Vous êtes ici › Les groupes / artistesDDJ Krush › Meiso

DJ Krush › Meiso

cd • 14 titres • 48:53 min

  • 1Only the Strong Survive4:16
  • 2Anticipation4:45
  • 3What's Behind Darkness?3:06
  • 4Meiso4:04
  • 5Bypath 10:38
  • 6Blank1:19
  • 7Ground5:57
  • 8Bypath 20:46
  • 9Most Wanted Man4:01
  • 10Bypath 31:13
  • 113rd Eye4:48
  • 12Oce 95043:36
  • 13Duality8:49
  • 14Bypath – Would You Take It?0:45

informations

Enregistré par Kenneth « Duro » Ifill aux Platinum Island Studios et par Koichi « Openheimer » Matsucki au Show-On Studio. Mixé et produit par DJ Krush.

line up

DJ Krush (musique, beats, scratches)

Musiciens additionnels : Big Shug (rap sur Most Wanted Man), Black Thought (rap sur Meiso), C.L. Smooth (rap sur Only the Strong Survive), DJ Shadow (beats, scratches et programmation sur Duality), Guru (rap sur Most Wanted Man), DJ Hide (scratches sur Anticipation), Malik B. (rap sur Meiso), Deflon Sallahr (rap sur Ground)

chronique

Hip-hop austère et classe, claquant et « smooth » – des lignes de contrebasses moelleuses mais denses de textures, des rimshots secs et saturés, de hi-hats qui oscillent sur le fil du beat carré, asséné. DJ Krush monte des architectures sans faille – maîtrise impressionnante des volumes, des lignes, des perspectives, sens de l'épure presque intimidant, qui pour un peu rendrait sa musique hostile, inhospitalière, si par ailleurs le mec ne savait pas trousser une accroche, un « hook », la boucle qui attrape et jette dedans l'oreille qui passe, la piège. Abstrait ? Voir... Krush s'est souvent vu étiqueté « trip hop », sous prétexte qu'il jouait, la plupart du temps, une musique instrumentale. Mais comme DJ Shadow – d'ailleurs ici présent, sur un morceau – le mec s'est toujours considéré pour sa part, semble-t-il, comme un beatmaker classique, continuant la lignée des producteurs old-school, capable à l'occasion de jammer avec des jazzmen mais pas désireux pour un sou de tirer vers une quelconque pop, un quelconque crossover vers le Grand Marché qui quelques années avant la sortie de ce disque, avait ouvert ses portes en grands aux Massive Attack et autres Portishead – où s'engouffrerait bientôt toute une génération de Morcheeba, de Zero 7 et consort, pas forcément tous détestables, qu'on me comprenne, mais... Nettement ailleurs.

Krush, ici, n'est pas seul. Ses beats justement – volonté de dissiper le malentendu ou simple opportunité saisie, je ne saurai dire – portent pour une fois les flows d'invités, tous américains. D'illustres (Guru, C.L. Smooth...) et de plus obscurs (Big Shug, Deflon Shallahr...). L'un de ceux-là disait, en interview, que le Japonais ne parlait guère l'anglais, et eux tous pas du tout le japonais, au moment de la rencontre, de l'enregistrement – mais que tout de suite ils s'étaient compris, que sa musique, immédiatement et profondément, leur avait parlé, que tout s'était fait sans nul besoin de palabres, ajustements... Discours promotionnel ? Pas sûr, tant il est vrai que sur cette partie-ci du disque – les morceaux rappés – il est audible qu'en effet tous pratiquent un langage commun, plus spécifique que le fameux (et douteux) cliché de la « musique langage universel ». Au contraire, c'est une sorte de dialecte bien affirmé, qui se pratique là – tous jouent, parlent une variante ou l'autre du East-coast, des voix de climats durs et froids, la fumée (des spliffs ou des clopes) se mêlant à la condensation, d'un blanc opaque plutôt que d'un vert odorant. C'est une musique qui coupe et tape. Du hip-hop, oui, décidément – versant abrupt, puriste. Du moins, disais-je, sur cette partie-là du disque, cette facette.

