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Spacemen 3 › Playing with Fire

cd • 11 titres • 64:43 min

  • 1Honey3:01
  • 2Come Down Softly to my Soul3:46
  • 3How Does It Feel?7:58
  • 4I Believe It3:19
  • 5Revolution5:57
  • 6Let Me Down Gently4:29
  • 7So Hot (Wash Away All of My Tears)2:38
  • 8Suicide11:03
  • 9Lord Can You Hear Me?4:33
  • 10Suicide (Live)*12:26
  • 11Repeater (How Does It Feel?) (Live)*5:28

informations

Mixé au studio VHF, Rugby. Produit par Jason Pierce et Sonic Boom.

*Les versions live de Suicide et Repeater (How Does It Feel?) sont absentes de la version LP.

line up

Will Carruthers (basse), Jason Pierce (voix, guitare [Fender Telecaster, Rickenbacker]), Sonic Boom (voix, guitare [Vox Starstreamer, Fender Jaguar], orgue [Vox Super Continental])

chronique

Nappes d'orgues paradisiaques, petite ritournelle, voix à l'envers superposées à celles « dans le bon sens », ni batterie ni boîte à rythme... Honey – son titre l'indique oui – ouvre en douceur cet horizon-ci. Un vrai bonbon-cocon. La planance sans effet secondaire, sans gueule de bois, sans redescente qui se profile. Un smoothie weed-pilules garanti bonheur-et-volupté – mais tranquillité, aussi, loin (encore plus que sur le précédent, The Perfect Prescription) des tourbillons de riffs multi-amplifiés en lo-fi-colour de Sound of Confusion, trois ans plus tôt. « On est bien »... How Does It Feel, deux plages plus loin, parti pour presque huit minutes : Sonic Boom nous tend encore le spliff, toujours pas de beat en vue, et cette espèce de « musique pour sitar contemporain/musique contemporaine pour sitar », comme ils diront sur un autre disque, qui tourne et monte lentement, doucement, encore. Tout juste un motif de caisse claire, à deux minutes trente de la fin, qui démarre pépère, se cale. Le kif, ouais. Décontracté. Le trip au ralenti, à l'aise, molleton.

Mais alors, pourquoi ce titre, « Jouer avec le Feu » ? Peut-être parce qu'en la matière, les mecs savent de quoi ils causent, combien cet état de félicité suspendue demande d'habileté pour ne pas basculer, combien il serait tout aussi facile de passer de l'autre côté – cramé, en reflet qui ne sait plus par ou virer. Aussi : le risque menace toujours, en ces choses-là, de tourner à la stase, de finir bloqué, accroché sur place au mur sur lequel on se reposait – entre cette éventualité-là et celle de voir le mur en question soudain se dérober, ou s'apercevoir qu'en fait non, il n'y a jamais eu de mur, ici, ce sont... Les risques du métier ? Enfin, de ce non-travail passé à tramer – construire en mou pour ne pas se retrouver à marcher au pas dans la texture rigidifiée.

Bon ! Revolution repart dans la tournerie électrique – obsédée, martelée, mais avec cette fois encore une batterie cantonnée au minimum, au jeu non-savant, non-spécialiste, non-musicien (aucun batteur n'est crédité mais ça ne sonne guère comme une boîte à rythme, non-plus). Puis tout de suite après, retour aux flottements, basse qui pulse à l'amniotique, encore cet orgue, des nappes, de l'électronique qui étend la matière, la vrille sans violence apparente, des échos qui roulent.

Cet album à vrai dire est un magnifique agencement de trous-d'air et d'aspirations – verticales dans un sens puis l'autre, dans un sens et l'autre. Totalement pop à sa manière, totalement décalé, étrange, comme tout ce qu'ils avaient fait, tout ce qu'ils feront. Un truc très abouti – les types, là, ont appris à sortir exactement ce qu'ils voulaient de leurs lutheries fétiches (guitares et claviers vintage, amplis « d'époque »....), de leurs attachements maniaques aux vieilles formations « cultes » psyché (aux Stooges qu'ils infusent et enrobent de mélasse, aussi – ça n'a pas changé, ça, simplement pris une autre forme). Rien ne sonne « trop équilibré », pourtant, comme on pourrait craindre – à condition de pousser suffisamment le volume, histoire de saisir l'allure particulière, la façon spéciale qu'à cette chose-ci de déborder, de faire joujou avec l'intensité du flot, la densité des flux pour quoi ils se font canaux, voies de passage, d'expression. Sans peur – mais en sachant très bien, j'insiste, cette possibilité – de se cramer les mains, la tête, le reste, en saisissant comme ça ces matériaux, sans E.P.I., sans protocole.

