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Depeche Mode › Memento Mori

cd 1 • 12 titres • 50:16 min

  • 1My Cosmos Is Mine
  • 2Wagging Tongue
  • 3Ghosts Again
  • 4Don't Say You Love Me
  • 5My Favourite Stranger
  • 6Soul With Me
  • 7Caroline's Monkey
  • 8Before We Drown
  • 9People Are Good
  • 10Always You
  • 11Never Let Me Go
  • 12Speak To Me

informations

line up

Dave Gahan, Martin Gore

Musiciens additionnels : James Ford (synthétiseurs, piano, guitare, guitare, basse, batterie, percussions), – Desiree Hazley, Luanne Homzy (violons), Davide Rossi (violons, violoncelle)

chronique

Ces petites ailes d'ange, qu'on imagine bien le blondin Martin porter, parlent sans doute mieux de Memento Mori que toutes nos tartines de scribes, peu importe les louanges qu'elles logent. Les mots sont vraiment inutiles, ils ne peuvent faire que du mal, quand on est en face d'un groupe de pop électronique de quarante ans, qui sonne aussi grand, sensuel, obsédant, évident. Profond... Andrew est parti. Reste un crâne, plus souriant que lui. Et les deux meneurs de Depeche Mode qui s'adressent à nous, en ce premier jour du reste de leur vie. Jouent d'apparences paresseuses pour mieux instiller leur nouveau venin, liqueur de Depeche Mode aux sucs sublimes. "DM" pour Depeche Mode... "DM" pour "Dave et Martin", désormais. Même si D&M, serait plus correct. Moins H&M que Spirit, plus deep mood, ce Depeche Mode endeuillé nous montre Dave et Martin plus vibrants que jamais. Et d'une pureté dans leur style remarquable, quand on sait combien de musiciens de leur génération se sont rancis bien avant eux. Depeche Mode en 2023 est vivant, et tue - ne serait-ce que dans le mantra cruel de l'imparable "People are Good", semblant avoir toujours existé dans le continuum, à attendre de surgir dans notre réalité (un de leurs morceaux les plus minimalistes et puissants, digne du meilleur de Music for The Masses). Il sent la fin, mais aussi la fièvre et la plénitude. Aussi triste que sûr des étoiles.

Et Memento Mori est comme sa pochette : à la fois funéraire et céleste. Quelque chose de morbide et de candide l'imprègne, dès sa majestueuse et impérieuse introduction de Grand Maître de la synth-pop gothique, ample comme un vaisseau, au beat de transformateur électrique, à l'aura de baron. Martin est vivant. Dave est vivant. Et ce Depeche Mode qui entre en scène avec la gravité d'un Darth Vader de son style, aspire en même temps à l'élévation - comme sur Violator, Ultra, Exciter, Playing the Angel... Dave et Martin jouent de contrastes vertigineux dans ces simples chansons, incrustent leur émotion jusque dans les morceaux les plus diffus (même la squelettique "Ghosts Again" m'ayant déçu en avant-goût - comme avant elle le single "Heaven" - a fini par me dire "je suis ton amie" en m'incrustant sa mélodie tristounette mais vaillante). Il n'est pas exagéré d'entendre Memento Mori comme une synthèse de leur discographie, drapée dans un linceul noir. Des évocations de leur carrière, des échos entretenus par de vieux maîtres... Dans les paroles, dans les mélodies, au fil de ces morceaux de pierre et d'air, de chair et de lasers. Les languides "Don't Say You Love Me", "Soul with Me" et "Always You", dans la soul classieuse à la Dave, à son climax d'expression. Les superbes "My Favourite Stranger" et "Never Let Me Go" dans leurs crispations blues et gothiques. Depeche Mode superposent Enfer et Paradis... Parce que les deux sont ici ? Parce que depuis quatre décennies ces anges noirs nous parlent à travers leurs tubes et les morceaux entre ces tubes, de la vie, avec des mots et des sons simples, mais qu'eux seuls manient ainsi. Memento Mori est comme on s'y attendait, mais jamais de façon clichesque ni étouffante, l'album "funeral DM" de ce groupe qui m'accompagne depuis la fin des années 90 et la radiocassette de ma maman qui mangeait les singles 86-98. Depeche Mode parle à nos cœurs, à nos ailes, celles qu'on a dans le cœur. Pas d'elles, pas de cœur : pas de Depeche Mode. Et pas de ce Memento Mori, qui touche plusieurs cordes sensibles, qui dit vrai. Rejoue leurs années de jeunesse et de midlife crisis dans les échos d'un album-mausolée, crépusculaire mais plein de vie. Revivant les pierres élevées. N'oublions pas qu'avant d'être garçons coiffeurs, Depeche Mode ont été enfants de chœur. Les messes les ont marqué, et même après avoir séduit les masses, ils restent ces mômes de Basildon aux yeux et au cœur grands ouverts. Même devenus vieux, ils sont toujours hantés par la foi et les voix dans l'écho, la tristesse des statues... Hantés par les ondes de mort depuis leur jeunesse (pour rappel leur premier titre n'était pas "Just can't get enough" mais la macabre version Some Bizarre de "Photographic") autant que par la spiritualité qui trouva différentes expressions au fil des saisons, des générations.

