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Orchestra Baobab › Pirates Choice

cd1 • 6 titres • 41:00 min

  • 1Utru Horas8:39
  • 2Coumba7:42
  • 3Ledi Ndieme M'bodj8:54
  • 4Werente Serigne6:44
  • 5Ray M'bele6:57
  • 6Soldadi8:03

cd2 • 6 titres • 47:00 min

  • 1Ngalam9:31
  • 2Toumaranke6:58
  • 3Foire Internationale7:41
  • 4La Rebellion7:54
  • 5Ndiaga Niaw7:42
  • 6Balla Daffe7:18

informations

Enregistré au Sénégal en 1982

Les 12 titres présents sur ce disque sont d'abord sortis en cassette, au Sénégal uniquement,probablement en 1982. En 1989, le label britannique World Circuit a sorti une première version CD – d'un seul disque – présentant la moitié des titres présents sur ladite cassette. La réédition double-CD du disque, sortie en 2001 – celle ici chroniquée – reprend sur le CD1 les 6 titres de l'édition de 1989, en y ajoutant, sur le CD2, les 6 autres titres de la cassette originale sénégalaise, en versions remasterisées.

line up

Medoune Diallo (voix), Ndiouga Dieng (voix), Rudolphe Gomis (voix), Mapenda Seck (voix), Balla Sidibe (voix, timbales), Barthelemy Attisso (guitare solo), Issa Cissoko (saxophone ténor), Papa Ba (guitare), Adama Sarr (guitare), Charly N'diaye (basse), Mountaga Kouyate (percussions, tumba)

chronique

Ce disque est un parfait moment pop. D'une AUTRE pop, qui ne tiendrait pas comme un Universel indépassable et exclusif le sens anglophone – strictement anglo-saxon ou américain – du terme. Une acception qui retiendrait l'immédiateté de la chose mais sans énoncer pour autant que tout devrait toujours, inconditionnellement, tenir en trois minutes trente, quatre maxi. Une « pop » qui déclinerait les langues et les formes – parce qu'elle s'adresse à un auditoire où circulent les formes et les langues, et qui déciderait pour s'en faire comprendre de créer un composite fluide, de multiplier plutôt que d'emprunter une langue (au sens littéral comme au sens musical) « véhiculaire », importée. Mais aussi : une pop qui ne se fermerait pas sur elle-même, resterait ouverte à « l'extérieur », au dehors, se nourrirait de ce qu'elle voit, entend, de ce qui circule autour d'elle et traverse son espace (national, régional, local, linguistique et musical encore une fois).

L'Orchestra Baobab, depuis Dakar, s'empare de l'afro-cubain, de la chanson sentimentale telle que pratiquée en France (sans préciser si on parle, évoquant ça, des complaintes des années 20, 30, des bluettes des années 60, d'une chanson au spleen bien plus moderne, contemporain), des romances et des hymnes, écrit et entonne, harmonise des livres d'heures, des odes, des chapitres de journaux personnels – en wolof, en mandika, en français (rarement), en espagnol, en ce qui sonne à mon oreille comme une sorte de portugais légèrement créolisé... Le groupe s'empare des lignes, du sens mélodique local et l'appose, le fond aux constructions harmoniques du son cubain, aux phrasés d'un jazz caraïbe. La guitare soliste chante, brille, scintille, phrase sans fin sans que jamais on ne se lasse. Tout chaloupe mais rien ne chancelle. Coumba – celle en français – survole avec détachement son histoire de rupture, filtre les rayons dans sa brume de mélancolie légère, de regret presque euphorique. Barthelemy Attisso – le fameux guitariste soliste – dialogue avec les percussions, étend et file ses variations sur leur lit, les accents des sax, sur Soldadi et ailleurs, presque partout ailleurs (mais sur celle-ci particulièrement, avec ce sens tout personnel de l'acrobatie tranquille, d'un funambulisme qui ne perd jamais de vue sa ligne, ancré mais pas lié, délié mais jamais insubstantiel). Ces voix sont merveilleuses, aussi – timbres et techniques qui parcourent, exposent, poussent textures et tessitures, du baryton ferme, grave mais chaleureux à ce registre haut vibré presque « griotique » ; fins de phrasés qui claquent ou s'étirent ; chœurs en répons, unissons ou degrés tissés... Rien ne fait épate – mais tout fait effets maîtrisés, pratiqués avec plaisir, bonheur, engagement communicatif dans ce qui se joue, s'offre là. Le son est limpide mais matériel – d'une épaisseur qui rend sensibles tous les volumes, toutes les subtilités de ces arrangements aux apparences d'évidences.

