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Cornershop › When I Was Born for the 7th Time

cd • 15 titres • 54:25 min

  • 1Sleep On the Left Side4:06
  • 2Brimful of Asha5:13
  • 3Butter the Soul3:19
  • 4Chocolat1:24
  • 5We're In Yr Corner5:47
  • 6Funky Days Are Back Again3:41
  • 7What Is Happening?2:15
  • 8When the Light Appears Boy2:41
  • 9Coming Up1:03
  • 10Good Shit4:40
  • 11Good to Be On the Road Back Home Again5:45
  • 12It's Indian Tobacco My Friend4:52
  • 13Candyman3:49
  • 14State Troopers3:07
  • 15Norwegian Woods (This Bird Has Flown)2:28 [reprise des Beatles]

informations

Enregistré par Alan Gregson et Philip Bagenal aux studios West Orange et Eastcote. Mixé aux studios Eeastcote. Produit par Tjinder Singh.

line up

Tjinder Singh (voix, guitare, scratch, dholak), Nick Simms (batterie), Peter Bengry (percussions), Anthony Saffery (sitar, harmonium, claviers), Ben Ayres (tamboura, guitare, claviers)

Musiciens additionnels : Dan the Automator (production sur Sleep On the Left Side, Good Shit et Candyman), Allen Ginsberg (poème sur When the Light Appears Boy), Justin Warfield (voix sur Candyman), Grace Winder (cordes sur Brimful of Asha), Liz Johnson (cordes sur Brimful of Asha), Robert Buller (cordes sur Brimful of Asha), Daddy Rappaport (production sur Butter the Soul), Lourdes Belart (voix sur Good Shit), Ray Dickaty (flûte sur Good to Be On the Road Back Home Again), Paula Frazer (voix sur Good to Be On the Road Back Home Again)

chronique

Le cornershop, pour les Anglais, c'est à peu près ce que chez nous on appelle le tunard, le tutu – « l'Arabe du coin » (mais je crois qu'on ne dit plus trop ça... pas plus mal). La boutique de proximité – là-bas souvent tenue par des citoyens d'origine sud-asiatique, indienne, pakistanaise, sri-lankaise, bengali... Parti de là, qu'un type nommé Tjinder Singh, à Wolverhampton, Royaume Uni, décide avec ses comparses, en 1991, d'appeler ainsi son groupe de rock, de pop, c'est un peu comme si – admettons – un mec de Rilleux-la-Pape nommé Rachid Taha décrétait avec ses potes, en 1980, qu'ils s'appelleraient désormais Carte de Séjour et joueraient une sorte de rock-funk-raï ostensiblement bâtard, métissé, délibérément « impur ». C'est à dire, dans les deux cas on s'en serait bien douté : que parti de là, ça n'allait pas plaire à tout le monde. C'est à dire, aussi, que pour les autres – celles et ceux que le nom aura fait sourire plutôt qu'il les aura repoussés – le truc allait intriguer, promesse de mélanges, de quelque chose d'un peu moins ordinaire, enfin, que le tout-venant radio autorisé, réputé sérieux – d'autre chose qu'une musique pliée sur ses vieilles bases immuables, hermétiques, appliquées à la lettre depuis des canons qui dans leurs époques respectives (le début des années 90 pour Cornershop, celui des années 80 pour Carte de Séjour donc) commençaient depuis un moment à sentir le renfermé, l'usure.

De fait, Cornershop, depuis le début, a mélangé les teintes, les genres – les langages, les timbres, les approches rythmiques, un sens mélodique insolent, presque négligent, faisant le lien, toujours. D'abord, aussi, le bruit se mêlait au brouet – pas toujours retenu, j'entends, parfois débordant (pas si loin des pièces les plus bourdonnantes de Spacemen 3, Jesus and Mary Chain et cie.). Assez vite pourtant le son s'est affiné – sans se délaver mais chaque brin du tissage s'intégrant ou ressortant mieux, plus contrasté ou mieux fondu. Le truc, à vrai dire, s'était révélé comme bien plus vaste, abreuvé de bien plus de sources qu'on aurait cru – pas seulement un rock mal dégrossi avec quelques bouts de sitar jetés dedans pour la bonne mesure. Dans ce parcours, cette évolution, When I Was Born for the 7th Time a clairement été le moment de la reconnaissance – du jaillissement de ce sens pop particulier. Via le single Brimful of Asha, bien-sûr, sa version remixée, gros carton en radio – et ode à la phénoménale Asha Bhosle, chanteuse (d'après le Guinness Book) ayant le plus enregistré au monde, doubleuse d'un nombre incalculable de stars de Bollywood (et de ses satellites dans d'autres états indiens)... Une légende. Encore une fois, précisons : une légende POPULAIRE. Comme l'est la musique de Cornershop – pop donc dans un sens élargi, ouvert. Contrée de pop-culture, au-delà de la seule pop-music comme style. Qui brasse donc ici souvenirs de cinémas ; intervention d'un poète beat pas moins légendaire (Allen Ginsberg, qui vient réciter l'un de ses textes sur When the Light Appears Boy) ; interludes d'un drôle de trip-hop mâtiné big-beat, articulant scratches et rythmiques déboîtées (Chocolat) ; percée country comme sortie de nulle-part (Good to Be On the Road Back Home Again, avec la chanteuse de Tarnation, Paula Frazer – chanson qui me fait toujours un effet mitigé, d'ailleurs) ; bribes de littératures pas forcément pulp mais nettement pas fermées à ça... Vision panoramique technicolor – très clairement, imbibée d'un psychédélisme mieux que mis à jour, pris depuis le jour où ça se passait.

