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Foresteppe › Karaul

cd 1 • 7 titres • 63:10 min

  • 1Boudary07:02
  • 2Almaz // Radian13:44
  • 3Postern05:07
  • 43Z14:44
  • 5Karaul08:30
  • 6Lil One06:00
  • 7Smena Smen08:00

informations

Inconnu, a priori en home-studio.

“Karaul définit une sorte de sentinelle pompeuse, de service de garde militaire banal mais aussi un trait d’humour amer pour supporter une situation horrible”. Il semblerait qu’Egor Klochikhin, prof d’histoire et musicien ultrasensible dans le civil, ait peu goûté la conscription à l’ère d’un Poutine qui n’a plus qu’une attitude belliqueuse à proposer à son peuple. Qui l’eût cru ?

line up

Egor Klochikhin (écriture, performance, enregistrement)

Musiciens additionnels : Anna Varnavskaya (field recordings additionnels sur "Almaz // Radian" et support émotionnel)

chronique

Une fois rentré de son année de service militaire, Egor Klochikhin s’attèle à cet album concept, qui constitue une première rupture dans sa discographie. “Karaul” signe la fin de l’innocence mélancolique de “Mæta” : la peine est toujours là, mais elle est désormais nimbée d’une sourde inquiétude… Sa palette sonore s’élargit considérablement, parfois jusqu’à atteindre une bizarrerie autarcique, au risque de rendre ses chemins de traverse stylistiques plus sibyllins que les plus frontaux exercices mélancoliques qu’il avait l’habitude de fournir jusqu’ici. Son ambient expérimentale se peuple soudain de field recordings angoissants, de lourdes batteries voire d’explosions bruitistes, selon une logique narrative dure à décrypter mais passionnante.

L’album démarre pourtant par du Foresteppe typique même si peut-être plus décharné qu'à son accoutumée : "Boundary" est une déchirante procession spectrale mais dès "Almaz // Radian", l'auditeur est réveillé par les trompettes discordantes d'un camp militaire, pour être jeté dans une ambient tribal angoissante, oppressé par des sons impossibles à identifier… jusqu'à l'arrivée d'une machine inhumaine, façon chenilles de tank qui laboureraient la végétation sibérienne. La musique d'Egor m'a toujours évoqué la nature, et c'est comme si son service militaire avait introduit en lui une faille, un rappel de la destruction que provoquent les entreprises humaines, en même temps qu’il était propulsé dans un contexte que l'on imagine bien éloigné de son mode de vie paisible. La suite voit Egor poursuivre son aller-retour entre pure expressivité spleenétique et morceaux expérimentaux. Il a fait évoluer son écriture de manière à rendre ses morceaux bien plus évolutifs : “Postern” commence par des fields recordings hantés, balayés par la pluie, pour aboutir à une étrange electronica enfantine ; “3Z” est un ovni intégral en 3 parties, reliées par une logique quasiment onirique, comme si les pensées de son auteur s’échappaient de son quotidien d’apprenti-soldat, ou au contraire comme si l’artiste se remémorait ces moments pénibles. Le tout finit en tout cas sous forme de squelette bruitiste : la douleur semble toujours l’emporter… Et ce n’est pas le morceau suivant, “Karaul”, complètement dépressif, qui va me faire taire ; on y contemple un auteur cassé en deux, semblant jouer avec peine de sa guimbarde artisanale, enregistrée de manière à entendre le moins grincement de corde, et baigné d’un drone flou mais irradiant.

“Karaul” est un aller-retour permanent entre vie morne mais douce et impitoyable flot de l’histoire, qui n’a jamais épargné les Russes ; entre fuite par l’imagination et abattement. Après une “Lil One” complètement alien, qui finit par péter à la gueule de l’auditeur à mi-chemin, l’expérience se termine par une “Smena Smen” dévastatrice, parfaite synthèse entre intérieur-intime (cet instrument extrêmement rêche et plaintif, dont les arpèges sont décomposés jusqu’à l’agonie) et extérieur-nature (ces cordes frottées qui évoquent des vents devenus immenses à force de ne rencontrer aucun obstacle dans les plaines de Sibérie). Une conclusion monumentale qui ressemble à une paix amère retrouvée par Egor Klochikhin.

J’ai parlé de structure sibylline ; “Karaul” résiste à l’analyse même s’il m’est désormais très familier. C’est un travail viscéral, qui a de quoi parler à beaucoup de monde, ne serait-ce que par son amplitude sonique. Une bizarrerie portée comme étendard face aux emblèmes martiaux d’un monde insensé. Mais je l’aime un peu moins que le beaucoup plus simple “Mæta” : c’est une expérience douloureuse, qui ne frappe pas dans le mille à chacune de ses circonvolutions. La toundra fantomatique de Foresteppe est ici devenue un charnier de l’âme, un amoncellement de douleurs que son auteur semble avoir voulu exorciser dans un album, faute de pouvoir accéder à l’oubli.

note       Publiée le dimanche 31 mars 2024

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