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Urban Dance Squad › Mental Floss for the Globe

cd • 12 titres • 47:35 min

  • 1Fast Lane3:16
  • 2No Kid3:32
  • 3Deeper Shade of Soul4:28
  • 4Prayer for my Demo3:32
  • 5Big Apple3:26
  • 6Piece of Rock4:55
  • 7Brainstorm on the U.D.S.3:59
  • 8The Devil3:32
  • 9Famous When You're Dead5:09
  • 10Mental Floss for the Globe3:04
  • 11Hitchhike H.D.3:22
  • 12God Blast the Queen4:12

informations

Enregistré par Michel Dierickx et Christian Ramon. Produit par Jean-Marie Aerts.

line up

Silly Sil (basse, contrebasse), Magic Stick (batterie, percussions, chœurs), Tres Manos (guitares électrique, à résonateur, pedal steel, chœurs), Rudeboy (voix), DNA (platines, effets, chœurs)

Musiciens additionnels : Luther François (saxophone sur Deeper Shade of Soul), J.M.X. (guitare lead sur Piece of Rock, guitare sur Mental Floss for the Globe)

chronique

La « fusion »... Il semble que le terme ait été assez spécifiquement français, en passant. Les Américains, eux, mettaient ces musiques là dans de plus petites boîtes : funk-metal, rap-metal, alt-metal etc. Ça n'en était pas moins le gros fourre-tout, cependant, cette affaire, quelque soit l'étiquette/variante qu'on récoltait. Pensez donc, sous une même bannière, dans un même complexe plus ou moins lâche d'ensembles sécants, on pouvait vous fourguer, pêle-mêle : ces poivrots-junkies-queutards de Red Hot Chili Peppers, les Bad Brains d'après Rock for Light, le black rock coalisé de Living Colour, le creuset cuivre-et-acier, heavy-soul de Fishbone... Plus tard, bientôt, on pourrait même aligner sans tiquer, dans le même membre de phrase, le sound-system punk/rave d'Asian Dub Foundation, les lourdaud prêcheurs de Clawfinger, les Guévaristes LV III de Rage Against the Machine... Tout le monde, un moment, y a trouvé son compte, il faut dire : la partie de la presse rock qui jusque là ne voulait même pas y toucher avec des gants et des pince-nez pouvait enfin parler de gens qui rappaient en baskets sans renoncer à l'idée que Par Delà La Six Corde Il N'Y A Rien ; Régis de Bagnolet (ou Saint-Laurent-de-la-Salanque) et Paul-Antoine de Fontainebleau (ou de Saumur) pouvaient se laisser pousser le bouc et la posse-cred en entonnant ensemble du Body Count (ah ouais, eux aussi, tiens) autour d'une paire de platines et d'une batterie/jeu de bongos-congas à la MJC du coin...

Trêve de ratiocination : il faut admettre qu'un très court temps, « la fusion », avant de devenir une piètre excuse à force de passer entre bien trop de mains, a regorgé de vraies bonnes idées – un sacré coup de frais, audacieux surtout parce qu'insoucieux de souscrire à telle ou telle définition du bon goût, ignorant sciemment « ce qui se faisait » ou non. Et UDS là-dedans (on va les appeler comme ça... comme à l'époque), ont toujours eu une place particulière. Déjà, parce qu'ils venaient des Pays-Bas – qu'ils ont été parmi les tout-premiers, sortis du continent, à se revendiquer de ce grand mix. Aussi, parce qu'à bien y regarder, ils ont été parmi les premiers tout court à se faire un nom, à se faire connaître en se permettant « tout ça » !

De fait, ce premier album – et premier carton, si j'ai bonne mémoire – date d'une époque où une partie au moins de ceux plus haut cités barbotaient encore. Les Bad Brains avaient certes sorti I Against I, Living Colour son premier, Vivid, Fishbone son fantastique Truth and Soul... Mais les Red Hot, eux, en étaient à peine à Mother's Milk (c'est à dire... pas bien loin, si on me demande) et Rage – à qui on a si souvent comparé UDS ; la plupart du temps en tenant pour suiveurs les Néerlandais – ne sortiraient leur fameux disque au bonze en feu que quatre ans plus tard.

