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Blind Melon › Soup

cd • 14 titres • 50:15 min

  • 1Hello Goodbye/Galaxie3:31
  • 22X44:00
  • 3Vernie3:14
  • 4Skinned1:57
  • 5Toes Across the Floor3:04
  • 6Walk2:47
  • 7Dumptruck3:40
  • 8Car Seat (God's Present)2:42
  • 9Wilt2:29
  • 10The Duke3:36
  • 11St. Andrew's Fall4:11
  • 12New Life3:34
  • 13Mouthful of Cavities3:33
  • 14Lemonade3:36

informations

Enregistré par Andy Wallace, assisté de Mike Napolitano et Ken Lomas, aux studios Kingsway et Ultrasonic.Produit par Andy Wallace et Blind Melon.

line up

Glen Graham (batterie, percussions), Shannon Hoon (voix, guitare, harmonica, kazoo), Brad Smith (basse, contrebasse, flûte), Rogers Stevens (guitare, piano, orgue hammond), Christopher Thorn (guitare, mandoline, banjo)

Musiciens additionnels : Jena Kraus (chœurs sur Mouthful of Cavities), Miles Tackett (violoncelle sur Car Seat et St. Andrew's Fall)

chronique

Sur Soup, Blind Melon s'enfoncent encore plus loin dans une « musique cosmique américaine » vaste et multiple, climatique et narrative. Plus de rock sudiste – toujours ces guitares fantastiques, partout présentes, pas toujours solistes, jamais pour l'épate. Plus de funk dans la basse et les cocottes, plus de country, de dustballs, de camions et de trains qui tracent au loin, trop loin pour qu'on les entende mais qui laissent des traînées à travers l'horizon. Du banjo, du kazoo. L'atmosphère est encore plus chaude, plus solaire – on a l'impression, aussi, avec cette pochette, ce titre, cette liste façon menu à l'intérieur du livret, qu'on va partir pour un road-trip plus serein, apaisé, joyeux, voire, déconner dans le van avec eux.

Mais Soup est grave, aussi – jamais pesant mais encore plus travaillé que le premier par le doute, l'intuition et la connaissance profonde des impasses, les couleurs qui en éblouissant finissent par noyer, brûler l'entendement, toute esquisse de projection au-delà du trip. C'est un disque possiblement bien plus adulte, aguerri, que ses auteurs, bouquet de chansons qui semblent toujours en savoir plus, en particulier que Shannon Hoon lui-même – avec ses allures d'éternel poussin paumé, ce sens brillant de l'écriture et cette voix d'or qui flottent sur lui, trop grands pour lui, enveloppant son corps sans parvenir à tout à fait le protéger.

Soup est riche, oui – encore plus que le précédent – en arrangements, claviers, parfois fanfares (façon Nouvelle Orléans), en contrastes, ambiances somptueusement posées, veloutées, et montées de saturation, assauts sur tous les sens, textures affolées. Certains morceaux se permettent des revirements, cassures, découpages que d'aucuns iraient sans doute qualifier de prog – que pour ma part j'entends comme des traces d'un psychédélisme sinon totalement désenchanté, ramené en tout cas à la mesure de moments forcément furtifs, de répits. (Mais Lemonade, dites... Quelle sortie !). Mais richesse ou pas de l'habillement, luxe des étoffes, Soup s'engage plus loin aussi, en terres désolées, cramées – en ces lieux où on ne s'aventure pas spécialement avec le souci, l'idée d'en revenir. Certes, il serait un peu facile, maintenant qu'on connaît la fin de l'histoire – Hoon, donc, dont le cœur cédera après la trace de trop sur la tournée du présent disque, quelques mois après – de décréter prémonitoire fatalement, une chanson comme Mouthful of Cavities. Il semble d'ailleurs que tout le disque ait été écrit alors que Hoon tentait de décrocher de « tout ça », qu'il se préparait à la naissance de sa fille. Mais tout de même quoi : Mouthful of Cavities ! Quelle image, déjà, ce titre. Quelle chanson, surtout. Parfait imbroglio – aux lignes rendues très claires, lisibles, limpides, avec cette guitare acoustique, ces touches de piano, ces chœurs féminins qui planent sur la crête de la compo... – de tout ce qui fait la substance de ce groupe, contradictions, soif de flux limpides et attrait pour le fond des marres, des cuves, spleen et aspiration à autre chose, à sortir de ça par la camaraderie (I wrote a letter to a friend/I told him how much I used to love to watch him smile...), l'amour non-caché mais jamais brandi, la peur en même temps d'être vu, jugé(e), la peur et l'attrait de la chute... et toujours, aussi, ce goût des musiques oubliées, aimées pas plus parce qu'elles seraient « classiques » (« classic rock »... j'ai, toujours trouvé ce terme complètement vide...) que par goût des choses décrétées par d'autres ringardes. Non... Je crois que c'est bien plus simple : Blind Melon étaient de leur temps et ne se demandaient pas s'il fallait être absolument modernes, ne cherchaient pas plus à embrasser un « revival » qu'à créer un nouveau courant, il me semble. Et Mouthful of Cavities – comme les autres – est une tentative, au-delà ou en-deçà de ces considérations... Une chanson qu'ils ont tenté de rendre aussi belle, sûrement, qu'ils l'entendaient, voulaient l'entendre.

