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Bumfrang3 › Rebus

lp • 8 titres • 36:52 min

  • A
  • 1Intro1:32
  • 2Way5:28
  • 3Slova5:52
  • 4Obraz4:47
  • B
  • 5Working3:43
  • 6Alpha Wall4:29
  • 7K Zemi4:53
  • 8Rebus7:08

extraits vidéo

informations

Enregistré à l'Analogstudio. Mixé par Jan Polàk et Zbyněk Moravec.

line up

Jan Polàk (Honza) (basse), Maren (batterie, voix), Zbyněk Moravec (voix, guitare, claviers)

chronique

Je me souviens d'une interview dans une revue, vers le milieu des années 2000 – enfin... Je ne suis plus tout à fait certain de qui parlait mais je me souviens bien du propos. Un musicien, chanteur, disait qu'il aimait écrire en anglais parce qu'il ne maîtrisait pas vraiment la langue et que ses textes, par voie de l'approximation, de l'étrangeté de tournures que lui donnait le procédé – écrire en une langue qui n'était pas la sienne, donc, maniée avec une marge d'erreur – gagnaient ainsi une qualité de poésie spontanée, floutée, des glissements de sens qu'il n'aurait pas osés dans son idiome natif.

Bumfrang3 aussi, chantent en anglais – à temps partiel. Un anglais simple mais parfois curieux, oblique – des histoires, des itérations qui semblent sorties de rêves bizarres, énoncés évidents d'événements indéchiffrables. Quant à savoir ce qu'ils racontent le reste du temps, je ne sauraid dire à si c'est plus « droit », moins élusif – puisque Bumfrang3, sur ces parties là, s'expriment en tchèque (parler dont je ne possède, à ce jour, que de très minces rudiments).

Bumfrang3 semblent aimer jouer avec le temps, les perceptions, nos certitudes quant à ce qu'on entend, ce qu'on a entendu, à quel moment, fréquence, les choses surviennent où se répètent. Sur cette face A, par exemple, est-ce bien la même boucle – à la fois aérienne et enflée, gorgée – sur Way et sur Slova, la première scandée en anglais, la deuxième comme narrée, en tchèque, donc ? C'est la même musique, c'est sûr – ce sont les mêmes accords, la même ligne de basse mais... Ces ruptures de cordes comme frottées, nuages de particules, interviennent-elles vraiment aux mêmes moments de la séquence ? Rejouent-ils tout ? Changent-ils seulement la piste de voix, sur la même prise instrumentale ? Serait-ce simplement un seul morceau, au fond, basculé/remis dans le sens initial (etc.) par une série de breaks, plutôt que deux variations, voulues distinctes complètement ? Il me semble, en tout cas, que ça... Monte. Que la substance s'intensifie. Ou alors c'est que les tournes nous y plongent à mesure, nous enlacent en nous y entraînant de plus en plus profondément.

La musique de Bumfrang3 tient sans doute, elle aussi, de la transcription – spontanée ou du moins « naturelle » autant que travaillée, peut-être bien – de la traduction sans filet d'une forme à l'autre, par-dessus, à travers, par-dessous les supposées limites de styles, de genres. Mélodies en arpèges et riffs décidément cycliques, d'une espèce de pop faussée juste comme il faut pour que ça tire, quand ça sonne. Basses qui articulent le kraut avec l'accent post-punk (et/ou symétrique renversement). Envahissements de fuzz shoegaze, cordes coupantes sur des ruptures de métriques, trafics synthétiques qui font vriller les timbres, déforment les membranes des amplis selon des courbes pas prévues par « le rock », si bruitiste soit-il.

Ce disque – leur quatrième sortie, semble-t-il – dit au fond bien son nom. Rébus – il faut déchiffrer les éléments, chercher comment ça se combine. Sauf qu'une fois décodé, ça donne des choses du genre « Mur Alpha, ne me quitte pas maintenant » ou « Nous travaillons sur le Trou » (avec ces assonances qui suivent, « big deal/dig deep » et autres fantaisies au rendu à vrai dire pas confortant). Ou bien encore (traduit du tchèque, cette fois – et via google, donc voire) « Tout est pareil par rapport à l'espace et à la terre/Tu ne t'en soucies plus/Tu peux paresser sur le sol nu »... Cet acabit.

La musique de Bumfrang3, cependant, ne gît pas sur un plancher vague, défoncé, à contempler un ciel voilé. Elle propulse et s'élève, attrape et réjouit. Elle fourmille – elle rend heureux, léger, de cette dimension de fourmi, d'infime bactérie qu'est la notre, au regard du moindre corps céleste. Elle est quelque chose de limpide et de teinté dans la masse – comme ces mains bleutées, « radiographiées » sur la pochette ; comme ce vinyle translucide mais imprégné à cœur de cette même teinte. En émane, aussi, l'impression que tout est construit là-dedans solidement – la tenue rythmique est impeccable, les séquences de notes, même quand ça tourne à l’asymétrique, se dessinent, s'impriment fermement. La musique de Bumfrang3, cet album de Bumfrang3, est un moment défini, précis, sans rien de la réminiscence brouillée. C'est un espace ouvert, d'accord – mais si on y reconnaît tout, on n'y décèle rien qui soit contrefaçon, imitation bêtement souvenue, refaite.

J'ai ramené ce disque de « là-bas », au fait. De Prague, précisément – sans savoir qu'ils étaient d'ailleurs, en Tchéquie, d'un village, si j'ai bien compris, d'une plus petit localité, toujours. Je n'avais aucune idée, quand de disquaire a lancé le son, de quand datait la chose. Je vois maintenant que le disque est sorti en 2012... Je vois que leur plus récent, aussi, est arrivé dix ans plus tard, soit presque hier, allez, dans l'époque où je vous l'écris. Il s'appelle Kompas – je crois que ça veut dire Boussole. Je trouve que ce titre répond avec malice – accidentellement ou pas, c'est une autre question – à celui du ci-présent (énigme, recherche, égarements/orientation, indication du Nord et depuis là du reste... Quand on sait se servir, du moins, de l'instrument).

Ça a du bon, oui, les langues étrangères. C'est bon, c'est agréable, c'est parfois perturbant de les saisir à l'oreille, sans les avoir (ou pas trop) apprises. On croit y reconnaître. On croit que ça ne ressemble à rien de ce qu'on connaît. On entend le flot, parfois, avant d'entraver le moindre mot. On se demande si ce que ça dit prendrait un autre sens, articulé, remodelé par telle ou telle autre grammaire, enregistré ailleurs, autre ville ou campagne, autres climats, passés, perspectives.

note       Publiée le samedi 6 janvier 2024

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Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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Hopla, on se sort un peu la tête des camaïeux de gris sombres. (Et quel son de basse, là-dessus, dites-voir...).

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Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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D'rien... Curieusement il semble qu'il y ait pas mal de groupes (et labels) tchèques qui ont choisi de ne pas passer par bandcamp (ou pas choisi de passer, bref). Ça rend certains trucs moins directement trouvables - même si ça reste du domaine des quelques clics/mots googlés en plus.

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nicola Envoyez un message privé ànicola

Merci du tuyau !

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Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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Tiens, je vous remets ici les deux morceaux (Ways et K Zemi) en écoute sur le site du label. D'autant que via le même lien, on peu télécharger gratuitement tout l'album (en mp3 320). Ça vaut carrément le clic, si jamais.

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