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The Ex › Blueprints for a Blackout
- 1984 • Pig Brother Productions Ex 018/019 • 2 LP 33 tours
- 1992 • Ex Records EX 018/019D • 1 CD
lp/cd • 19 titres • 66:10 min
- 1Streetscar Named Desire/Animal Harm (Medley)2:39
- 2Blueprints for a Blackout3:54
- 3Rabble with a Cause2:19
- 4Requiem for a Rip-Off2:52
- 5Pleased to Meat You3:39
- 6A Goodbuy to You3:39
- 7The Swim1:48
- 8Boohoo2:29
- 9U.S. Hole2:41
- 10(Not) 2B Continued1:10
- 11Grimm Stories4:52
- 12A Plague to Survive5:22
- 13The Rise of the Dutch Republic3:53
- 14Kidnap Connection2:17
- 15Fire and Ice4:41
- 16Jack Frost Is Innocent2:53
- 17Love You Till Eh2:48
- 18Food On 453:17
- 19Scrub That Scum8:18
informations
Enregistré et écrit entre le 20 décembre 1983 et le 5 janvier 1984 au Koeinverhuur. Certaines partie de batteries ont été enregistrées aux Rode Tetter Cellars. Produit par Dolf & Cobie & The Ex.
Photo de pochette tirée du film suisse Heute und Danach.
line up
Bas, Luc Ex, Terrie Ex, Sabien, GW Sok, Yoke (Joke Laarman)
Musiciens additionnels : Kees (hautbois, flûte, saxophones), Jon Langford (marimba, boîte à rythmes, guitare), Dolf Planteijdt (guitare, batterie),Vazant (saxophone), Marcel (marimba, batterie), Adrie (batterie), Ferrie (trompette)
chronique
Kalachnikov, Mauser, Glock... En réalité je n'en ai aucune idée – de la marque de l'arme qu'elle tient, sur la pochette. Je me dis seulement que ça fait une drôle de liste de mariage, de curieux ornements en sus de la crinoline, des dentelles – le flingue donc, le masque à gaz, les rangeos aux pieds, le brassard anar. L'image, semble-t-il, est tirée d'un film suisse – une sorte de documentaire expé (pour ce que j'ai pu en voir c'est même carrément du surréalisme post-punk-indus etc.) sur les scènes du pays. Le livret, en-dessous, est bourré de ces collages post-lettristes, post-situ, post-futuristes qu'affectionnaient alors (qu'aiment encore s'il en reste ?) les fanzines keupons, qu'on retrouve partout sur, dans les disques, les publications de ces milieux-là – anarcho-punk donc, crust etc., le genre d'imagerie qu'on retrouve partout dans la discographie de The Ex eux-mêmes, bien-sûr.
Et la musique, ici ? Eh bien on s'y retrouve – on voit la cohérence avec l'emballage, l'objet, l'intention annoncée. Ça sent, en son, tout autant les fumée de charbon, l'alcool à brûler, l'encre des ronéotypes. Ça grince, ça dissone, ça cogne sur des barils – la batterie « véritable » sonne comme ceux-là aussi. Comme sur Tumult, l'album précédent – mais en noir, cette fois, alors que l'autre était rouge – tout saisit, serre, oppresse, pousse à se tendre pour tout saisir, se tenir toujours prêt à rétorquer ou fuir, se cacher, se grouper pour faire front ou s'éparpiller pour semer la poursuite... Partant de là pourtant, quelque chose d'autre arrive, vite – et surprend. C'est que la musique se diversifie, que des voix inattendues s'invitent, viennent changer la couleur, les masses. Un accordéon qui flotte sa tristesse, ses volutes d'une sorte de folklore centre-européen, indéterminé. Un marimba en chapelet au fil cassé – ou torsadé en formes retorses, pluie qui crible doucement. Des soufflants – trompette, saxophone – qui strient l'espace, l'étirent, l'étayent, le pulse autrement. La guitare chante – des riffs certes souvent tout en cisailles et brisures, griffures, rayures mais curieusement tricotés, stimulant des zones du cerveau où du tac au tac quelque chose répond « cristalline », comme une définition, une proposition quant à la qualité de ce que joue l'instrument.
