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Coilguns › Watchwinder

lp • 12 titres • 40:41 min

  • 1Shortcuts1:30
  • 2Subculture Encryptors4:31
  • 3Big Writer's Block3:57
  • 4Watchwinders3:15
  • 5The Growing Block View2:55
  • 6Manicheans4:28
  • 7Prioress4:21
  • 8The Morning Shower[2:35
  • 9A Mirror Bias2:03
  • 10Urban Reserves1:54
  • 11Broken Records3:47
  • 12Periscope5:18

informations

Enregistré et mixé par Louis Jucker et Coilguns au studio Farrago, Crissier, Suisse, janvier 2019.

Artwork : Noé Cauderay.

line up

Luc Hess (batterie), Louis Jucker (voix, bruits, guitare), Jonathan Nido (guitare), Donatien Thiévent (synthétiseur, chœurs)

chronique

Cette créature, sur la pochette, on la dirait sortie d'un cauchemar, d'une hantise. C'est peut-être encore plus simple que ça, c'est peut-être davantage pragmatique. Je lui trouve une gueule d'Idée Noire, disons, j'ai envie de l'appeler comme ça – y compris au sens Franquin du terme, oui. Une émanation qui se diffuse et s'imprime en bouffées embrouillées, qui marque le papier. Qu'on fixe sur un support, qu'on met en mouvement pour la purger – mais qui s'accroche au bulbe, aux entrailles, à la chair et aux jours qui passent, se succèdent.

Watchwinders salit encore le son de Coilguns – le densifie, le charge en octane. On pourrait croire que ça rapproche la chose d'un certain metal, une prétention à quelque « extrême »... Pour moi, au contraire, ça la fait basculer encore plus vers une mouture brute, telle quelle de noise-rock, taillée trop crue pour entrer dans la plupart des cases en « core » tel qu'on entend le terme aujourd'hui. Enfin... Hardcore, oui, ça l'est – mais alors dans l'acception la plus basique, essentielle du terme. Si le noyau est dur, c'est à force d'être compressé, tenaillé par le poids du monde, de l'atmosphère accumulée et de tout ce qu'elle véhicule, charrie, pour broyer ce qui par circonstances et habitude s'y trouve, s'y tient. Même quand ça se complique, que la métrique fait des cassures, des nœuds en agrégats, quelque chose là-dedans sonne délibérément non raffiné – donné au plus près de la rude substance que ça modèle, à quoi ça s'attaque et réciproquement. C'est arrangé pourtant, plus que jamais, avec justesse et idées – les voix font des espèces de chœurs parlés, commentent la fausseté du théâtre à quoi tout le temps on est obligé de s'adonner, semblent tenter d'enfin s'en défaire, d'enfin la semer. Les riffs savent trouver les angles pour nous chopper et nous lâcher en alternance, en simultané – nous entraîner dans le grand vide, la grande coupole d'air libre au-dessus des cités, des faubourgs, des décombres. On devine au loin les montagnes aux pics inaccessibles, aux vallées dans l'ombre. On attend l'océan – mais il ne viendra pas seul, et c'est déjà une épreuve de franchir le périph', c'est déjà le labyrinthe pour sortir de la rocade. Parfois le tempo se suspend et la mélopée devient belle – l'aspiration à ça, à un réel désirable, se fait jour carrément, se fait répit vibrant là où, tout autour, il se cabre en tensions, catatonie, perpétuelle lisière de l'une ou l'autre crise. Puis après ça s'emballe – ça repart punk éraillé, ça piétine tout espoir de répit, ça vous arrache le repos.

Watchwinder, apparemment, veut dire remontoir – le terme d'horlogerie. La mécanique est faite pour être éprouvée, perfectionnée, conçue pour qu'on en use tant qu'on en est, nous, capables. Tant qu'on peut s'en saisir, actionner, bloquer, monter, démonter, façonner, détailler, re-démonter, refaire. L'aiguille tourne, le temps coule, on n'a pas vraiment le choix. On peut aussi remonter tourner à rebours le mécanisme, pour que les engrenages, la machine qui compte ne cessent jamais de décompter. On peut serrer si fort que les ressorts se mettent à grincer et que l'ouvrage, sous le cadran si lisse, menace de nous cracher toutes ses pièces à la gueule en un cristallin fracas.

note       Publiée le mardi 9 avril 2024

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Note moyenne        4 votes

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Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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Tiens marrant, moi je le trouve encore plus granuleux que le précédent, moins "propre" justement, moins millimétrage-coreux. Plus rock en fait - noise-rock - comme dit dans la chro. Et "appliqué" ou "ampoulé", euh, non, pour ma part il ne me donne vraiment pas cette impression là ! Ils savent jouer, c'est sûr mais... En même temps ils ne s'en sont jamais caché, quoi. Et oui, c'est sans doute plus diversement composé, peut-être influencé par les trucs solo moins tendus de Louis Jucker en solo mais perso ça ne me dérange pas du tout, je ne trouve pas ça plus "ostentatoire" que s'ils avaient surenchéri dans le vénère à bloc tout le temps, quoi.

(Puis ceci dit, de bons micros fixés sur de la cagette fendue, y'a peu de chance que ça rende grand chose quand-même hein... Bref je sais, c'est pas la question !)

Message édité le 10-04-2024 à 18:18 par dioneo

Note donnée au disque :       
saïmone Envoyez un message privé àsaïmone
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Le précédent m'avait beaucoup impressionné, celui là m'a laissé sur le bas côté. Un peu ampoulé pour cet esprit punk, à la fois trop et pas assez. L'intention a été remplacée par l'application, "tout ça est très pro" et ne m'a jamais donné envie d'y retourner, surtout dans ce style qui ne tolère que les approximations vénéneuses. Voilà ce que ça donne d'aller chez le luthier... je vais quand même le retenter, des fois que ce sont les micros qui fassent le son, plutôt que le bois (ce qui est vrai, donc)

Message édité le 10-04-2024 à 17:04 par saimone