When I Was Born for the 7th Time est au fond une sorte de zone franche, affranchie. Tout y semble léger mais rien n'y paraît futile, simplement décoratif. Les boucles – samplées, jouées – qui ailleurs feraient vite musique d'attente, viennent s'insinuer dans les têtes, forer, gonfler leur espace dub déformé, reconfiguré (It's Indian Tobacco My Friend). Les thèmes de westerns se chantent en pendjabi et le type qui rappe (comme un poppeux, oui) sur Candyman semble sorti tout droit de Gorillaz – sauf que Gorillaz ne sortiront leur premier album que quatre ans plus tard... Mais on notera en passant que Dan the Automator, futur membre desdits, est co-producteur du morceau en question. Le disque, sous ses airs faciles, explore – tranquillement en effet mais inexorablement, infatigablement. Certaines tentatives peuvent laisser dubitatif, certes – Good to Be... donc, pour ma part, par exemple, ou Funky Days Are Back Again, dont on peut se lasser rapidement, d'accord. Mais il n'empêche : l'allure de décontraction, l'humour sans gros sabots avec quoi Singh et les autres s'emparent de leur objet, tournent leurs mélanges et permutations, fait souvent mouche. En douceur et sans mollesse, elle abolit les ça-ne-se-fait-pas. Sans qu'on soit tenté un seul instant de brandir de mots-valises à défaut de mieux (world-music, world-beat...), on en vient en un instant à douter de la pertinence des cases – à se dire que bien-entendu, pourquoi « pop » et « bhangra », « funk » et « musique concrète », ce ne serait pas la même chose, après tout, ça devrait se cliver et se hiérarchiser ? Ça ne marche bien sûr que le temps du disque – on sait que ça ne va pas faire tomber au dehors l'une ou l'autre frontière, que les râleux vont continuer de râler, les soldats continuer de guerroyer, que les drogues vont continuer de n'être pas que « récréatives », que certaines vont continuer de raser, ruiner certains corps et esprits plutôt que de les ouvrir. Mais voilà : le temps que cette musique joue, on veut cette paix, on embrasse, aussi, sa dynamique, on veut épouser son mouvement « vers » (les autres, un dehors un peu moins pourri, moins fliqué, moins répressif, frustré, frustrant).

Alors... Et la pop, donc, en tant que genre, style, étiquette... Comment elle en sort, de tout ça ? Comment elle s'en sort, dans tout ça ? Le génie des Anciens qui peut-être bien, au fond, cherchaient la même chose que les ci-présents types, avant que d'autres, moins imaginatifs, fassent de leurs idées de mortes leçons ? Eh bien... Tjinder Singh et Cornershop répondent par les Beatles. Trop facile ? Pas sûr ! Malicieux retour, renvoi d'ascenseur, peut-être bien, tout bonnement. Après tout, ce Norwegian Wood est selon les manuels la première chanson pop (occidentale, évidemment) à inclure le son d'un sitar, ou la seconde d'après d'autres sources (See My Friends des Kinks l'aurait en fait précédée de quelques mois – mais bref, on aura compris l'idée). Et puis aussi, Singh se rappelait sans doute des déconvenues desdits Beatles et d'autres pop-stars des mêmes années avec certains de leurs gurus, pas toujours indifférents aux plénitude bancaires d'ici-bas, finalement ; autant que du succès de Ravi Shakar devant les parterres de chevelus de Monterrey puis d'ailleurs... Toujours est-il : que Singh décide, là encore, de la reprendre en pendjabi. Et que sitar ou pas, réverb' et toux enfumée, saturée, mixée en retrait, cette version me laisse toujours tout sourire, gracieux envoi qui plus est juste assez bref pour que rien n'y tourne à la blague. De la pop qui laisse joyeux sans donner envie de s'abrutir, de bêtifier... Certains jours, tous comptes faits, ça reste un moyen fiable de chercher à faire mieux que seulement tenir le coup.

note       Publiée le mercredi 2 août 2023

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Shelleyan Envoyez un message privé àShelleyan
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Oh purée...'Blimful of asha' tournait en boucle quand je vivais en Irlande. Difficile de ne pas aimer ce titre. Il faudrait que je me penche sur le reste.