En parlant de ça : Suicide (qui n'est pas une reprise du groupe Suicide mais qui use du même sens de la répétition hypnotique et abrasive que ladite équipe Vega/Rev ; d'ailleurs sur la version live du titre, le morceau leur est dédié, de vive voix) vrille bien l'entendement, maintenant qu'on l'a poussé au-delà du raisonnable, ledit potard de volume. C'est malin. Ils nous avaient prévenu, OK, mais sournoisement – ils nous avaient fait croire que c'était normal, ces berceuses, que le sommeil qui s'ensuivrait n'aurait rien d'agité... Tu parles. Du coup Lord Can You Hear Me sonne louche – avec son espèce de mélodie Velvet (mais avec des grattes accordées ; en passant, le reste de l'album ne rappelle plus franchement cette bande-ci, là où The Perfect Prescription semblait focaliser plus qu'un poil sur lesdits). Puis ce sax dédoublé par l'électronique, à la fin...

Drôle d'ambiance, décidément, sous l'apparence nettoyée à la chaux, immaculée. L'impression que le groupe joue un rock presque « classique » ne tient pas longtemps – quelque chose dès le début la mine, inquiète, nous souffle qu'ils se sont simplement mis au frais à l'ombre du côté pas net de cette histoire-là, pour y faire leur vie, leur musique propre (mais pas si propre, donc, pas vraiment « crossfit », toujours pas). Les arrangements sont fins, précis, tout tombe avec élégance, mais la silhouette garde quelque chose de louche, d'interlope, de chaloupant. On se croirait presque, déjà, sur les morceaux les plus calmes (en apparence), chez Spiritualized (projet alors encore à venir de Jason Pierce) : même atmosphère de dérèglement ouaté, déguisé en presque-routine, en chansons quasi-calibrées... Même grosse arrache qui se fait passer pour un gentil petit trip en journée. Sauf qu'ici, en plus, il y a les compos brouillard-feedback de Kember/Sonic Boom, toujours. Ça ne fait pas dents de scie mais une espèce de mouvement semi-perpétuel. (Et puisque l'éternité n'a pas de fin, alors la moitié de l'éternité non-plus, si ? … Eh ?!).

Et puis donc, sur l'édition CD : il y a ces deux versions jouées en concert. Suicide/Repeater. Là, on entend bien : comme ça jouait – FORT. Comme tout gueule et tout enfle. Comme tout s'accélère et promet de ne vous lâcher qu'une fois parvenu tout en haut. Même Repeater, donc, celle plus haut citée qui en studio s'appelle How Does It Feel ? Eh oui. Encore plus, même. « Comment on se sent ? ». Un peu surpris par ce final. Un peu déçu par ce fade-out qui sabre la sortie, juste après l'envolée.

Va ENCORE falloir rentrer à pieds. Salopiots de dandys foncedés – on peut toujours compter sur eux pour nous laisser au milieu de nulle-part.

note       Publiée le lundi 12 juin 2023

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    Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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    Punaise, la nicolaisation des com, ah ah ! ("Je ne juge pas, ça m'arrive aussi").

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    Sartoris Envoyez un message privé àSartoris

    Ou alors tu pensais à Mario Kempes, le footballeur argentin ? Et comme Spacemen 3 est originaire de la ville de Rugby, association d'idée sportive et PAF ! Coquille.

    Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
    avatar

    Non-plus... En fait j'ai percuté ce qui s'est probablement passé : j'ai dû penser à un moment "Camper Van Beethoven", le truc à fait interférence avec "Peter Kember" et hop, il s'est retrouvé pé à la place de bé. On peut donc clore ce fascinant et mystérieux chapitre.

    Message édité le 15-06-2023 à 11:01 par dioneo

    Note donnée au disque :       
    Raven Envoyez un message privé àRaven
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    Edmund ?

    Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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    Nope... En effet pour le clavier, mais en revanche le P et le B sont assez proches en terme de phonétique/phonatoire (enfin, empiriquement je dirais ça, je ne suis pas spécialiste de la question...), c'était donc une faute de frappe de nature labiale plutôt géographico-linguistique (d'autant que je n'ai jamais vécu dans ce coin-là, et qu'en Bretagne, j'ai pas particulièrement traîné dans ce secteur-là, pour le peu que j'ai pu y passer). (Nous voilà bien avancés).

    Message édité le 14-06-2023 à 20:10 par dioneo

    Note donnée au disque :