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A Guy Called Gerald › Black Secret Technology

cd 1 • 13 titres • 71:24 min

  • 1So Many Dreams6:44
  • 2Alita's Dream5:00
  • 3Finleys Rainbow (Slow Motion Mix)5:30
  • 4The Nile4:12
  • 5Energy (Extended Mix)6:37
  • 6Silent Cry (Gerico)5:30
  • 7Dreaming Of You6:01
  • 8Survival5:40
  • 9Cybergen4:32
  • 10The Reno5:19
  • 11Cyberjazz4:51
  • 12Voodoo Rage6:00
  • 13Life Unfolds His Mystery4:56

informations

Enregistrement au Machine Room Studio, Angleterre ; "Digital Surgery" à Grooveriders

Remasterisé dès 1997, une version que je ne recommande pas parce qu'elle n'inclut pas "Voodoo Rage" : cette fois, le Second Summer of Love était bel et bien mort et enterré... Il s'agit de la seconde pochette, et cette version inclut deux morceaux inédits, non pris en compte pour la chronique : "Hekkle and Koch", qui débute l'album, et "Touch Me", qui le termine.

line up

Gerald Simpson (écriture, production)

Musiciens additionnels : Goldie (co-écriture, 5), Gerico (co-production, 6)

chronique

  • jungle crépusculaire

Quand il sort en 1995 ce « Black Secret Technology », Gerald Simpson n’est déjà plus le perdreau de l’année. Et malgré des débuts acid house avec 808 State et la fameuse « Voodoo Ray », cela fait alors 4 ans qu’il trempe dans le chaudron breakbeat hardcore (les premières sorties de son label Juice Box Records datent de 1991). Il a accompagné voire devancé la mutation de ce magma rave bordélique et inconvenant vers l’éphémère style jungle, que l’on commence à entendre partout et dont il n’est pas le premier à proposer une version minutieuse et tournée vers l’écoute de salon. Cet album est pourtant un vrai classique tardif d’un style qui n’allait pas tarder à éclater en une myriade de sous-chapelles : il se montre bien moins boursouflé que son contemporain « Timeless » de Goldie et fort d’un équilibre quasi-impossible entre l’urgence des clubs jungle et l’impératif de cohérence des sorties longue durée.

Ce qui frappe tout d’abord, c’est la forte personnalité du son de « Black Secret Technology ». Libéré des contraintes de la musique club, Gerald Simpson se lâche sur les effets : en résulte des beats fortement altérés, métalliques et décharnés. Les batteries sont breakées comme ils se doit, mais semblent déjà en transition vers la techstep à venir et ses rythmiques plus à rebrousse-poil. Un séduisant point d’équilibre que partagent les atmosphères convoyées tout au long de l’album : le film de Gerald Simpson refuse de choisir entre le space-opera et la SF dystopique, jusque dans ses samples, de Dune à Robocop… Le début de l’album donne dans l’optimisme rave exaltant, quoique sur la retenue : les fausses jumelles « So Many Dreams » / « Anita’s Dream » et la subtile montée de « Finley’s Rainbow », reprise vocale de Bob Marley qui échappe miraculeusement au cheesy. C’est également le cas de son final : l’auto-reprise « Voodoo Rage » et ses vocaux ethno-trance est un éblouissant bain de soleil dans lequel l’hymne rave original est inversé pour faire crépiter les neurones plutôt que les nerfs ; tandis que « Life Unfolds His Mystery », seul morceau réellement jouable en club jungle, est une parfaite conclusion qui voit le producteur enfin lâcher les chevaux en matière de jouissance percussive. Mais le cœur de l’album donne plutôt dans le cyberpunk : « Silent Cry » est obscure et pluvieuse, « Dreaming of You » pue le spleen urbain à la Blade Runner et la ligne de basse de « The Reno » est obsédante et aliénante, soulignée plus qu’amoindrie par des arrangements jazzy. Une synthèse de ces climats ? La virée en voiture volante de « Cyberjazz » et ses synthés rave jouissifs en guise de percée des nuages de pollution… « Black Secret Technology » va vite et dans de nombreuses directions à la fois, et c’est plus prégnant à chaque nouvelle écoute : il faut bien connaître ses recoins pour échapper à l’impression de départ, celle d’un disque terne et trop homogène.

