j'écoutais. Je n'y entendais « que du black » – certes bien fait dans le registre déprimé, glacé, abrupt mais ciselé. Mais pas grand-chose d'autre, qui m'aurait accroché. Et puis il y a eu Trist et son Hin/Fort, entendu bien après sa sortie. Soit la moitié du groupe – Aran, alias Tristan, alias Benjamin König – en ses œuvres isolées, ambient, coupures et montages de textures, de matières, de moments, de flashes et de chutes. Là aussi, j'ai mis le temps, mais enfin, j'ai percuté. La chose m'a happé. Il a fallu que je retourne voir du côté du duo.

Je vois, j'entends : cet Hoagascht en dialecte bavarois, lit-on partout, plutôt qu'en allemand standard. Disque sorti cinq ans après le précédent, et dernier (au sens terminal) du groupe. Différent, paraît-il. Singulier, bien plus qu'il me semblait me souvenir – subtilement, fortement. Du black dépressif ? Ce n'est guère ce qui m'y frappe ! Nocturne et reculé, coupé d'un en-dehors trop commun, oui. Mais venu là par volonté – cherchant un lieu où exister, se reposer, reposer ou se trouver pleinement. Des bribes de folk, de tournures anciennes ? Des mélodies comme rêvées, plutôt, perçues très nettes à travers les voiles. Une qualité onirique, d'ailleurs, qui infuse et découpe tout, ici. Cette sorte de trompette magnifique, sur Håbergoaß – noyée et éclatante, corne de brume qui flotte à travers le blizzard, se répercute dans la claire vallée. Et puis aussi ce cri de chouette, qui revient, sample qui ponctue, scande les cycles – ça pourrait tomber à plat, sonner ridicule, à la place ça instille encore mieux le bizarre et très simple enchantement.

Hoagascht, oui, est bien un disque de nuit. Un disque de pays gelé. Mais qui aime ce froid – les tempêtes et la grande immobilité de ce qui dort, attend ou reste à jamais sous le givre. C'est un disque gothique – nimbé, débordant d'une lumière, enveloppé de drapés qui donnent tout son sens au terme. Je le trouve magnifique et presque dérisoire. Je le trouve trois-fois-rien et luxuriant de détails. Je le trouve mat et étincelant. Je lui trouve l'essentielle substance et je lui trouve ce qu'il faut de creux, de vides d'air pour que tout y circule, y sonne, s'y dissimule et s'y communique, s'y mouve, s'y répande. Il s'y rencontre quelque chose de totémique – qu'on n'a pas la tentation de se mettre à vénérer, à déifier, tant la chose en question se tient comme une évidence, naturelle, élégante, sans morgue et sans faux liens qu'elle voudrait vous brandir pour vous faire approcher, adhérer. C'est un monde de fantômes. C'est un monde villageois. C'est un monde d'étendues qui repoussent ces villages, en font d'anciens souvenirs, en éliment l'image à mesure qu'on avance, qu'on s'enfonce, qu'on s'éloigne pour entrer ailleurs.

Il y en a tant, là-dedans, qui cohabite, coexiste en se touchant à peine. Il suffit de ces huit plages pour y faire des passages, des indices, des passerelles. Et voilà que j'y suis pris. Et que les autres – disques d'avant, ouvrages des mêmes... - m'appellent. Je laisse finir la dernière plage – avec ses lignes, ses volumes nuages-nuées-shoegaze, sa mélodie chantante qui fait tout émerger soudainement à fleur, porte à la verticale.

Allez saisir... Je n'ai pas fini d'y revenir, c'est sûr, en ces parages. J'y suivrai d'autres traces. Je m'y prépare des places.

note       Publiée le mercredi 22 mai 2024

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    Reflection Envoyez un message privé àReflection

    Haaaa excellent ! Lunar Aurora... ça me renvoie plus de 10/15 ans en arrière... quand je poncais tous ces groupes... époque sympa où je discutais avec tous les groupes ou distributeurs obscures EU (achats des K7 paysages d'hiver...). Ironie du sort j'avais acheté quasiment tous leurs albums (Zyklus, mond, andracht...) mais... pas celui-ci qui est leur dernier... Du coup, je l'ai écouté toute la semaine et c'est excellent ! Peut-être leur meilleur finalement ? Globalement je rechute dans le Black en ce moment...

    Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
    avatar

    Alors celui-là a vraiment un côté "atmo" prononcé, justement, sans que ce soit aussi ambient que Trist ni complètement lo-fi à la Paysage d'Hiver (avec qui ils ont d'ailleurs sorti un split, un coup). Il n'a pas la brutalité ni le côté synthés-raws d'un album comme Seelenfeuer, donc, c'est vraiment plus sophistiqué que ça sans partir du tout dans du sympho trop lissé... Sinon c'est marrant tiens, j'ai l'impression qu'à différents "stades d'appréciation", on est pas mal à trouver la disco du groupe déstabilisante, à un moment ou l'autre (ou des moments) de leur truc...

    Message édité le 23-05-2024 à 12:02 par dioneo

    Note donnée au disque :       
    yog sothoth Envoyez un message privé àyog sothoth
    avatar

    Ah oui, DSBM, on y est pas du tout. On parle aussi souvent de "black atmo" les concernant et ca me parait bien plus adapté.

    Le groupe est difficile d'accès sinon, je suis généralement assez exhaustif quand je m'attaque à la discographie d'un groupe, mais pour celui-là, j'ai galéré, il y avait des albums plutot difficiles à trouver, et puis je trouve qu'il y a de gros écarts de "niveau" dans leur disco, avec des choses excellentes, et d'autres un peu plus génériques. Du coup il m'en manque quelques-uns, dont celui ci, mais la chro fait pas mal envie !

    Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
    avatar

    Oui c'est ça, il y a une mélancolie certaine là-dedans mais pas destructrice, dépressive, pas faite pour sombrer avec... De fait, je ne comprends pas trop qu'ils soient si souvent définis comme "du DSBM", alors que pour moi il y a une espèce de distance sereine, un sentiment de "retour à la maison" et de plus - particulièrement sur celui-là, en tout cas cas - de nombreux endroits où ne seraient les voix (et les dégaines necro-apiculteurs des gars sur les photos), ça s'éloigne même sur la forme pas mal du black, ça prend des tours très variés... Bon, l'autre disque d'eux auquel j'ai pour le moment bien accroché - Seelenfeur - est encore assez différent, pour le coup plus "foncièrement black" dans les compos, le son... Mais déjà pas du tout cantonné à un folklore du genre. Enfin... À suivre celui-là (et le reste de la disco ces prochains temps dans les écoutes, y'a donc de fortes chances).

    Message édité le 22-05-2024 à 20:43 par dioneo

    Note donnée au disque :       
    azfazz Envoyez un message privé àazfazz

    Quelle surprise de voir cette (belle) pochette sur Guts !

    Lunar Aurora est un des groupes de BM qui me touche le plus et, comme toi Dioneo, cette attraction n'a pas été immédiate. Et ce avec chacun de leurs albums, qui ont tous fini par passer de "moment de musique agréable" à "disque magistral" sans que je ne comprenne jamais vraiment où est venu le déclic.

    Je n'ai jamais trouvé qu'ils faisaient du black dépressif par contre, mais du mélancolique, qui s'avère bien plus riche en émotions que la plupart du dépressif. En tous cas, cette chronique est très juste pour cet album, leur chant du cygne, un album nocturne et vaporeux, où l'on s'envole avec la chouette de la pochette. La conclusion apaisée d'une carrière sans le moindre faux-pas...

    Note donnée au disque :