Vous êtes ici › Les groupes / artistesHHaruomi Hosono › 花に水 (Hanani mizu)

Haruomi Hosono › 花に水 (Hanani mizu)

k7 • 2 titres • 29:38 min

  • 1Talking あなたについてのおしゃべりあれこれ14:51
  • 2Growth 都市にまつわる生長のことなど14:47

informations

Seul le morceau "Talking" est présent dans la compilation MUJI vendue à l'époque, avec une autre version dans une veine encore plus ambient.

chronique

Quand Brian Eno conceptualise ce qu’il sera convenu d’appeler, pour le meilleur et le reste, la musique ambient, il la définit comme « non intrusive, capable d’envelopper l’auditeur sans mobiliser toute son attention ». Intéressante, mais avec la qualité de pouvoir être ignorée. Créant un espace mental pour l’auditeur dans lequel il a toute liberté de se mouvoir, voire d’être transporté (ou dirigé…). Ce n’est pas un hasard si peut-être son plus célèbre album ambient était désigné pour envelopper l’espace des aéroports, lieux de transports et de transactions du capitalisme mondialisé, lieux d’utopie et d’angoisses mêlées. Si la muzak était une pure tapisserie sonore (y avait-il des tapisseries dans les vieux ascenseurs ?), l’ambient serait fonctionnelle au sens plein du terme. Et une de ses propres fonctions serait de pouvoir elle-même se faire oublier, de façon quasiment insidieuse quand elle ne laisse derrière elle que ses effets sur l’auditeur (des effets certes souvent doux et sédatifs, mais dans quels buts ?). Oublier, c’est ce que Haruomi Hosono avait fait avec les quelques compositions qui lui avaient été mandatées par la chaine de magasins MUJI. Musique de commande pour envelopper ces échoppes modernes dans une esthétique sonore qui conviendrait à leur composition matérielle : minimalistes, sobres, douces et pratiques. Si vous êtes déjà rentré dans un magasin MUJI, vous savez de quoi on parle. Hosono, énorme star de la techno-pop et musicien avant-gardiste depuis les années soixante-dix, pond donc quelques pistes ambient pour la marque prestigieuse et passe à autre chose. Il faudra que le groupe Vampire Weekend sample le morceau « Talking », trente-cinq ans plus tard, pour que Hosono s’en souvienne. Disparu de sa mémoire jusque là. Disparu de la mémoire collective. Quelques années auparavant, la cassette avait resurgit sur Youtube, uploadée avec un artwork sans lien aucun (une oeuvre du graphiste Ikko Tanaka), exhumée de quelques archives mystérieuses.

C’est peu dire qu’elle était facilement ignorable cette musique ambient pour MUJI. On s’imagine encore déambuler dans ces espaces décorés avec un sens de la pureté toute japonaise au son de cette presque berceuse synthétique, cette mini-mélodie répétée en boucle, répétitions sans différences discernables si on n’y prête qu’une attention discrète. Une sorte d’esquisse, un geste toujours renouvelé, comme cherchant son exacte beauté dans les infimes variations qu’elle propose. La bande-son sédative d’une consommation apaisée, dans laquelle se laisser couler est aussi confortable qu’un linceul de coton. Le second morceau de la cassette, en revanche (non présent sur la compilation vendue à l’époque dans les magasins MUJI, était-il seulement utilisé ?), présente une musique ambient beaucoup plus inquiétante, au minimalisme tordu de dissonances, aux drones distillant une ambiance fondamentalement sombre. Face inversée de la précédente ? Revers de la médaille d’une douceur de surface ? On pourra bien y projeter ce qu’on veut comme fantasme, comme sentiment de malaise (ou de confort), mais ce « Growth » me semble plus, à moi, propice à une lecture de "La couleur tombée du ciel" qu’à une déambulation tranquille dans un concept store moderniste où toute la violence du capitalisme est lissée par une hypnose sonore qui n’en garde que son côté presque magique (comme la musique pour aéroports de Eno, qu’y a-t-il de plus magique qu’une zone où l’humain prend son envol ?). Avec aujourd’hui un filtre métaphorique en plus, celui de l’enchantement de l’archive exhumée, de celle que même son créateur avait oublié, laissant derrière lui un travail d’un autre temps, fixé sur ce qu’il a à faire dans les jours à venir. Il y a là-dedans le charme vénéneux du son des fantômes. Mais attention, à force de creuser (le digger étant devenu la forme cool du pilleur de tombe de la culture pop et consumériste, le passe-plat des receleurs de rééditions), il se pourrait qu’il se dégage aussi une odeur de cadavre. Méfiez-vous du charme des archives. Comme il était dit dans ce film documentaire sur Lovecraft : la passion du passé est une maladie.

note       Publiée le jeudi 7 septembre 2023

dernières écoutes

Connectez-vous pour signaler que vous écoutez "花に水 (Hanani mizu)" en ce moment.

tags

Connectez-vous pour ajouter un tag sur "花に水 (Hanani mizu)".

notes

Note moyenne        1 vote

Connectez-vous ajouter une note sur "花に水 (Hanani mizu)".

commentaires

Connectez-vous pour ajouter un commentaire sur "花に水 (Hanani mizu)".

Alfred le Pingouin Envoyez un message privé àAlfred le Pingouin

Talking est impressionnant dans sa fausse simplicité. La mélodie est en permanence en train de changer discrètement, une note ou deux notes de basse en plus, un silence plus long, etc. Ce tout en restant tranquillou, peinard, flegmatique. De quoi faire psychoter les Marie Kondo de la musique, toujours un truc qui dépasse, rien ne rentre bien comme il faut dans ces foutues étagères pourtant parfaitement designées.

Note donnée au disque :       
A.Z.O.T Envoyez un message privé àA.Z.O.T

La première me rappelle étrangement la musique des centres Pokémon des premières versions. En tout cas c'est toujours un plaisir de se faire un plaisir rétro en retournant essayer tous les stylos de couleurs chez MUJI avec Hosono dans les oreilles.