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Clipping. › Splendor & Misery

lp/cd • 15 titres • 37:07 min

  • 1A Long Way Away (Intro)1:05
  • 2The Breach0:56
  • 3All Black6:15
  • 4Interlude 01 (Freestyle)1:35
  • 5Wake Up2:05
  • 6Long Way Away1:30
  • 7Interlude 02 (Numbers)1:04
  • 8True Believer3:44
  • 9Long Way Away (Instrumental) 0:51
  • 10Air 'Em Out0:51
  • 11Interlude 03 (Freestyle)
  • 12Break the Glass2:21
  • 13Story 53:04
  • 14Baby Don't Sleep3:07
  • 15A Better Place4:26

informations

Enregistré et mixé par Steven Kaplan et Clipping.

Coproduction Sub Pop/Deathbomb Arch. Les versions LP, CD et cassette portent le même numéro d'édition.

line up

Daveed Diggs, William Hutson, Jonathan Snipes

Musiciens additionnels : Paul Outlaw (voix sur Long Way (Intro), Graham Stephenson (trompette sur All Black), John W. Snyder (voix et arrangements vocaux sur Long Way Away, True Believer, Story 5 ; piano sur Long Way Away (Instrumental)), Alvin Chea (voix sur Long Way Away), Claude McKnight (voix sur Long Way Away, True Believer, Story 5), David Thomas (voix sur Long Way Away, True Believer, Story 5), Dorian Holley (voix sur Long Way Away, True Believer, Story 5), Kevin Lee (theremin sur Long Way Away (Instrumental)), Cyrusrex (Cyrus Rex) (synthétiseur sur Interlude 03 (Freestyle))

chronique

Ce scaphandre... Pour l'espace sous-marin ou pour l'autre ? Ou serait-ce le même – deux pôles étendus bien plus que nos terres habitées, presque pareillement inconnus ? Pour aller vers où, vers quoi ? L'Atlantide ou Venus, Saturne (rappelez-vous Sun Ra, rappelez-vous Underground Resistance, rappelez-vous Jeff Mills) ? La Pangée engloutie (… Miles, tiens, cette fois) ? A quelles profondeurs, à quel vortex se destine-t-il, ce type appareillé, dans le clip de True Believer ? Quel Cosmos ? Quel Atlantique ? L'Atlantique Noir, retour, rétribution en mains, une poignée de siècles après le voyage dans l'autre sens vers l'esclavage ? (Warning : Mothership reporting/Cargo 2.3.3.1. is not a danger, let him be/Warning : Mothership reporting/If you continue to pursue there'll be no choice but destroy you...). Mais alors QUEL Atlantique Noir ? Celui de Paul Gilroy (1993) ? Celui de Kodwo Ishun, des Afro Futuristes décrits dans son livre Plus Brillant que le Soleil (1998), avec leurs science faite pour compliquer, pas pour simplifier ? Sun Ra, Miles, Mills, Alice Coltrane, UR, donc, George Clinton et cliques, Herbie Hancock, Kool Keith/Octagon... D'autres. Drexciya, tiens – qui eux aussi affichent un logo/scaphandre (sur les pochettes des compiles Deep Sea Dweller, entre autres).

Splendor & Misery, en effet, ressemble à une traversée. Futuriste et Fiction – Science-Fictive pour que rien n'y soit faux. Une traversée qui est une cavale. Qui est aussi un autre voyage, vers un autre but, autre qu'un pauvre refuge. Vers cette « Better Place », peut-être, énoncée par le dernier titre du disque. Le flow narratif et technique, élastique, plastique, de Diggs s'affine encore, se diversifie toujours plus – en cassures ou comme d'un seul long souffle, selon, muté comme une lampe sourde ou strident comme un clignotement d'alerte. (Warning : Mothership reporting...). La matière sonore noise, électronique manipulée, triturée, paramètres maniés pour qu'elle transmute/se cale/change à nouveau/se boucle/s'échappe, est encore en jeu(x). Le groupe, aussi, sample d'autres sources – et des genres entiers, leurs « patterns », logiques et schémas de mouvements, toujours, plutôt que des morceaux en particuliers (ou jamais très longtemps, brouillés/redistribués). Une sorte de gospel, de spiritual, se dissout puis se solidifie, tour à tour, dans les brumes, les nappes de particules en états transitoires. Les beats « concrets » – qui semblent assemblés à partir de sons de machines hydrauliques, à air comprimés, des messages d'erreurs logicielles, autant que des taules industrielles plus familières – sont à part entière des beats. Des versions de ce code-ci. (Le Mythe... Sun Ra décidément, et les autres, et encore les autres – cf Kodwo Ishun, une fois de plus). L'orgue à la fin – There must/Be a/Better place to/Be/(Be somebody)/Be Somebody else – syncope aussi bizarrement que le reste émet son espèce de morse (cet orgue synthétique qui ressemble à du M.I.D.I. préhistorique, ces cloches-gamelan-synthé qui pourraient sortir de chez Kenny Larkin ou d'autres de la techno de Detroit, de la génération après celle des « pionniers »). Splendor & Misery complique plus qu'il n'éclaircit, oui – complexifie, intensifie la Chose, l'espace-temps, la fiction-monde Clipping. Mais ce n'est pas pour l'embrouille, pour l'esbroufe, pour faire des mots et du bruit pour rien. Pas du tout. On quitte le temps du disque – en apparence du moins – la Los Angeles gangsta, la ville-club, la ville-plage-et-décharge de Midcity et CLPPNG, mais c'est peut-être que celle-là n'était au bout de la traversée qu'un endroit où s'échouer. Que pour sortir de ça – la stagnation, le pourrissement à travers les descendances et l'histoire fixée – il fallait, il faut la projeter. En faire – décidément – cet espace d'où, de quoi tout peut repartir, se remettre, se mettre à bouger. Ces projections là en se font pas dans un seul sens, linéaire, sur une axe unique ou sur un plan. (All Black, everything […] If only he realized this ship is more than metal/There's friendship in the wiring... and so lonely/If only he realized this ship has many levels /There's pleasure in here hiding, come find it […]). Il faut pour les atteindre, les initier, toucher, s'emparer de la dimension schizo des mille-plateaux (et trouver dans ceux-là les « projects » cachées, les « inner cities », les blocs où l'on nous dit que les habitants ne savent pas lire). Retourner l'aliénation en combinaison du verrou (pour sortir ou s'isoler), recâbler en effet, la machine, l'assemblage, le dispositif. Il faut sortir la machine des livres qui enchâssent des modèles. Comme il faut sortir de l'obsession d'une oralité qui ne dirait rien d'autre que « maintenant ».

