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Queensrÿche › Operation: mindcrime

cd 1 • 15 titres

  • 1I remember now
  • 2Anarchy-X
  • 3Revolution calling
  • 4Operation: mindcrime
  • 5Speak
  • 6Spreading the disease
  • 7The mission
  • 8Suite Sister Mary
  • 9The needles lies
  • 10Electric requiem
  • 11Breaking the silence
  • 12I don't believe in love
  • 13Waiting for 22
  • 14My empty room
  • 15Eyes of a stranger

informations

Kajem/Victory Studios, Gladwyne, Pennsylvanie, USA; Le Studio, Morin Heights, Canada.

Cette version inclut un second cd proposant l'intégralité de l'album en concert le 15 novembre 1990 au Hammersmith Odeon à Londres, Angleterre.

line up

Geoff Tate (chant, claviers, sons, Nikki), Eddie Jackson (basse), Scott Rockenfield (batterie, percussions), Michael Wilton (guitares, guitare sèche, guitare 12 cordes), Chris DeGarmo (guitares, guitare sèche, guitare 12 cordes, synthé)

Musiciens additionnels : The Moronik Monks of Morin Heights (choeurs), Anthony Valentine (Dr. X), Pamela Moore (chant, Sister Mary), Scott Mateer (le Prêcheur), Debbie Wheeler (l'Infirmière), Mike Snyder (le présentateur)