Blueprints for a Blackout est peut-être le moment où la musique de The Ex – qui depuis le début n'avait déjà guère cessé de muter, changer – s'ouvre à de nouvelles approches, une logique moins uniquement pragmatique. Ou plutôt : AUTREMENT pragmatique. Sans renoncer à quoi que ce soit, s'entend – le poids du son comme des textes, la dynamique directe, le sens et la matière. Mais en laissant s'y infiltrer d'autres manières d'articuler, d'autres vitesses, d'autres mélanges. C'est peut-être bien là que s'amorcent les expériences, les rencontres qui surviendront plus tard, quand des musiciens d'horizons hétéroclites se joindront au groupe – le violoncelliste Tom Cora, par deux fois au moins, plus tard des musiciens éthiopiens, érythréens... Ici, ce sont des gens parlant à priori la même langue que ceux du groupe – issus de la même ville, du même pays, des mêmes lieux, squats, ateliers, cellules activistes, mais déjà, la démarche s'affirme – tout le monde improvise, sur une trame plus ou moins définie. Le plan (pour une coupure générale du courant, comme le suggère le titre ?) se construit en même temps que l'action se déroule, s'initie, se continue. C'est étonnamment... Beau. Prenant. Poignant, sous la couche de poudres, dépôts chimiques – sans pathos, pourtant. Tout semble... Nécessaire – une musique qui tient de l'appel au courage, fait corps avec plutôt que d'énoncer des slogans de motivation, des mots-d'ordres à exécuter. Une musique de conviction mais qui cherche - « comment vivre dans les ruines du capitalisme », déjà, comme dira une penseuse ailleurs, plus tard ? Je ne sais... En tout cas, la lumière qui tombe sur ce champs-ci ne semble pas faite pour inciter à devenir la guerre – semble viser des zones où l'on pourrait tenter que ce combat-ci soit contre elle, non avec, pas mimétique. Mais pas naïvement sans armes.
Vers la fin une sorte de drôle de talking-blues heurté, éraillé, éclate, qui fait déjà penser, assez fort, à ce qui rampera et flambera, frottera, gravillonnera, onze ans plus tard, sur un autre de leur disque tout autant singulier – Mudbird Shiver. Le morceau se termine sur deux citations punk déviées, ironiques, sarcastiques – White Diet pour White Riot (The Clash), God Save the Beans (pour les Pistols, est-il besoin de préciser...), et de conclure pareillement qu'on s'en cogne. La gravité superbe et simple, telle-quelle, pourtant, n'a pas quitté un seul instant la place. La force qui porte – et de porter – tout ça, pas plus. La piste suivante s'étend sur huit minutes passées, avec ce qui semble une clarinette, et l'énoncé que ça va pas fort, partout, qu'il faudrait enfin lâcher, invalider les leaders et autres supermen, refuser leurs foutaises, promesses, exploits. La mariée, sur la photo, mitraillette en mains : j'ai l'impression, aussi, qu'elle porte un bouquet, à la ceinture. Lâcher les foutaises, les héros... Ça en ferait, une belle base – pour sceller une alliance qui ne serait pas un contrat de dupes. (Le film dont est tiré le photogramme, au fait, s'intitule – en allemand – Aujourd'hui et Après).
Dans le même esprit, Dioneo vous recommande...




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- Dioneo › Envoyez un message privé àDioneo

Plutôt, oui ! Et donc à mon sens celui-là amour e vraiment un truc dans leur disco (sur la diversité des formes, la liberté de jeu...). Je pense en chroniquer une poignée d'autres d'ici peu (dont ceux avec Tom Cora, évoqués rapidement dans la chro).
- Note donnée au disque :
- Shelleyan › Envoyez un message privé àShelleyan

Un des derniers que j'aie achetés, je suis en mode découverte... C'est riche quand même The Ex.
