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Alice Donut › Bucketfulls of Sickness and Horror In an Otherwise Meaningless Life

cd • 12 titres • 40:18 min

  • 1Lydia's Black Lung2:48
  • 2Tetstosterone Gone Wild2:24
  • 3Sinead O'Connor on T.V.1:34
  • 4Dorothy4:29
  • 5Sky of Bones4:50
  • 6Egg3:37
  • 7Consumer Deceny2:34
  • 8My Life Is a Mediocre Piece of Shit4:13
  • 9Incinerator Heart1:30
  • 10Bucket, Forks, Pock3:38
  • 11Demonologist3:14
  • 12Lisa's Father (Waka Baby)*5:24

informations

Produit par Alice Donut et Robert E. Miller, sauf Lisa's Father, produit par Judy Mareiniss.

*Lisa's Father, bonus de l'édition CD, est également présente sur la compilation Oops ! Wrong Stereotype , sortie par Alternative Tentacles en 1988.

line up

Tom Antona (voix lead), Dave Giffen (guitare), Ted Houghton (basse, voix), Michael Jung (guitare, voix), Stephen Moses (batterie)

chronique

Alice Donut avaient le génie de la laideur. Le goût du gros n'importe quoi vomi où ça leur chantait – en visant juste avec les bouts gobés, mâchés à peine ou broyés finement, de tout ce qu'ils avaient dû avaler comme musique, comics, films d'auteurs ou d'exploitation, série B ou Z, bouquins et brochures de psychanalyse dénichés dans on ne sait quelle foire aux invendus ou revendus lors des changements de programmes universitaires. Un groupe arty mais se baladant toujours un doigt dans le pif et le cul au vent (ou vice-versa ?). Les Residents et les Butthole Surfers fabriquant des bâtards et les refilant ensuite à la garde d'un public « indie » médusé, en assurant à ces bonnes gens que c'étaient au vrai les frères et sœurs cachés de R.E.M., Dino Jr., d'autres sérieux poètes mélancoliques, et démerdez-vous avec ça. Des punks sous colle vêtus de serpillières hippies multicolores, des babos attardés infiltrés chez les noise-rockeurs et les coreux. L'amour du son baveux, des histoires moches et des arrangements incongrus – mais travaillés, acrobatiques. La grosse déglingue, en somme. Et toujours trop-ceci-pour-les-untels-pas-assez-tel-pour-les-ainsi...