C'est beau, oui, Blind Melon. Jamais banal et jamais ostentatoire – dans ses formes pourtant déployées, foisonnantes, sa générosité. C'est la musique d'un groupe soudé, aussi, qu'on entend là – pas l'instrument du seul Hoon, qui userait des autres ou se reposerait paresseusement dessus. Ça n'allait, donc, pas durer – Hoon mort, le groupe n'allait pas parvenir à le remplacer, l'équilibre, la chimie, se briseraient, et Blind Melon se sépareraient, n'arriveraient pas à donner suite. Soup, pourtant, ne laisse aucun goût de pas-assez. Certes, il ne ferme rien – mais accomplit beaucoup. Un autre disque sortirait en 2008, avec un certain Travis Warren au chant mais c'est une autre histoire, forcément – et j'avoue n'avoir pour le moment jamais écouté ce For My Friends. Ça viendra, sûrement, peut-être. Je doute, quoi qu'il en soit, que Soup (comme celui d'avant) s'éteigne de sitôt, quand je voudrais m'y chauffer.

Très bon
      
Publiée le samedi 23 septembre 2023

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Giboulou Envoyez un message privé àGiboulou

@coltrano : en mode grungy groovy grâce à ton com’ précédent, je me suis envoyé le ‘Mark Avenue Skullgame’ (1993 - sub pop) de Big Chief. Ben leur concept de musique de film blaxploitation qui n’a jamais existé me fascine toujours autant !

@dio oui effectivement on sent des racines très californiennes, Byrds période Crosby, le Grateful Dead, Love et tout le tralala. Et comme ces groupes, ça joue (mais vraiment hein) sans que ça paraisse démonstratif.

Message édité le 08-11-2025 à 19:42 par Giboulou

Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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De rien, Gibou', cool de lire que tu n'es pas resté sur ton agacement et y a reprêté l'oreille ! Et oui, les paroles, ça peut compter, ici. Et parfois, aussi, on peut se plonger sans plus que ça s'y attarder, je trouve.

Et oui, Coltrano, c'est sûr que No Rain ne donne pas du tout une "bonne idée" du groupe... C'est une bonne chanson, mais pas du tout "typique" de Blind Melon. Groupe... De l'époque de et cohérent avec la non-scène grunge, en effet, et pas tant que ça rattaché, ne serait-ce que parce que L.A. n'était pas, n'est pas Seattle, autre histoire, autres flux, autres manières d'absorber et rendre les choses. Puis tout simplement, autre groupe que ceux qu'on a étiqueté comme ça (avec déjà, souvent une très grande marge, un certain vague, on sait bien, oui).

Note donnée au disque :       
Coltranophile Envoyez un message privé àColtranophile

Ce groupe a vraiment été "flouté" par No Rain. Si on tient à les rapprocher de la galaxie grunge, c'est d'assez loin le groupe qui groovait le plus mais toujours mâtinée d'une mélancolie plutôt lumineuse. Et puis, le coté catchy n'était pas en reste (Toe's, St Andrew, Mouthful, ....). Je le préfère même au précédent.

Note donnée au disque :       
Giboulou Envoyez un message privé àGiboulou

Merci Dio’. 2 jours que je réécoute cet album et le ressenti vis à vis de Hoon s’est dissipé. Quel album n’empêche. Là c’est ‘carseat (god’s present)’ qui vient de me renverser. Quand j’étais plus jeune, je ne captais le sens des paroles - une horreur/beauté. Pfiou

Giboulou Envoyez un message privé àGiboulou

Ha mais sur celui-là, elle est moins envahissante sa voix. Qu’on ne se méprenne pas trop non plus, hein. Galaxie, Toes across the floor sont quand même bien placées dans mes tops du début de cette décennie (qui ne manquait pas de bonnes choses - mais ça, on est tous d’accord, non?)