Surtout, ce qu'il y a : c'est que ce Mental Floss..., avec ou sans ces précisions historiques, contextuelles, est un foutu brillant disque ! Éclatant, explosif, même, et foutrement plus fin qu'il n'y semble d'abord. Rudeboy – c'est à signaler... ça n'est pas si fréquent, à vrai dire, dans le style – sait rapper, déjà. Plutôt que d'aboyer comme (beaucoup) d'autres un flow monotone, le mec balance souple, versatile – glisse du flot d'images télescopées à la Kool Keith (Ultramagnetic Mcs) à la douceur fourbe d'un Q-Tip (Tribe Called Quest), sans imiter, vraiment, personne. Et la musique, autour, n'est justement pas une simple entourage – une simple plaquage hip-hop/metal (ou punk, ou rock, ou quoi) mécanique, vissé juste assez propre pour racoler large.

Tout, au contraire est intimement mêlé . Les samples de dancehall seventies ou de ce qui ressemble à une déclamation du Captain Beefheart, la guitare parfois véloce, limite crossover-thrash, parfois doucement bluesy (souvent slidée, alors), omniprésente mais jamais en mode « héroïque », pour effacer le reste. La section rythmique est une folle machine, robotique et organique – qui sait groover moelleux/musclé, laminer, tromper la pesanteur autant que clouer au sol... Les platines (et autres samplers, donc) de DNA, aussi, sont part intégrale, intègre, de ces constructions complexes et fluides – pas seulement une couleur, un gadget pour faire « street ». Le truc est riche, débordant, blindé de tout et gorgé de souffle. Même quand Rudeboys se met à chanter comme Angelo Moore (de Fishbone, encore), c'est autre chose qu'un bête hommage – surtout, ça ne sonne pas contrefaçon, pastiche trop bien fait.

Il est hyperactif, en fait, ce disque – et en même temps étonnamment consistant, constant. C'est fou le nombre d'humeurs qu'ils arrivent à y caser, à concentrer dans ces douze titres – ambiances chillax au skate Park (No Kid, Deeper Shade of Soul), pluie de gnons assénée sans gants de frappe (Fast Lane, God Blast the Queen), fictions azimutées (The Devil, Hitchhike H.D.). Fracassant, comme début. Panoramique et ultra-concentré. Et ce dès le premier morceau – et regardez un peu ce clip, tiens, pour ledit Fast Lane... OK, l'esthétique du machin est un poil datée, parfaitement datable, mais ça crépite encore, ça dégorge d'énergie. Et puis ces featurings, cameos qui en disent pas mal comme en passant... Mike Muir (de Suicidal Tendencies – Infectious Groove n'était pas encore sur pied il me semble), Flea (des Red Hot... décidément), Henry Rollins (qui avec le Rollins Band sortait tout juste, la même année, son Hard Volume)... Marrantes, les apparitions, même si ça n'est pas l'essentiel, bien sûr.

La fusion... Bientôt, OK, ça tournerait à l’opprobre, ce mot, après avoir fait office d'omnipotent Sésame. Le revirement se ferait souvent sans trop de discernement, d'ailleurs – cette vieille histoire de bébé et d'eau du bain. Ce disque, avec d'autre, ferait curieusement partie des oubliés, passés ainsi par-dessus bord sans plus y regarder de trop près... Dommage ? Pour celui-là sans doute – comme pour le suivant au moins, tant la musique qui s'y joue, prise de maintenant, ne sonne toujours pas rancie, vestige inutile d'une vieille mode passée. Tant elle sonne encore vive, bien vivante – pertinente, autre chose qu'une formule désormais dépassée. On est pas obligé, au fait, de croire la légende, la version officielle globale. On peut encore l'écouter – et se faire de soi-même une idée sur ce qui s'y passe.

note       Publiée le mercredi 10 avril 2024

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    Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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    Ben Planet Ultra ça risque d'être une redécouverte complète, donc, à la réécoute, vu que je l'avais juste survolé distraitement, de mémoire, tant Persona Non Grata m'avait un peu refroidi (il est bon hein, mais vraiment plus dans un "retour à l'orthodoxie" pour moi, comme je disais). Cool si je les y retrouve y osant à nouveau des trucs ! On verra ça bientôt.

