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Mourning Dawn › The foam of despair

cd • 7 titres • 52:25 min

  • 1Tomber du temps09:26
  • 2Blue pain05:44
  • 3Borrowed skin11:19
  • 4Apex06:17
  • 5Suzerain05:14
  • 6The color of waves08:32
  • 7Midnight sun05:45

informations

Enregistré et mixé en septembre 2022 aux Opus Magnum Studios par Déhà.

line up

Laurent Chaulet (guitares, vocaux), Frédéric Patte-Brasseur (guitares), Vincent Buisson (basse), Nicolas Joyeux (batterie)

Musiciens additionnels : Déhà (vocaux sur "Blue pain"), A.K (beats sur "Suzerain), Fabien Longeot (guitare solo sur "Suzerain), Adrien Harmois (Saxophone sur "Tomber du temps")

chronique

Mourning Dawn a atteint son poids de forme... quelque part entre un éléphant et Jupiter. Gros, quoi. Presque trop. "Dead End Euphoria" était viscéral, charbonneux, souterreux. A défaut de trainer sa gueule dans la cendre et la boue, "The Foam of Despair" est encore plus pesant, les mandales t'y sont administrées avec des papattes encore plus énaurmes. Moins de noirceur, plus d'épaisseur, et les vocaux toujours hallucinés, déchirés, souverains, de Laurent. La tête pensante du groupe français semble d’ailleurs bien décidée à mettre tout ce qu’elle a dans ce nouvel album. Du doom, extrême, d’abord et avant tout. Des architectures de riffs lourds agrippés à une batterie en bronze qui s'autorise tout juste ce qu'il faut de détails roulants, solos de guitares heavy sordides et aériens, et la couche mélodique de guitare lead qui surligne les reliefs, ouvrant l'opacité magmatique du bloc mouvant de sons qui se traîne à la lumière blanchâtre et presque aveuglante de... de quoi d'ailleurs ? La lune? Quelque étoile agonisante ? Ou simplement le reflet vidé de couleur du soleil sur la glace? Peu importe, Mourning Dawn a de fait choisi de déforcer l'aspect atmosphérique de sa musique, en optant plus que jamais pour des thématiques philosophiques, des abysses existentielles abordées frontalement, à coup de textes en français et/ou de samples de récitations presque conférencières. C'est vrai quoi, faites moi pas chier avec Chthulu, Satan ou je ne sais quel culte hybride qui se réunit en robe de bure le premier samedi du mois...euh, de la pleine lune ! Non, le temps passe les gars, et ça, ça fait flipper!! Et puis oh : qu'est-ce qu'on fait là? Mourning Dawn, c'est un peu l'anti divertissement... parce qu'il faut bien dire la vérité : aussi lourde, noire, violente soit-elle, la musique qui nous fait voir des mondes imaginaires et assister à des combats de monstres cyclopéens, les déflagrations black metal qui s'égosillent pour nous montrer que "ma haine est plus grosse que la tienne" ( avec des poils ), les piliers en kilo de gigatonne vers des méandres cosmiques bleus verts et roses ( ou même noirs !), et bien tout ça, ça fait du bien, ça change les idées... ça détend. Mourning Dawn : non. D'ailleurs, ce qu'il restait de riffing occulte, d'harmonies diaboliques à la suédoise, ce "retour aux sources" dont nous parlait Nicko sur "Dead End Euphoria" et qui s'incarnait notamment dans le ruissellement maléfique d'un "Dawn of doom", a totalement disparu. "The foam of despair" est un amas lustré et poli, un colosse aux vastes proportions, débarrassé de ses poussières, cendres, boues et autres émanations... une mécanique écrasante et anti bactérienne qui ne doit qu'aux vocaux résolument habités, trop humains, de Laurent, de ne pas sombrer dans la plus scientifique des froideurs. Comble de l'anti-organique, le choix d'une batterie electro/indus sur "Suzerain" ou "Midnight sun" assume avec application ce refus désagréable du petit supplément d'âme. Reste une solidité de composition qui donne toute sa puissance, et toute sa beauté, à un album sans doute moins attachant que son prédécesseur, mais qui entend bien compenser par sa maestria. L'usage parfait de riffs aveugles, aux accords dissonants, difficiles, les limbes aérés aux mélodies malsaines et dérangeantes, la puissance proprement herculéenne d'un extrême doom AOP... la liste des qualités objectives de ce cinquième album est longue. Certaines structures paraissent un peu forcées (« Tomber du temps »…), et même si le vocabulaire fondamental s’est resserré autour du seul doom, la multiplication des effets, traitements, les successions, parfois abruptes, du plus sonore au plus désolé, brouillent le sentiment d’unité et de cohérence de l’album, et ce, même au-delà des premières écoutes. Oui, sans doute, une partie de l'âme du groupe s'estompe-t-elle derrière cette maîtrise, sa remarquable ambition d'évolution, cette affirmation de maturité. Mais ce bémol posé, préparez-vous tout de même à en prendre plein la gueule : l'album est un monstre de riffs brutaux, de pesanteur barbare, de hurlements. Les guitares "claires" qui serpentent sur cette lave épaisse et dense, loin de nous éclairer, incisent des failles sordides, par lesquelles on ose à peine regarder, de peur qu'il n'en sorte nos propres démons. "Blue Pain", "Apex", "The color of waves", "Borrowed skin", Mourning Dawn multiplie les épreuves ; non seulement le son est puissant (!!!), mais les accords sont fracassants, bruyants, violents, et à la difficulté parfois extrême de la lourdeur et du son, à l'agression véritable de cette voix décidément hors du commun, Laurent rajoute la douleur d'une tristesse harmonique accablante, intense, et ne nous laisse reprendre notre souffle que lors d'oasis d'un calme blafard, glauques, nocifs... hantés. Jamais, de fait, le groupe n'avait si bien flirté avec le malaise psychiatrique, que dans ces champs désolés, à la lueur douteuse, aux arpèges vénéneuses, trébuchantes et destructurées. "Midnight sun", la bien nommée, conclut ainsi l'album par une errance âpre dans les limbes de mélodies en contrepoints nauséeux et malades, mecanisés par un canevas rythmique froid et metallique. Avec "The Foam of Despair" Mourning Dawn confirme son excellence et maintient son refus du défoulatoire, de la musique sombre mais qui fait du bien, de la violence qu'on s'approprie pour mieux gonfler le torse. Ici on est dépassé, écrasé, petit. Ici on souffre. Point.

note       Publiée le lundi 13 mai 2024

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