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Děti Deště › ... V Bytě Nad Řekou

lp • 10 titres • 32:05 min

  • A
  • 1J.T. (Běž A Zapomeň)3:48
  • 2Tvrzení3:57
  • 3Ustup Do Hor3:21
  • 4Rurální3:39
  • 5S. Obřad2:58
  • B
  • 6Kazbek2:12
  • 7… V Bytě Nad Řekou3:10
  • 8Superkladiva2:51
  • 9PreLudium1:29
  • 10Typizace '193:40

informations

Enregistré, mixé et masterisé par Yoz au jáMOR studio, 2018/2019.

Artwork : Vojtěch Vojtíšek.

line up

Bugrr (guitare, voix), Filda (claviers), Lud'a (basse, voix, piano), Marty (batterie), Antonín Kocábek (guitare), Yoz (violon, piano)

Musiciens additionnels : Hana Hadincová (paroles de J.T. (Běž A Zapomeň))

chronique

Cette ville est belle dès qu'on lève les yeux. En bas, comme partout – dans toutes celles qu'on visite, toutes les capitales, toutes celles ouvertes aux négoces – ce sont les mêmes enseignes, drouille internationale vendue pas cher ou aux tarifs deluxe (pour rien, dans les deux sens du terme). Et ces drôles de boutiques de souvenirs qui font en même temps coffee-shop (pour accueillir l'imminente dépénalisation) où l'on se demande comment quiconque pourrait avoir envie d'acheter quoi que ce soit... Mais plus haut que ces rez-de-chaussée, donc, et partout : ces façades et ces toits, ces couleurs, ces ères et ces manières qui se fondent ou tranchent, se répondent et s'adossent, architectures mouvantes et blocs posés là comme de toute éternité – en réalité, depuis toutes ces époques qui ont voulu marquer ou s'enfuir. Des statues, sur les bords des gouttières, des tuiles – pas des gargouilles cette fois mais des corps de femmes et d'hommes qui semblent marcher, deviser, observer, pétrifiés. Vue de ces hauteurs bien sûr, là aussi comme partout : on doit voir autrement les rues, ceux et celles qui y passent, celles et ceux qui y vivent, les trouées des passages et les entrées des parcs, les galeries et merveilles entre les portes des Starbuck. Puis la rivière, cette large et vieille Vltava.

Le titre de ce disque, il semble, veut dire Appartement sur la Rivière, justement – ou quelque chose d'approchant, une variante. Il semble encore, à entendre le bruit que ça fait, qu'il ne fasse pas si bon y vivre. C'est toujours saturé – TOUJOURS. Et toujours, encore, ça ne sonne pas résigné – plutôt lucide quant à où ça, où on en est, ce que vivre, ce qu'y vivre implique, entraîne. Même, le son tape encore plus, les particules s'excitent, les couches de bruits et d'harmonies, d'harmoniques, frottent davantage encore que sur Tyto Alba, le précédent album. Le mix est plus épais, plus lourd (encore) – et paradoxalement ou pas, tout s'y découpe mieux. Ces voix scandées, comme un élément détaché de la batterie et porté ailleurs, sur d'autres bandes de fréquence (et partagé, multiplié, par empilement) mais utilisées tout pareil – comme pour casser l'ennui, les strates de gris, la lente coulée des jours trop loin de la terre, du sol, d'un air désengorgé qu'il serait si bon d'avaler, où l'on voudrait s'engouffrer. (Question d'étage ou de coordonnées GPS qui font qu'on n'y est pas, au contact). Ces guitares et ces claviers – qui crachent et tournent des mêmes teintes – mais ici souvent plus distinctes qu'avant, et qui de fait envahissent ainsi, toujours mieux, tout le spectre. Cette basse aussi noise – enflée, granuleuse – que le reste. Noise rock, oui, toujours. Indus, post-indus – pas pour le genre mais pour le paysage, pragmatiquement, les quartiers que ça évoque. (Allez traîner vers Smíchov, tiens, où dans la partie la plus chemin-de-fer de Žižkov, plutôt que vers le Château, la Vieille Ville ou Malá Strana... Enfin, au vrai je ne sais pas où ils vivent mais ce sont ces quartiers, plutôt, et pour ce que j'en ai vu, que ça m'évoque). Il y a des suspensions – les points de ce nom – avant, au début du titre. C'est qu'il y en a avant, c'est que ça ne sort pas de nulle part et que ça dure encore. C'est aussi comme ça que ça change – incessante transition, construction, érosion. Ça s'étend et se resserre – question de zone et de moment.

À peine avant la fin, il y a cette plage de piano – PreLudium – qui vient flotter, nocturne, crépusculaire mais limpide, une minute trente durant. Presque sans parole. Seulement ces mots, entendus alors que le son de l'instrument s'éteint : « C'est beau ! » (To je krásné !). Ça l'est – différemment du reste, comme caché dans un repli, une ombre, comme un reflet d'aura qui sourde, un instant. Et puis repart, en conclusion, un autre déluge de son épais et déchiré, chargé. Le texte dit Béton, Plafond qui Manque (ou est-ce le ciel bouché), Vivre Par Terre, égarement et, je crois, mutisme. Alors pourquoi, pourquoi, je n'y entends toujours, décidément, aucun abattement, aucune fin de flambée, aucune mort prononcée de toute agitation ? Je ne sais... Parce que oui, ça aussi : To je krásné ! Et que de plus en plus, ce groupe est dans mes murs – à quelques encablures d'un autre cour d'eau, bien loin de Praque et de ces eaux au-dessus de quoi leur boucan orpailleur traverse, plonge, émerge ou bien s'abîme.

note       Publiée le vendredi 26 janvier 2024

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Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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Tiens, un des membres du groupe (je leur avais signalé mes chros) me précise le coup des points de suspension au début du titre... En fait au début ils voulaient appeler le disque Prcat - apparemment un mot puéril/immature pour dire "baiser" mais le label Silver Rocket n'était pas trop chaud pour, trouvant ça trop "dumb". Du coup ils ont accepté de lui donner le titre d'un des morceaux du disque, mais à la condition d'ajouter ces points de suspension, qu'on puisse deviner, ajouter à ce tite le mot manquant - ce qui donnerait un truc du genre "Bouillav dans un appart au-dessus de la rivière". Puis ils se sont rendu compte que ces suspensions pouvaient e' fait être remplacé par à peu près n'importe quoi et du coup ils ont fait imprimer des stickers avec plein de mots, qui permettent de compléter le titre comme on l'entend - "bière dans un appart au-dessus de la rivière", "tachycardie dans un appart au-dessus de la rivière", "merde dans un appart au-dessus de la rivière"... Fin de l'interlude trivial. Et sinon faut écouter ce disque. Il est bien.

Message édité le 28-01-2024 à 20:05 par dioneo

Note donnée au disque :