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    Fabb74 Envoyez un message privé àFabb74

    @Dioneo, très bonne initiative que de chroniquer les suivants, et belle chro pour ce Mental floss soit dit en passant ! Planet Ultra mérite une réécoute. C'est sûrement le plus expérimental et musical de tous. Artantica quant à lui est peut-être le plus faiblard malgré les deux premiers titres qui sont en revanche 2 bombes ! Par ailleurs, j'avais vu les Squad en concert en région parisienne lors de leur dernière tournée fin 90's et ça valait sérieusement le détour ! Enfin, j'ai eu la chance aussi d'assister au concert de Rudeboy au Hellfest de 2022, le frontman y a interprété un best of UDS avec toujours la même verve, les muscles en moins qu'auparavant !

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    Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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    Et @Fabb74, oui, ça faisait un moment que je me disais que ça manquait ici, que ça avait tout à fait sa place sur guts ! Je pense chroniquer encore au moins les deux suivants... (À vrai dire je n'ai aucun souvenir de Planet Ultra et je ne suis même pas sûr d'avoir écouté un jour Artantica... Mais bon, ça peut aussi se rectifier, ça !)

    Message édité le 11-04-2024 à 11:45 par dioneo

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    Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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    Oui, Demagogue a été très, très diffusée ! Et oui aussi, de mémoire c'est vers cette époque qu'étiqueter "fusion" un groupe est devenu un truc plutôt dépréciatif genre "mouais, ringard", alors que peu de temps avant ça voulait dire "cool, ça redéfinit complètement les notions/frontières de styles". Et c'est vrai, encore une fois, que Persona Non Grata est celui qui fait basculer leur truc dans le post-Rage qu'on leur a souvent reproché de faire - alors que, j'insiste, ce sont plutôt eux qui avaient initiée cette mouture là du truc, au départ, plusieurs années avant le fameux fuckyouiwontdowhatyoutellme qui marquera tant de jeunes esprits...

    Bien vu aussi pour le truc du nu metal qui arrivait dans ces parages/années et allait changer complètement la perception du truc... J'ai effacé un bout de ma chro (déjà bien assez longue comme ça) où je parlais de la Team Nowhere et compagnie, mais voilà, je trouve que ça résume bien ce qui s'est passé vers ces années là, le côté "musique de skateurs qui mélangeaient tout de façon bien cool alors on leur pardonne un peu le côté frime-bling de leur truc" à "musique de surfeurs des neiges qui font la gueule pour montrer comme ils sont mortellement sérieux dans leur combat contre la société tout en acceptant d'être endorsés par rip curl sans trop se pose de questions"... Et puis pour la France toujours, No One Is Innocent qui feraient des trucs avec Dantec (encore pas tourné royaliste/nationaliste c'est vrai) etc., ailleurs (en Norvège), j'en parlais, des mecs comme Clawfinger qui venaient expliquer très doctement aux rappeur noirs américains que c'était pas bien d'utiliser le n-word parce qu'ils valaient bien mieux que ça et que c'était abonder dans le sens des racistes...

    En fait je crois que c'est le moment où globalement tout le fun qu'il pouvait y avoir dans cette scène au début à reflué, pour ne plus laisser la place qu'au discours, à quelque chose encore une fois de très "on est dead-serious tavu, tough-guys mais grave conscients" souvent surjoué au point de devenir pénible. C'est comme ça, eh.

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    Fabb74 Envoyez un message privé àFabb74

    UDS sur Guts ! Yessss !

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