Mais il n'y a pas que ça. Il y a aussi ces autres plages – cette autre dimension de la même chose, de la même idée plus ou moins fixe et flexible ? Cette musique qu'un ami, à l'époque, alors que nous l'écoutions ensemble dans la chambre où il a grandi, avait qualifiée de « musique de rêve » – mais littéralement, « comme on en entendrait dans les rêves ». Je suis toujours soufflé, tant d'années après, par la justesse de cette définition. C'est une musique de songe, oui – plongée, et qui nous plonge dans l'inconscient de celle entendue à la surface, au jour, pendant l'éveil – de ce hip-hop presque cagneux à force de cogner droit, de serrer les phalanges au cas où, de se dessiner en silhouette toujours prête à en découdre ou à filer l'instant d'avant celui de la collision. Une musique de rêve mais pas tranquille, alors – pas fatalement de cauchemar mais de songe où tout, en un instant, pourrait basculer, arriver. Les rythmes sont les mêmes – toujours aussi nets, solides, saillants et finement tournés, agencés, détaillés. Mais ce ne sont plus des voix de tchatcheurs, qui les habitent. Ce sont des samples et des effets – des ombres qui passent, déformées, des lumières qui s'étendent et se rétractent sans qu'on en voit toujours la source. Bien-sûr, il y a le titre avec Shadow, on y revient – ce long Duality où ils se partagent platines et autres machines. Mais c'est loin d'être tout. Il y a ces crépusculaires Bypath, aussi, numérotés – chemins détournés qui ne sont pas toujours les plus sûrs. Cet inquiétant montage sur Oce 9504, qui superpose à un moment babils de bébé et son qui semble bien celui d'une lame qu'on aiguise. (Et puis qu'est-ce que c'est, tiens, ce titre, cette combinaison alphanumérique – le code, les coordonnées, d'une crèche, d'une garderie, d'une boutique-façade au coin d'une rue planquée, où trouver le salut quand on est en cavale ?). Tout, dans ces plages, revêt une allure, une qualité nocturne – les nerfs qui se relâchent mais les sens qui s'aiguisent, se dressent. Tout prend d'autres proportions – alors que le décor reste le même, familier. Tout est vivant et tout semble immobile. Krush, à la fin – en commentaire, sous-titre du dernier By Path – pose la question : l'emprunteriez-vous ? Vous y risqueriez-vous ?

Ce disque, au vrai, si l'on tient à la symétrie, est en quelque sorte déséquilibré. Les plages instrumentales y sont les plus nombreuses, bien plus que celles avec les invités. Pourtant, longtemps, à l'époque même où je l'écoutais quotidiennement, je suis resté persuadé que l'alternance était parfaite ou que peu s'en fallait – un titre rappé, un titre instrumental. Non. Pas du tout. Curieux... Aujourd'hui encore – alors que j'y reviens beaucoup moins régulièrement – je lui trouve un air de rare équilibre. Je sais ce qu'il en est – que quatre morceaux seulement, sur les quatorze, accueille des types du dehors, au micro. J'entends toujours, pourtant, comme des voix, sur toutes les autres – fantômes peut-être mais toujours bien présentes, comme... Habitantes.

C'est étrange, cette sensation. C'est un étrange disque. C'est un disque évident, presque un disque cliché, si l'on s'en tient à disséquer la mécanique, si l'on ne se penche que sur les questions de styles, d'écoles – peut-être, possiblement, d'accord. Ce papier-photo ci, cependant, au sortir des deux bains – révélateur et fixateur – montre des formes que l’œil nu, au moment ou le doigt pressait le déclencheur, n'avait pas aperçues, remarquées, que l'attention dans l'instant n'avait pas soupçonnées.

note       Publiée le jeudi 2 mai 2024

dernières écoutes

    Connectez-vous pour signaler que vous écoutez "Meiso" en ce moment.

    tags

    Connectez-vous pour ajouter un tag sur "Meiso".

    notes

    Note moyenne        2 votes

    Connectez-vous ajouter une note sur "Meiso".

    commentaires

    Connectez-vous pour ajouter un commentaire sur "Meiso".