Eh bien moi j'aime ça, Alice Donut. Pour ce nom con comme un ado en baggy bouffant son bagel en vous regardant par dessous – et qui m'évoque à jamais une Alice Dona aux doigts graisseux en train de feuilleter un fanzine de squat. J'aime cette manière de composer comme d'autres lâchent une perle ou un glaviot. J'aime la richesse de ces matières dégueulasses – faut fouiller l'immonde pour comprendre ce qui se passe, « c'est ragoûtant » aurait dit feue ma tante, ça se mérite si on n'a pas l'appétit, au départ, des productions boueuses, salopées (pour ma part je m'y suis toujours senti à la maison, dans cette façon-là d'absorber et de rendre le son, alors bon, j'ai accroché direct, avec l'Alice). Et j'aime cet album, parmi les leurs, que d'aucuns trouvent interchangeables. Je trouve – au contraire – qu'il commence à s'y passer autre chose (que sur leurs tout-premiers débourrages). Non qu'ils y abandonnent leur sens de la déconne potache et du DIY rythmique-mélodique-harmonique dérapant, de la synesthésie malséante (un vieux relent de psychédélisme, ça, sauf qu'au lieu d'émaner des nappes de notes fleurant le santal et l'agar-agar, eux les crachent en paquets qui embaument l'haleine de lendemain de teuf trop chargée en tout ce que s'ingère, se fume, se laisse fondre sous la langue...). Non, ce qu'il y a, là, c'est qu'ils compliquent la chose. Ils la tordent encore – le ricanement vrille. Le mauvais fond se fait plus acide encore, remonte amer sous les jeux de stroboscopes arc-en-ciel. C'est le premier de leurs disques à porter un titre de libelle apocalyptique, de programme pour aller le plus vite possible dans le mur. Avec des chansons qui se nomment « Ma vie est un médiocre tranche de merde » et autres considérations du même acabit. Alice Donut fait gicler l’accablante beaufferie de ses contemporains et concitoyens – l'Amérique défoncée, l'Amérique persuadée de sa supériorité morale, les familles parfaites et les cinglé.es adeptes des « Cultes », les voisins mutuellement malveillants, les immeubles insalubres et les pavillons, les étudiants avec leurs grrrrands projets sur les campus subventionnés/sponsorisés. Alice Donut joue parfois une espèce de boogie tout faussé, la mécanique délibérément grippée, disloquée. Du space-rock de tuyauteries de latrines – mais des pigments fluo, toujours, coulés dans le circuit. Alice déverse des flots de métal fondu où flottent des dents perdues, gâtées, toutes sortes de postiches et des restes entamés de bouffe ayurvédique mais méchamment discount. Et la radio du sus-cité campus diffuse tout ça – et c'est au vrai bien plus brillant que nombre d’œuvres de leurs supposés pairs. Quand le moment s'y prête, parce que ça fait une esthétique bien moins barbante qu'ailleurs, cette pratique frénétique et jamais épuisée de l'accident mental comme point de départ et art de continuer. C'est un grand huit comme un autre – mais en mieux parce que le décor autour n'est pas un décor mais une véritable décharge, une véritable casse auto, une zone sans fin de terrains vagues où ne viennent jamais jouer les cirques (apeurés par les lueurs verdâtres du lixiviat, qui affleurent lorsque la nuit tombe, entre chiens et loques). Ouais, voilà... Pas assez distinguée pour les clowns, cette musique. (La vérité c'est qu'ils sont jaloux). Pas assez gonflette pour le NY/HC – c'est quoi ces riffs qui bavent et ces vocalises façon Bad Brains white-trash en bermudas tye and dye, oh ?! C'est bon ? … C'est bon, tous ces fâcheux sont partis. Je reprends ma bédé... Ce titre – on dirait du Cioran ou du Schopenhauer dessinés par Crumb, Henriette Valium, Julie Doucet. Du coup, d'un coup, ça ne demeure plus du tout pénible, lourdingue, phi-lo-so-pffffffckckskqq. Ça remet le néant à sa place : à peine plus passionnant que nos conneries, là, nos petits drames et nos œuvres. Et Lisa a chopé une blenno. Et l'inceste, non, c'est pas marrant – sans rire, comme toute le reste des saloperies qu'ils narrent et parcourent, survolent et remuent. Mais oui, Bill-le-voisin a voulu en croquer, et pendant ce temps maman picole. On ne se marre plus tellement, non. Mais on ne s'afflige pas de ce qu'ils en font, du pouilleux tableau – on se demande comment au milieu du merdier ils arrivent à nous sortir un truc qui en dit tant, en brouillant tellement les pistes, en sabotant si bien toute tentative de morale moralisante, toute ébauche de manifeste engoncé. Comme si le prog à textes avait enfin trouvé son grabat, devenait, en tombant si bas, enfin fréquentable sans risque d'y récolter neurasthénie ou autres escarres.

Bordel... On ne comprend rien à cette chronique – moi même, j'ai perdu le fil, comme on se perd tôt ou tard à vouloir suivre les textes grotesques, fantasmatiques-cauchemardesques, alambiqués et crétins débités façon loco sans freins par Tom Antona. On ne comprend rien à ce boucan plein de riffs. Mais quinze minutes plus tard on apprend que Jésus Sauve, et ressoudera bientôt toutes les familles US – sans même demander ses trente deniers, alléluia, tombez-à-genoux-et-priez. « Oh, really?! ». Eh bien... Que me voilà donc interloqué.

note       Publiée le mardi 16 mai 2023

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