Depeche Mode prend son temps et pose les ambiances, solennel et romantique comme il sait l'être, avec quelque chose de plus tragique sans que ce soit surligné. Martin manipule encore ses synthés avec amour, savoure leurs nappes, leurs textures, bien au-delà des étiquettes apposées par des peigne-culs d'internautes : Mr Gore touche les claviers depuis la Guerre Froide... Alors il se remémore les années OMD, ou Soft Cell ("Caroline's Monkey"), et nimbe de Limbes sa "formule" Depeche Mode, en maître absolu des mélodies, usant de sonorités à la fois modernes et passées. Il peut même jouer les John Carpenter new wave, voire convier Vangelis au banquet des adieux, donnant à ce final "Speak to me", si touchant, des airs de Blade Runner. Dave quant à lui est juste grand, rien de nouveau ; mais sa voix à soixante ans semble avoir atteint son expression absolue, sincère, affectée, elle laisse ce sentiment de seigneur blessé, admirable. Une épée. Son groupe amputé aussi. Plénitude et spleen ne font qu'un, ici. Je ressens quelque chose d'antique, d'immémorial... Et de profondément présent. Spleenitude au sommet du fond des antres. La vieillesse et la jeunesse se confondent tandis que la mort approche. Depeche Mode face au gouffre, en pleine maîtrise de leurs moyens. Memento Mori pourrait mettre un point final à leur épopée... Il est d'abord, simplement, un de leurs chefs-d'œuvre.

note       Publiée le dimanche 4 juin 2023

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Note moyenne        18 votes

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Shelleyan Envoyez un message privé àShelleyan
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Oui, clairement le meilleur Depeche Mode depuis 'Songs of faith and devotion'...

Richard Envoyez un message privé àRichard

Oui, ces moments sont d'autant plus précieux qu'ils se feront naturellement de plus en plus rares. La descente prend son temps car ce dimanche a été riche en émotions. La réécoute de la disco prolonge un peu plus ce moment, en douceur. Superbe soirée pour souvenirs impérissables, oui !!!

Message édité le 07-03-2024 à 14:37 par Richard

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Fabb74 Envoyez un message privé àFabb74

Combien sommes-nous à s'être pris une énième raclée sur la prestation scénique de ce groupe sexagénaire, Dave Gahan en tête sur cette dernière tournée ??? 10 fois que je les voit depuis la tournée singles de 98. Je peux presque dire que ce show 2024 fait parti des meilleurs auxquels j'ai pu assister d'une de mes formations préférées. Allé, on se refait la disco !

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Richard Envoyez un message privé àRichard

Merci pour ces superbes lignes (encore une fois) qui résonnent parfaitement avec le concert de Paris d'hier soir où ces titres prennent une autre dimension sur scène. Sinon, le concert fut très bon. Gahan fait toujours son show, mais quelle voix et quelle prestance ! Bercy était chaud bouillant et particulièrement réceptif. Autre bon point pour cette salle : un son plus que correct si on le compare à la bouillie sonore de Cure en novembre 2022. La machine à souvenirs est donc en route.

Message édité le 04-03-2024 à 16:46 par Richard

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born to gulo Envoyez un message privé àborn to gulo

12/6 nom de nom !

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