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LSD March › Under Milk Wood

cd • 9 titres • 44:55 min

  • 1Bisyonure No Kimi3:17
  • 2Shiroi Sekai De2:25
  • 3Ai No Sekabi6:34
  • 4Sekai No Shizukesa5:37
  • 5Dare Ga Hoeru6:07
  • 6Taiyo No Uta5:20
  • 7Mimi No Uta Wo Kiite Boku Wa Akuma Ni Natta7:17
  • 8Untitled8:00
  • 9Untitled0:18

informations

Enregistré par Richard Horner du 21 au 26 janvier 2008 au studio Black Snowflake Sound, Sapporo, Japon.

Photo : Maki Abe. Artwork : Darryl Norsen.

line up

Ikuro Takahashi (batterie), Shinsuke Michishita (voix, guitare)

chronique

Under Milk Wood emprunte son titre à une pièce radiophonique de Dylan Thomas – Au Bois Lacté, pour la version française – où l'on entend, paraît-il, les rêves et les pensées volées, épiées, des habitants d'un village imaginaire, excentriques et souvent endeuillés, affligés de maniaqueries, habités par les manques, les regrets, les folles aspirations. Je ne sais pas à quel point la musique jouée sur ce disque par LSD March – ici duo, guitare/voix et batterie – se rapproche, en substance, du texte du poète. J'y entend, pourtant, toujours, une vibration particulière, qui colle particulièrement à ce bref résumé qu'on peut partout en lire – une ambiance que ce décor brièvement esquissé résume parfaitement.

Imprégnée jusqu'à l'os de psychédélisme – l'acide, dans le nom du groupe, n'est pas là pour la frime – la musique ici jouée fore son propre espace, confiné mais aux bords invisibles, escamotés. On y est happé d'emblée – bulle, cavité acoustique où tout apparaît net à l'extrême mais où chaque objet, silhouette, être à la matérialité presque douloureuse tant elle est dense, semble en même temps isolé. Une collection de singularités coupées les unes des autres, séparées par une aura d'obscurité. Rien n'est flou, rien n'est indistinct – mais rien ne nous dit, non plus, ce qu'il est, « ce que c'est ». Quelque chose demeure fermé, opaque, impénétrable. La prise de son est crue, brute, mais tout se détache, tout est limpide. On y est comme au milieu de cette étendue de neige que donne à entrevoir la pochette du disque – le blanc absorbe toutes résonances, le monde est mat et lumineux, le regarde porte loin mais le monde paraît réduit – replié dans une poche confortable, douce, mais glacée.

Under Milk Wood aligne des techniques étranges, non-orthodoxes, normalement impossibles, qu'on soupçonnerait non-fonctionnelles, contre-productives – arpèges sourds, batterie minimale aux patterns parfois asymétriques, comme claudicants, chant atone et presque atonal à l'étonnante présence, dangereusement communicatif même sans saisir le moindre mot (tout est chanté en japonais). Intimité folk électrisée, profondeurs de champs inouïes déployées dans l'espace de minuscules jardinets, parcelles irrégulières de prés-carrés. Spleen serein, hurlement ouaté, agitation figée à l'instant t – défilant à une vitesse tellement alentie qu'on la croirait image fixe. L'air nocturne est d'un blanc mutique. Le silence est une pression qui s'attaque aux tympans, fait assaut dès qu'il nous repère, nous qui retenons nos souffles de crainte d'être entendus. Les sons bruités, quand ils surgissent, font comme des bouffées. Tout est brisé, en brisées et pourtant, tout le disque ou presque semble d'une seule coulée, d'une exceptionnelle unité, incompressible et brève, familière et jamais entièrement comprise, compréhensible. C'est très beau et trois fois rien – en équilibre et complètement inébranlable. Ça vous tien de bout en bout.

Ou... Presque, disais-je ! Car il y a ces deux plages, encore, sans titres, qui referment le chapitre ! Le premier, qui semble une espèce de... Blague ? Une voix (Shinsuke Michishita, probablement) annonce « My Mother Cured (ou Killed ?!) Me, prise une », un groove simple, folk rock à la Velvet versant dépouillé, à la Lou Reed solo, batterie, guitare et... La musique s'interrompt presque immédiatement, le même type protestant que ça ne va pas. Et c'est parti pour une série de faux-départs/interruptions, les musiciens changeant chaque fois un éléments – une basse s'ajoute ; mais ça ne va pas ; le chanteur ne prononce pas assez bien « brothers » ; ça ne va PAS ; quelqu'un n'avait pas coupé son portable, qui sonne ; ÇA NE VA PAS ! … Etc., interminablement, huit minutes durant, alors qu'on aimerait enfin entendre ce morceau, mené au bout plutôt qu'à bout ! Ça devrait être insupportable, ou n'être (un peu) drôle qu'une fois – la première. Ça nous sort totalement de l'atmosphère fantomatique et si belle où nous avait jetés les sept plages précédentes. Inexplicablement, pourtant, on en viendrait à regretter, aux écoutes suivantes, que la chose s'interrompe déjà. Ne suivent que dix-sept secondes d'un riff à peine entamé, d'une amorce de voix, d'un lancement de batterie tout aussi frustrant – par la voie contraire de cette coupure bien trop précoce, que le ressassement bégayé e la plage précédente. Et pourtant, là non-plus, aucune envie de râler. C'est l'enchantement de ce disque : quelle que soit sa torsion, aussi évidemment faussé soit son système de visée, d'optique, tout s'y révèle pourtant d'une justesse rare.

Il faudra, un jour, un soir, allez, que j'écoute cette pièce, tiens, celle de l'illustre Gallois. Ou bien peut-être pas. Je me demande si l'écart, de l'une à l'autre vision, peut ou non se mesurer. Je subodore, bien sûr, que la question soit ailleurs. Ce disque l'est – ailleurs. J'en reviens. Il y règne un climat, une saison dont le nom m'échappe – à force d'être précis, sis sur le bout de ma langue au sortir de ses limbes à peu d'autres pareilles.

note       Publiée le jeudi 25 avril 2024

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    nicola Envoyez un message privé ànicola

    Mirkwood existe dans le Hobbit, c’est la forêt avec les araignées géantes.

    A priori, le lien entre les deux semble tiré par les cheveux (juste une ressemblance), mais il est fort probable (selon ce site) que les deux se soient connus, au minimum par une connaissance commune interposée… ce qui n’explique pas grand-chose cependant.

    Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
    avatar

    Alors, je doute un peu que Thomas se soit inspiré de Tolkien ou le contraire (Le Hobbit a été écrit avant Under Milk Wood mais le Seigneur de Anneaux après... Je ne sais pas où apparaît en premier le toponyme chez Tolkien, apparemment plusieurs forêts s'appellent Mirk Wood dans son œuvre). En revanche, "mirk" étant un mot si j'ai bien compris un poil archaisant qui signifie "obscurité" en anglais, il est tout à fait possible que Thomas se soit amusé avec le proximité phonétique des deux mots (mirk/milk) et leur sens au contraire bien éloigné pour écrire sa fantaisie radiophonique. Si on ajoute à ça la fameuse (voire légendaire dans tous les sens du terme ?) difficulté des Japonais à prononcer distinctement les don "l" et "r", ça ne m'étonnerait pas plus que ça que Michishita ait "exploité" cette ambiguïté (et l'étrangeté de la confusion des deux mots...) pour nommer ce disque...

    Message édité le 01-05-2024 à 08:57 par dioneo

    Note donnée au disque :       
    nicola Envoyez un message privé ànicola

    Pour Milk wood, j’ai pensé au Mirkwood de Tolkien.