Ce scaphandre, tiens... Pas de palmes, au bout de la silhouette (contrairement à celle du plongeur de Drexciya). Des chaînes brisées, par contre, à ses chevilles. Et des déchirures de guenilles, au bas du pantalon. Des pieds qui semblent enveloppés dans des chiffons – pas de chaussures. Une allure de « hobo », de vagabond... « Misère », l'un des termes. « Splendeur » ? Écoutez donc ce son d'or-crasse, de platine et de kevlar abîmé. Écoutez bien cette voix. Tout ça raconte qu'il faut faire avec. Tout ça raconte qu'on en n'a pas fini – les un.e.s, les autres, ensemble, encontre. Tout ça nous rend tou.te.s habitant.e.s, le temps de, au moins (du disque) d'un labyrinthe radieux, irradiant... Il faudra en sortir ou se remettre à creuser.

note       Publiée le mercredi 22 mars 2023

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    Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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    Plus hip hop old school dans un sens oui, les deux suivants, mais toujours avec une "matière sonore" assez particulière, un côté noise et électronique "hackée" pas commun, toujours cette approche "futuriste" en effet... Et la encore ça fait pas mal d'échos avec Plus Brillant que le Soleil - qui est un truc assez "littéraire" certes mais qui est un essai sur la musique comme science/fiction, au fait et non une fiction en soi au sens roman ou recueil de nouvelles, j'avais pas précisé !

    Et soit dit en passant, ce côté "faux classicisme" de certaines instru (et "fausse trap" parfois, aussi) était déjà présent par touches dès CLPPNG au moins, avec des trucs genre Work Work, sa boucle de cloches, son synthé pseudo G-Funk à la fin et son clip méta-gangsta...). Mais oui, sur There Existed an Adduction to Blood et Visions of Bodies Being Burned, c'est encore devenu autre chose (avec aussi une "inflexion horrorcore" je dirais, implémenté/injecté dans le programme/la machine).

    Message édité le 29-03-2023 à 14:30 par dioneo

    Note donnée au disque :       
    Coltranophile Envoyez un message privé àColtranophile

    Après une semaine en sa compagnie, ce qui m'aimante le plus, c'est justement le coté très narratif ici présent. C'est littéraire, sans rien de péjoratif. Dioneo cite Kodwo Ishun. Que je ne connais pas mais une analogie tirée de la littérature coule de source. C'est comme ça que le gospel de "Story 5" s'intègre sans souci dans le fil futuriste de la chose, comme un souvenir d'un lieu et temps perdu.

    Je m'attaque aux deux suivants et changement d'ambiance assez frappant. Plus technique dans la flow, plus tellurique, un environnement d'acier mais sans cosmos cette fois-ci. Un coté plus Hip-hop old school aussi, prod' au rasoir, séches et violentes (un peu vieux BDP ou DJ Premier des débuts) de prime abord.

    Message édité le 29-03-2023 à 12:25 par Coltranophile

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    Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
    avatar

    Ouep, All Black, texte-fleuve compris, est un sacré truc dans l'optique Alien meets Sweet Sweetback’s Baadasssss Song (entre autres, je suis à cour de comparaisons à la con pour le côté sonore/musicale mais sur ce plan là aussi c'est quelque chose).

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    Coltranophile Envoyez un message privé àColtranophile

    Alors là, cette formation m'était totalement inconnue et ça percute de suite. Va falloir creuser (j'en suis à là a troisième écoute depuis hier soir) pour voir si la lassitude ne s'installe pas. Mais ça me parle immédiatement. Un ajout à l'histoire de la Black Music en Orbite. All Black me fait un sacré effet et Air'Em Out joue sur les codes du genre avec grande classe.

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    Damodafoca Envoyez un message privé àDamodafoca

    Les suivants auront de bonnes notes !

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