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Tombouctou › Ceiling Coast

lp • 6 titres • 39:48 min

  • PILE
  • 1Headed Body4:56
  • 2Dinner6:20
  • 3Nail9:13
  • FACE
  • 4Wingbeat8:59
  • 5Pedalo5:37
  • 6Wrong Direction4:43

informations

Enregistré et mixé en février 2016 par Yann Van Eijk à Neuville (69). Masterisé par Fred Ångström Alstadt à Bruxelles.

Dessins incantatoires et graphisme : Gaëlle Loth.

line up

A.C. (guitare), Cocrelle (textes et chant), Melloul (batterie)

chronique

Le bruit part vite. La vie est un boucan sans fin – si ça prend fin c'est que t'es mort. Il y a quelque chose là-dedans, dans cette musique, qui habite, qui existe fort et dur, tendre et sans pitié, qui comprend tout et qui perd le fil. C'est pourquoi, quand Lisa m'avait dit « on ne ne sait pas trop comment ça s'appelle », j'avais proposé « soul noise ».

Rien à voir avec Aretha, Otis, Marvin, bien-sûr, sur la forme. Pas grand-chose non-plus avec celles et ceux qu'on appelle ainsi, maintenant, qu'on case dans cette case – la soul, « nu » ou pas. Mais parce que « l'âme », c'est ce truc qui tire en dedans, qui braille, qui soupire, qui prend plaisir, qui déborde, qui se replie, reflue, qui dit, qui tait, qui fait qu'on ne se casse pas tous les matins la gueule. Qui fait qu'on se casse tout les matins la gueule. Qui fait qu'on boit ou qu'on arrête.

Tombouctou jouent une sorte de noise-rock, oui. De math-rock, aussi, comme avancent certains ? Voir. Si les maths, ce sont des fractions, alors OK – Tombouctou c'est des maths, « du math ». C'est fractionné – marcher/courir/marcher/courir/trébucher/voler/s'enfoncer/surgir. C'est fracturé – dans les riffs, dans les patterns de cette batterie dont on ne appellera pas en vain, pour une fois, « ferrailles », les cymbales cabossés, ébréchées, ces fûts dont les roulements vous tourneboulent comme le reste et vous jette avec eux et elle, sur la berge – la Côte du Plafond du titre, qu'on contemple les omoplates plaquées au sol (jeu de mots ou pas en sus, ceiling/sailing, oh, what a feeling). Et puis cette voix donc – métamorphique, explosive, grondée, criée tout en haut. Solide, tellement. Filée, perforante, fêlée, bondissante. Plastique – métallique. Elle cause, beaucoup, oui – toutes les paroles sont dans l'insert, on vous laisse lire si ce sont de joyeuses histoires. On s'y bat. On s'extrait, s'extirpe de la violence et de l'immobile – de l'ordinaire foutue gangue. On n'y a guère d'amour pour notre espèce, longuement, à la toute fin – Mauvaise Direction, race maudite, pour ce qu'on en fait, pour ce qu'on étouffe, asphyxie, on pourrait aussi bien vivre sur cette putain de lune. On hurle qu'I Love You, à répétition comme un mantra maniaque, excuse à tout, conjuration à bégayer dans la glossolalie, le flot d'invectives et funestes promesses. Et quelle chanson, ce Nail, d'ailleurs – avec sa longue fin-boucle où l'organe part dans les grave pendant qu'Alex fait la scie circulaire et que Johanny se pique d'un coup de groover linéaire.

Ceiling Coast sonne brut – sonne live, même si en live, ces morceaux sonnaient encore autrement. Il y a de l'air que ces trois là aspirent, consument, crachent – mais peu de place pour passer quoi que ce soit. Tout est ramassé, tout est dense, les éboulis comme les blocs. Ce disque a beaucoup à voir avec mes années de vie là-bas, je dois avouer – mes années lyonnaises, et des litres et des litres, et des danses et des danses, devant ces trois et devant, et parmi bien d'autres. Donc ? Je ne suis pas objectif ? Non. En effet. Et ? Et rien. L'objectivité, là dedans, n'a rien à voir avec rien. Mais cette musique, toutes ces années après, tant à voir, tout à voir avec la justesse – la juste image de ce qui se passait, se passe, continue ou reste imprimé, souvenir, s'évanouit ou encore, depuis là, depuis ici même, ne cesse de se transformer.

Et j'aime ces chauves-souris qu'elle chante, qu'ils chantent, qui volent au-dessus des montagnes dans le crépuscule qui tombe ou monte, émané. Les bêtes nocturnes – qui selon les paroles entonnent des chants de sorcières. Entendons les. Bougeons encore sur toutes ces vibrations. Leurs sonars, ramenés dans le spectre par nous audibles... Voilà qu'ils nous renvoient l'impression qu'un jour de plus on a vécu. Et qu'une nuit de plus, le sang continue de battre.

note       Publiée le samedi 18 mai 2024

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