C’est un disque-somme, un bilan à la fois de son style de musique que de plusieurs visions de la science-fiction, au moment même où la jungle se voit forcée de muter au risque de perdre de son côté futuriste. Il a été confectionné avec goût et maestria, ce qui lui permet d’échapper à 95% aux affres du temps (notons toutefois les crêtes jaune fluo du synthé de « Cybergen »…). Il n’en a pas moins quelques défauts : on est en 1995, l’album est donc rempli à ras-bord, parfois trop pour son propre bien. L’autre reproche que j’ai à lui faire est injuste, mais c’est bien pour celui-ci que je rechigne à lâcher 6 boules : si « Black Secret Technology » est peut-être le LP de jungle le plus satisfaisant qui m’a été donné d’écouter, le concept même de format longue durée n’est-il pas une impasse absolue dans ce style ? En abandonnant un peu de la sauvagerie et de l’insouciance de la jungle qu’on écoutait dans des caves enfumées, Gerald Simpson atteint quelque chose d’inaccessible à ceux qui se contentaient de produire des singles et d’en mixer, mais ferme en même temps l’accès à la fontaine de jouvence que représentent pour moi les trois courtes années du genre.

note       Publiée le jeudi 20 juillet 2023

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    Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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    Je ne me souviens plus de ce qu'ils ont fait sous cet alias là, pas sûr même d'avoir écouté, non ! (Faut dire qu'ils en avaient un tas...).

    Message édité le 28-03-2024 à 16:35 par dioneo

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    Copacab Envoyez un message privé àCopacab
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    J'évoquais justement The Art of Music en creux quand je disais aimer les mêmes K-Hand que toi, celui-là me le fait moyen sans que je sache trop pourquoi, il y a un truc au niveau du son qui me semble inadapté à ce style de Detroit techno rêveuse. Je crois me rappeler avoir déjà lu ton avis sur ce sujet précis. Alors que Ready for the Darkness mazette... On glisse sur le HS, faudrait migrer sous ta chro ! Quant à ne pas se demander si "ça se fait" ou pas... Bingo, c'est exactement ça qui rend cette scène aussi excitante à mes yeux même si ça a créé beaucoup de déchets. C'est l'exacte raison pour laquelle je préfère 4-Hero sous leur alias "bat les couilles, on tente des trucs" Tom & Jerry, je sais pas si tu as déjà tenté l'écoute.

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    Ouep, la période breakbeat (voire big beat pat moments) dont tu parles est vraiment très très cool, c'est fun, en effet bien freestyle, ça part dans tous sens sans se demander si "ça se fait", si c'est de bon goût ou pas... Ça reste super frais écouté maintenant, je trouve, et ça vieillit mieux comme tu dis que pas mal de trucs de la même époque mais aussi que de pas mal de choses faites après, je trouve, dans des secteurs proches ou censément "suites" de ça (y compris parfois des trucs faits par ces mêmes gens qui avaient "inventé" ces genres...). Proto Acid, y'a moyen que ça te cause, oui, je l'ai vraiment toujours entendu comme un disque/mix, plus proche d'une perf de soirée (avec machines toutefois plutôt que platine) que d'un album "pop" même au sens très large. K-Hand oui, sinon, eh eh... Il y a encore The Art of Music, d'elle, qu'il faudrait que je chronique mais je l'ai toujours trouvé un peu ennuyeux sans savoir précisément dire ce qui fait la différence, entre celui-là et les deux que j'ai déjà chroniqué par exemple - peut-être justement un côté "de salon" qui pour moi et pour ce disque en particulier fait que ça ne prend pas, chaque fois que je me le remets !

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    Copacab Envoyez un message privé àCopacab
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    8 mois après... C'est très intéressant de lire un avis circonstancié comme le tien en tout cas, moi qui n'ai en plus pas forcément pris la peine de regarder des chroniques d'époque. Pour revenir sur le côté "tardif" dont je parle dans ma chronique, c'est presque inexact en fait : ce qu'on n'appelait alors pas encore drum & bass était loin d'avoir fini de muter, c'est vraiment la période du mouvement sur laquelle je bloque qui était alors en train de se finir. Une fin en feu d'artifice, en exploration tous azimuts, j'ai hâte d'y revenir avec des chros de maxis (le format préférentiel du style évidemment).

    Et au sujet de Gerald Simpson, j'adore justement ses maxis "breakbeat hardcore" (en gros compilés sur 28 Gun Bad Boy), ils sont merveilleusement "fluides" stylistiquement. Le plaisir de cette musique non encore figée dans des codes reste intact encore aujourd'hui, et ça a beaucoup mieux vieilli que d'autres trucs de la même époque. J'aime moins l'après, mais je n'ai pas écouté l'album dont tu parles, seulement son successeur Tronic Jazz, qui ne s'éloigne de la Detroit techno que pour flirter avec la tech house (vraiment pas mon style, mais faut dire que c'est historiquement de la musique d'after pour moi, a.k.a. de la dance music "de base" conçue pour ne heurter aucun fêtard perché). Je jetterai une oreille sur Proto Acid, ton goût est plutôt sûr en matière de techno ! (j'aime les mêmes K-Hand que toi par exemple)

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    Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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    *Proto Acid, pas Proton (foutu correcteur auto....)

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