chronique

‘I remember now, I remember how it started, I can't remember yesterday, I just remember doing what they told me…’, ainsi débute en 1988 l’album ‘Operation: Mindcrime’ du groupe Queensrÿche… Un concept album. Et après ? Certes, les disques de ce genre ont largement marqué l’histoire de la musique: ‘The Wall’, ‘Tommy’, ‘Arthur or the decline and the fall of the british empire’, ‘Quadrophenia’… Sauf que dans le hard rock ou le heavy, pas vraiment et les Américains font dans cette catégorie presque office de pionniers surtout que le thème sort des sujets plus communs de l’ascension à la célébrité. L’idée se concentre sur le personnage de Nikki, un marginal désabusé affilié à une opération dirigée par un anarchiste du nom de Dr. X visant à s’emparer du pouvoir. Copieusement drogué par Sister Mary, une nonne ancienne prostituée, pour qu’il abatte des personnalités politiques, il en tombe amoureux. Alors que pour tester sa loyauté Dr. X lui demande de supprimer Sister Mary, Nikki refuse. En vain, il est trop tard, la femme est tuée et Nikki, arrêté par la police, finit dans un hôpital psychiatrique. Geoff Tate, le chanteur explique que l’idée lui est venue alors qu’il fréquentait des militants canadiens. Bien que je vénère ‘The Wall’ et que j’apprécie ‘Quadrophenia’, je suis très très peu porté sur ces albums concepts: trop de remplissages, de redites, manque de morceaux forts à écouter indépendamment, etc. Trop souvent, les rythmes de la narration brident l’efficacité des mélodies. Ce n’est nullement le cas ici. ‘Operation: mindcrime’ est comme visionner un film en musique, un livre dont on lit des pages chaque soir et dont on se sent orphelin(e) une fois la lecture terminée. Par où commencer ? Il y a tant à dire. Visitons d’abord les lieux; dès les premières secondes, les paroles de l’infirmière, de Nikki, on est plongé dans une ambiance anxiogène brutalement coupée par une batterie roulante et tribale, accompagnée d’une basse de plomb, des samples totalitaires, des accords menaçants, un peu comme une intro de Ministry. Très vite cependant, le ton heavy s’impose. La première qualité du groupe a été d’écrire des titres compacts, entre quatre et cinq minutes, à l’exception de la pièce de résistance ‘Suite Sister Mary’ d’une durée de dix minutes. La seconde de ne pas laisser la narration étouffer la mélodie; à l’instar de ‘The Wall’, chaque chanson peut s’écouter indépendamment (sauf bien sûr niveau paroles) et des tueries, ‘Operation: mindcrime’ ne contient que ça. Tertio, le combo équilibre merveilleusement la portion musicale et les moments d’atmosphères: quelques bruits, des dialogues fugaces, on suggère beaucoup et c’est suffisant, le reste, ce sont les textes qui le racontent (Geoff Tate a fourni un travail de fou). On ne se méfie pourtant pas forcément au départ car après le démarrage bien glauque, le très bon ‘Revolution calling’ sonne somme toute assez lambda. La mélodie est excellente, c’est puissant mais plutôt engoncé dans les codes du genre. Idem pour le tout aussi bon ‘Operation: mindcrime’: le timbre médium-à aigu, les riffs carrés sans excès de soli, la rythmique offensive, c’est du déjà entendu même si c’est très bien foutu et que le refrain est bandant as fuck. Pourtant, quelque chose s’est déjà déclenché, c’est sur ‘Speak’ qu’on le réalise, les guitares se font plus agressives, la voix commence à se lâcher et à révéler l’étendue de son spectre, elle descend bas sur le refrain, des tonalités graves et chaudes. ‘Spreading the disease’ confirme l’option glauque, la rythmique se fait plus lourde, menaçante, les solis meurent d’un coup pour laisser place à un passage plus dépouillé, inquiétant, où Tate se fait nettement plus flippant. Ce genre de technique est on ne peut plus courante aujourd’hui mais je n’ai pas beaucoup d’exemples d’époque jouant autant sur les climats. Vient ma pièce favorite, ‘The Mission’, avec laquelle Queensrÿche franchissent encore un cap. Narration comme dans un polar sans espoir, carillon funèbre, début en arpèges, puis le chant qui commence à nous faire percevoir les émotions complexes de Nikki. Ce junkie sans illusion se découvre amoureux, se découvre un but et pourtant… Bam ! Power heavy bien 80’s, puissant mais cliché as fuck annonçant un refrain tout aussi épique et couru d’avance sauf que… Au lieu de l’hymne prémâché à scander tous en choeur, les guitares s’alourdissent et le refrain résonne d’une énergie déchirante et déchirée. ‘My mission saved the world and I stood proud, my mission changed the world, it turned my life around’, crie Nikki qui réalise que Sister Mary est celle qui pourrait donner un but à sa vie. On devine pourtant que nous sommes à un tournant dramatique de l’histoire. Ce que confirme la pièces maîtresse de l’album… ‘Kill her, that’s all you have to do’, impose Dr X., ‘Kill Mary ?’ ‘She’s a risk’. Tout s’effondre d’un coup. Sonorités glauques, choeurs d’opéra menaçants, coups de rythmiques lourds et funèbres, calme dans la nuit urbaine intranquille où résonnent les sirènes. Nikki a peur, veut faire quelque chose. Surgit de nulle part la voix de Sister Mary (la chanteuse Pamela Moore), fragile, puis dure, inquiète dans sa froideur, parfait complément du timbre de Tate. Leur dialogue vocal est extrêmement touchant dans cette descente aux enfers emplie d’une fougue intense et désespérée. ‘Suite Sister Mary’ est le titre progressif de l’album, riche en breaks, montées, retombées, faux départs, tensions et explosions, pourtant rien d’une branlette artistique, il demeure accessible et frappe au coeur là où ça fait mal. Les apports des choeurs sont épiques, sans pompe inutile, tout est pertinent et sert l’émotion. Pour rien, la jeune femme est tuée et la fin de l’album se met au diapason de Nikki qui fuit en avant la tête la première vers un mur qui n’attend que lui, se lacère les bras pour y graver ‘Don’t trust the needle’. On est dans du heavy puissant et rapide, tendu aussi. Même le court, lent, lourd ‘Electric requiem’ relaie cette atmosphère de désespoir et de fatalité. Le combo va alors aligner une série de tubes imparables. Soyons honnêtes, ça sonne comme du Survivor mais version pas gentil du tout et c’est sexy as fuck quand on n’a plus rien à perdre. ‘Breaking the silence’, ‘I don’t believe in love’, c’est du tube pur jus heavy 80’s mais du type que tu as envie de crier dans la rue au milieu de la foule, celui qu’écoutaient les personnages des films d’horreur d’époque en dansant comme des dingues le walkman sur les oreilles comme si la vie était une urgence permanente. Mais à trop courir, on s’essouffle. Le bouleversant interlude instrumental ‘Waiting for 22’ est un délice guitaristique annonçant ‘My empty room’ rythmé parle tic tac de la pendule… Les hurlements désespérés finaux de Nikki n’y changeront rien. Finir la tête haute ? Queensrÿche choisissent de conclure avec un autre tube calibré heavy 80’s qui fait son petit effet avant de finir sur une nappe et le constat sans appel: ‘I remember now’. A lire sur le net, beaucoup de gens (moi le premier) ont sous-estimé la portée et l’audace de ce disque qui emballe ses concepts dans des formules en apparence toute faites. Pourtant au fur et à mesure des écoutes, le disque devient obsédant, on l’écoute en boucle, on se plonge dans cette histoire dont on connait juste assez d’éléments pour la vivre par procuration. Le personnage de Nikki est bien écrit, attachant, on aimerait qu’il s’en sorte en sachant que ce n’est pas possible. La musique n’est pas en reste. Pour quelqu’un comme moi pas spécialement féru de heavy, tout est extrêmement bien dosé: pas de démonstrations stériles, des ambiances accessibles mais complexes, riches, variées, des mélodies tueuses et un chanteur au registre puissant, varié, tout en demeurant émotionnel. ‘Operaton: mindcrime’ est le chef-d’oeuvre de Queensrÿche, celui qui lui assurera à jamais une place dans l’histoire de la musique mais aussi celui sur lequel le groupe aura du mal à rebondir; il tentera même des années après un pathétique volet 2 aussi catastrophique que celui-ci est génial. Qu’importe, quand on a sorti un album de cette trempe, de ceux dont on se sent orphelin(e) quand on cesse de les écouter une fois leur magie décryptée, le panthéon vous est acquis...

note       Publiée le lundi 18 mars 2024

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torquemada Envoyez un message privé àtorquemada

Qu’aurait donné l’épisode 2 avec Valérie Lemercier ou Reznor à la place de Dio ? Et c’est marrant mais j’étais sûr que Sheer-Khan était un fan de « Promised Land » !

Message édité le 20-03-2024 à 11:05 par Torquemada

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Sheer-khan Envoyez un message privé àSheer-khan
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Allons, c'est Valerie Lemercier!! Blague à part : excellent album qui entame une sacrée trilogie avec "Empire" et surtout "Promised Land", qui marque selon moi l'apogée du groupe.

born to gulo Envoyez un message privé àborn to gulo

Moi aux Misfits merci bonsoir candidat suivant

nicola Envoyez un message privé ànicola

Ha tiens, je pensais à Alec Empire.

Procrastin Envoyez un message privé àProcrastin

Une belle chro pour un album qui m'a marqué gamin, et qui insiste bien sur la qualité principale de l'album, son excellente articulation! (et vrai qu'il ferait un bon Dr.X le sieur Reznor!)

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