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Terror Cósmico › Miasma

lps • 8 titres • 50:27 min

  • A
  • 1Necromorfo5:50
  • 2En Un Lugar Frío Y Desolado7:43
  • 3Carbunco5:19
  • B
  • 4Alguien Vendrá Desde El Fondo Del Mar7:02
  • 5Cepa Mortal1:34
  • 6Las Máquinas Colapsan4:53
  • C
  • 7Tonalpohualli11:16
  • 8Se Mueren6:46

informations

Enregistré en janvier 2021 au Testa Estudio, Leon, Guanajuato, Mexique.

line up

Javier Alejandre (guitare), Nicolás Detta (batterie)

Musiciens additionnels : Maximo Mateo (paroles et chant sur Se Mueren)

chronique

Le truc vous prend en traître... En embuscade, même. Le genre à vous attirer là en exhalant des fragrances familières, à vous faire croire que tout est OK, que vous êtes en terres connues, tous les repères bien en place, aucune chance de s'égarer, d'être happé dans un trou, un vide cosmique (… eh). Puis d'un coup, au détour d'une écoute – oh, pas forcément la première ; et ça aussi, c'est sournois, comme ça prend son temps pour se révéler, ce machin – vous comprenez pourquoi le duo s'est choisi ce nom... Et dans quelles contrées ils ont réussi à vous entraîner. La lumière tombe, dans les environs proches ; l'horizon, pourtant, flambe, à 360° ; il gèle et on crame, on sue à grosses gouttes fétides, simultanément.

Terrór Cosmico brassent un brouet, c'est vrai, d'ingrédients bien identifiables. Souches lourdes variées, doom écrasant, thrash, death comme aux débuts du genre (donc encore bien thrashy, justement) – et puis des choses plus rock, stoner, même un psychédélisme plus vieux, plus « classique » que ça, historique. Le duo, de plus – à une plage près, ici ; on y reviendra – joue presque toujours en formule purement instrumentale, sans voix, sans narration autre que les bouts d'indices donnés par les titres... De ce côté aussi, d'ailleurs, plutôt du classique, à priori : réminiscences lovecraftiennes (Quelque Chose Viendra du Fond des Mers...), effondrements et autres armageddons, allusions à un certain calendrier précolombien (Tonalpohualli). Alors oui : on se laisse porter. Et ce qui devait, ça ne rate pas, advient : bientôt, on est accrochés. Basculés dans leurs cauchemars – leur sinistre rêve éveillé, leurs songeries aux yeux mi-clos, vitreux. Parce que ces mecs savent composer – pas seulement poser des ambiances puis mouliner. À deux seulement – via overdubs, superpositions – ils construisent, stratifient. Créent du contraste, font passer les cassures, les écarts de styles pour des évidences plutôt que l'inverse – en collant des solos barrés seventies imbibé de réverb délétère sur des poussées thrash toutes chiffonnées, renfrognées, grisâtres et rugueuses, par exemple. En introduisant des finesses infectieuses dans le mix, aussi, l'angle d'attaque – ce jeu de guitare presque jazz, exploratoire, sans cesse en mouvement mais pas du tout à la dérive, sur En Un Lugar Frío Y Desolado... C'est là, aussi, qu'on se rappelle que le gratteux en question joue par ailleurs dans Fumata – quartet de doomsters désabusés, stoïciens nihilistes, radicaux-négativistes. L'atmosphère étouffe, étreint, d'un groupe à l'autre, sans faire miroir, sans que les uns dupliquent les autres – deux mélanges gazeux proches, aux propriétés toxiques cousines, mais un dosage, des teintes différentes, d'autres cyanoses et bouffées écarlates, d'autres fondus aux anthracites.

Le duo étend, étire ses titres – mais jamais en vain. Ça finit même par devenir le plus vicieux de leurs tours – qu'on ait envie que ça dure, que ça ne cesse plus, à mesure qu'on revient à ces paquets de minutes qui s'accumulent, s'écoulent, se figent. On s'accoutume tellement qu'on finit par en vouloir encore, qu'on y revient jour après jour – au moins. On goûte, aussi, de plus en plus fort, cette absence de chant – qui au début faisait comme un vide. S'y loge mieux tout ce qui rôde – tout ce qu'on veut et tout ce qu'on craint d'y mettre, en plus de ce qu'ils y cachent, enfournent, montrent. Et puis on sait qu'à la fin, elle viendra – la voix. On mesure, quand elle survient, tout ce que disait depuis le début cette musique. Surtout que les deux préparent bien la chose – avec Las Máquinas Colapsan qui s'interrompt abruptement en plein vol plombé, d'abord ; puis ce long tournoiement de fumerolles doom, Tonalpohualli, qui nous enveloppe afin qu'alentour on ne voit plus ce qui se meut qu'en silhouettes déformées, floutées, amplifiées.

Puis c'est cette dernière plage, donc, enfin chantée – enfin hurlé, organe arraché dans des aigus pierreux , fréquences graves abyssales qui lestent encore les tonnes de riffs planés et de roulements ensuqués. C'est Maximo Mateo – de Fumata, lui aussi – qui s'y colle. Le morceau s'appelle Ils Meurent – où Ils Se Meurent. Un retour dans le dur, si on veut, une dernière poussée à l'orée du précipice – parce que même ainsi gueulé, déchiré, abîmé, le chant réinjecte quelque chose de douloureusement, dangereusement humain dans cette lente, interminable tourmente. Quelque chose, quelqu'un qui – littéralement – nous parle. La voix, le verbe, c'est contagieux – c'est l'angoisse qui se partage, autant que le souffle qui se passe. Ça ramène la Terreur Cosmique du nom à portée de bras – à distance quotidienne, comme élément des heures normales, vécues sans recul de fiction, de contemplation. Et c'est curieusement beau, ce coup de grâce – ça change le sens de l'expression, tient. Au lieu de nous achever, ça nous relance un coup – ça touche à quelque chose de magnifiquement sensible. Ça fait comme une aube sur ce tableau d'enfer – cette scène de Bosch revisitée muralisme, peinture de sanctuaires en panneaux de bois, qui nous avait accueilli, grotesque et sale, quand on était entré.

note       Publiée le samedi 6 avril 2024

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