C'est une musique glorieuse, rayonnante mais jamais solennelle – même quand l'Orchestre s'attelle à clamer les louanges d'une Foire Internationale qu'on imagine Fleuron, vitrine d'État, démonstration de prospérité ; jamais vindicative – même quand elle rapporte les cheminements et actes de tels ou tels guérilleros. C'est une musique où le rythme saisit tout autant que la douceur, la souplesse autant que la vigueur. C'est un disque qui coule de source – sans qu'on ait l'impression, à aucun moment, que le groupe ait simplifié quoi que ce soit, rogné sur l'un ou l'autre trait d'expression, l'une ou l'autre possibilité. Une évidence qui ne sait pas faire cliché. Le flanger, les effets de phase – sur la guitare, encore – ne sonne pas plus « artifice » que les ponctuations, mélodies du sax qui font échos aux voix, aux guitares (les accords tournants de celles désignées comme « rythmiques »), que les lignes de chant amples ou affilées, que cette successions d'idiomes et variantes dialectales, décidément. Une forme, j'insiste et conclut sur ce point, de pop, de celle – la meilleure ! – facile à partager, écouler, instantanément reconnue mais nullement réduite à quelques tics qui déclencheraient une adhésion-réflexe uniquement, une danse purement mécanique, où rien ne s'agiterait que l'habitude apprise.

Une pop qui est une époque – parce que, comme elle est d'un lieu, « la pop » est toujours d'une époque, quoi qu'en dise la rengaine critique (bien pratique lorsqu'on a décidé de ne jamais s'interroger sur un ordre du monde, « des choses » donné comme immuable, indiscutable) des chansons supposément « intemporelles et universelles » (on y revient). Non : Pirates Choice est d'une époque et d'un endroit – enregistré dans un studio probablement dakarois, donc, l'année 1982. On y entend cet espace-temps précis – on en perçoit le génie (sans majuscule, oui, car c'est une question de pratique, de manière d'aborder et habiter, se mouvoir, traduire et énoncer, dire... pas une question de transcendance faite pour subjuguer, subsumer). Les années d'après n'ont pas invalidé cette musique, certes, le groupe qui la joue l'habite encore dans notre écoute, rien n'a tourné à l'image-témoin. On sait maintenant, toutefois, que le succès de l'Orchestra, passé ce faîte-ci de son art, de sa discographie (il y en avait, il y en a d'autres), allait bientôt décliner. Sa popularité s'effacerait – d'autres musiques, d'autres formes de génie, l'époque changeant, allaient poindre, emporter bientôt la grâce du public. Le mbalax, en particulier – le dénommé Youssou N'Dour spécialement, et d'autres, occupant l'espace, essaimant. Ce serait une autre histoire... Ces douze morceaux en sont une qui persiste, résonne encore – trace et substance d'une session où l'Orchestra avait fait merveille (pour lui, pour nous, pour quiconque rencontrait sa musique). Il ne s'agit pas de les vénérer comme objets de culte, reliques. Il s'agit de les entendre encore – fixés sur ces deux disques mais sûrement pas neutralisés, aplatis par l'histoire ou figés dans leur légende. Il s'agit une fois de plus d'en goûter l'inentamée saveur.

note       Publiée le samedi 22 juillet 2023

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Copacab Envoyez un message privé àCopacab
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Une certaine idée de l'état de grâce.

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Tallis Envoyez un message privé àTallis

Ça fait plaisir de les voir sur Guts !

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