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Už Jsme Doma › Parník 1985

lp • 4 titres • 9:04 min

  • A
  • 1Haziga Urma4:05
  • B
  • 2Jazz 19602:33
  • 3Delikatesa1:54
  • 4Šantrůček (Fragment)0:32

informations

Enregistré par Petr Růžička sur un bateau à vapeur sur la Vltava, en 1985.

Artwork : Martin Velíšek.

line up

Jindra Dolanský (saxophone ténor, voix), Milan Nový (saxophone ténor, voix), Petr Keřka (basse), Jula Horváth (batterie), Jiří Solar (guitare), Jiří Závodný (claviers, voix)

chronique

Tant de bordel en si peu peu de temps, de titres. Už Jsme Doma, qui jouent ici leur tout premier concert, sont bien loin de ce qu'on connaîtra d'eux plus tard, bientôt – pas de jazz-prog-punk, là, de mesures aux comptes retors, compliqués. De la brutalité, de l'impro sur des tessons de compos posés peut-être, plus tôt, en répète,mais aller savoir, même. Des cris, des rayures de sax free en plein dans la tronche, les tympans, les corps venus résonner là, devant la bande, sur ce bateau – généralement bien imbibés, les corps, selon les témoignages, le concert ayant commencé bien plus tard que prévu, une bonne partie des membres des groupes présents ayant été retenue par la police avant d'avoir pu monter à bord, chacun gagnant le lieu à mesure que les flics les relâchaient après un bref interrogatoire de routine. Parce que oui : le concert en question s'est joué clandestinement, dans ce pays qui s'appelait encore Tchécoslovaquie, alors, et où la censure sévissait, où c'était apparemment très compliqué de parvenir à jouer sans se faire ainsi serrer pour activité non-calée sur l'esthétique, la ligne officielle... Un certain Alex Šwamberk, dans le livret du disque, raconte en détail l'histoire...

Miroslav Wanek – qui rejoindrait plus tard Už Jsme Doma mais jouait alors dans FPB, autre groupe à l'affiche ce soir là – raconte bien son impression, aussi, sa version de la soirée. Sa surprise, sa stupéfaction presque, lui qui ne connaissait de la bande que sa réputation de « groupe-blague qui ne savait pas jouer ». Ceci-dit c'est vrai, dans une certaine mesure : Už Jsme Doma, ici, ne « savent » pas encore jouer, ne semblent en tout cas guère se soucier de maîtriser leurs instruments, de développer des formes virtuoses – ou simplement agréables à l'oreille. Le rythme est sommaire – certes, mais acharné, obsessivement fixe, répétitif. Les soufflants, donc, braillent et hoquettent chacun sur sa trajectoire, en travers de tout, faisant concurrence aux voix qui ne gueulent pas moins – pas moins n'importe comment. Des embryons de mélodies aux angles bizarres surnagent – sur Delikatesa, on croirait qu'ils s'emparent d'un riff de Getatchew Mekurya ou d'un autre bout de musique éthiopienne pour en faire... Une base de plus pour lâcher leur espèce de chaos, balancer leurs objets-bruits, leurs bidules-sons de part en part de la pièce, de l'audience, de l'air où ça sonne. Et puis ces claviers, cet espèce d'orgue de cirque crispant, jubilant, abruti et fier de lui...

Comme le dit aussi le sus-nommé Šwamberk, toutes les comparaisons sont vaines – pas forcément non-avenues, idiotes mais... Insuffisantes, ou plutôt hors-sujet. Beefheart, Gong, même le Earthbound de King Crimson – très bien, tout ça, OK... Mais rien qui soit ce moment précis, ce concert, cet espace-temps, cette histoire, précisément, aucune autre. Už Jsme Doma, on le répète, sont encore bien loin de ce qu'ils deviendront – mais la musique qu'ils jouent là détient et libère déjà sa propre densité, son intensité particulière, sa façon de dire (non, ou oui à tout ou merde, ou quoi...) réductible à rien d'autre, inspirations, ressemblances, tenants, aboutissants.

Tant de bordel en si peu d'espace... Il semble que tout au long de la soirée, le capitaine comme l'équipage aient laissé faire. Il appert que de toute façon, le procédé, la ruse – jouer sur la rivière pour échapper aux pistages, faire passer le boucan pour les éclats de touristes est-allemands se cuitant joyeusement mais en règle question passeports et autres papelards, sur la Vlatava – étaient assez communs, à l'époque. Wanek raconte que, débarquant à la fin, sur le quai, deux files de flics (les mêmes ou non qui les avaient au début embarqués – au comico, pas sur le vapeur !) les attendaient tous, les aient laissé passer, angoissés, craignant de se retrouver cette fois-ci pour de bon au gnouf. Le même rapporte qu'ensuite il a gagné l'arrêt de tram le plus proche, se fondant à d'autres voyageurs – certains sortis du même bateau, d'autres qui n'avaient rien su de ce qui venait de se passer. Le tram était venu, tout le monde était monté – et puis plus rien, fin de l'épisode. Il semble qu'il se souvienne parfaitement de tout ça. Il semble que nombre d'autres, présents aussi, en aient été marqués. Voici la trace de l'événement – gravée sur deux faces de vinyle sept pouces, trente ans après. Ça tape toujours bien à la tête, son rude, rudimentaire ou pas. On entend bien que la rugosité tient avant tout en la matière première – pas seulement, toujours, dans l'absence ou presque de production, de peaufinage du traitement.

Il ne reste plus dans le groupe, au fait, dans sa version actuelle, aucun membre parmi les ci-présent. Il n'empêche, on insiste : quelque chose d'unique était lancé. Et ça n'allait vraiment pas cesser de sitôt.

note       Publiée le vendredi 2 février 2024

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