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Kanonenfieber › Menschenm​ü​hle

lp/cd • 9 titres • 50:40 min

  • 1Die Feuertaufe5:56
  • 2Dicke Bertha4:46
  • 3Die Schlacht Bei Tannenberg7:56
  • 4Der Letzte Flug5:26
  • 5Grabenlieder5:25
  • 6Grabenkampf7:05
  • 7In's Niemandsland4:20
  • 8Unterstandsangst7:17
  • 9Verscharrt Und Ungerühmt2:27

informations

Enregistré et mixé par Kanonenfieber de septembre 2020 à janvier 2021 au Noisebringer Studio.

chronique

La guerre, chantait Zao (pas le groupe zeuhl... un autre), « ce n'est pas bon, ce n'est pas beau ». Kanonenfieber – one man band basé à Bamberg, Bavière – s'attache à rendre cette laideur, les vils fumets des champs de bataille. Le grotesque sous l'héroïque, la saleté des terrains où la chair à canon (ben tiens) reste après l'assaut, collée au sol, éparpillée, chair à pâtée mélangée à la boue, farce cramée assaisonnée aux défoliants... Pour une fois ce ne sont pas les affres de la Version II – les nazis, les alliés, la Normandie ou la campagne de Stalingrad, la Talvisota etc. – qui nous sont rapportés, détaillés. Ce sont ceux du prototype, du premier essai d'annihilation globale – la Première Mondiale donc, celle qu'on a osé longtemps appeler « La Grande » (… mon cul sur l'obusier, ouais... bref). Et il faut admettre que le type qui braille et joue tout, ici – guitare, basse, samples de discours probablement propagandistes où d'avions en rase-motte, rafales et batterie possiblement programmée... – s'y entend, à nous cracher son dégoût de la chose militaire, quel que soit le drapeau, de la gloriole qu'on vous fait reprendre en chœur, des Causes et des Unions Sacrées brandies dont l'époque d'après fera ses plus-jamais-ça.

Menschenmühle – le Moulin à Hommes – est un disque crasseux, ferrugineux, fuligineux. Pas fait pour décorer – les généraux ou les murs du funérarium, les pierre des grands cimetières. Pas fait pour qu'on se tape sur la poitrine le menton levé à entonner à nos tours ses hymnes – ou alors ce sera en expulsant des bouffées d'ypérite (dit aussi « gaz moutarde ») mêlées de bouts de poumons et autres glaires sanglantes. L'atmosphère, l'approche générale, sont black metal à la rude, disons. Pour les riffs, la voix raclée – option « dans les graves » plutôt que perchée sur les bords de la déchirure. Mais derrière c'est plus riche, plus divers que ça, ça tape dans toute une solide tradition anti-états–majors : thrash, heavy (versant non-lustré et sans castafiore dudit secteur). Riffs et soli parfois harmonisés – mais qui, encore une fois, usent du procédé pour tourner l'épique en image d'horreur, camper la dégueulasserie, la terreur, la tristesse du bidasse qui sait bien qu'il aura bien plus de chances de finir en hachis plus ou moins identifiable (par la famille, les copains d'infortune, celles et ceux qui resteront) à un moment ou l'autre de l'offensive, que d'en revenir couvert d'une quelconque gloire – serait-elle commune, anonyme, accordée même à titre posthume. (Et puis quand bien même, la belle affaire hein, une fois six pieds sous terre ou bien vaporisé...). Blast-beats qui s'éclipsent pour laisser place à des tempi moyens mais lourds, martelés. Dissonances grisâtres des guitare/basse, étalées et resserrées, en trémolos ou épisodes « mutés ». Une tradition, disais-je – toute une lignée de musiques pas présentables, pas alanguies dans la scrutation des désastres ; la désolation en remontées amères, acides, plutôt qu'en accès d'une délectation/débectation molle – « dépressifs et suicidaires » comme on dit souvent dans des secteurs pourtant proches (et chez les voisins de label, pour ce qui est de la version à l'internationale – Avantgarde Music et ses cohortes de groupes pas tous pareillement enthousiasmants, on va dire), quand on aborde ces sujets là. Non, ici c'est balancé cru – sans spleen esthétisant, loin de la contemplation neurasthénique des ruines et des moignons... Ni ça, disais-je, ni couplets monte-au-feu, tu-seras-un-homme-mon-fils. (Panzer Division Que Dalle, ouais). Les textes des neuf plages – c'est le gars derrière le projet qui le dit ; je ne cause guère sa langue mais les titres sont éloquents dans leur simplicité (Le Baptême du Feu, la Grosse Bertha, Chansons de Tranchées, Dans le No Man's Land...) – sont tous tirés ou inspirés de lettres, journaux, témoignages directs de soldats revenus vivants ou non (et diversement entiers sans doute) de la colossale boucherie dont il est question. En faisant aussi brut, en ne cherchant pas à délivrer un hommage plus solennel, Kanonenfieber tape juste – transmet bien tout le dérisoire de la tuerie, en même temps que son épouvantable effluve, son haleine chargée d'avoir mâché tant de morts. En se refermant sur une ballade acoustique – guitare et voix au son rongé par l'espace gris, confiné, l'air opaque autour ; rien d'autre – Menschenmühle laisse planer derrière lui cette poussière nocive, ce mauvais souvenir qui ne demande qu'à s'incarner encore, qui guette la prochaine bisbille et suit avec assiduité les derniers progrès (c'est une façon de voir...) de l'industrie de l'armement et des cellules de recherches attenantes, subventionnées.

« Je suis mort dans le no man's land/Main dans la main avec l'ennemi/Le destin qui nous attend/Enterré et méconnu/Le destin qui nous attend/Enterré et méconnu ». Ça valait bien la peine d'y engouffrer tout ça pour en finir enfin – histoire de préparer au plus vite la Prochaine ?

note       Publiée le mercredi 1 février 2023

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    Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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    Non, en effet, pas de Jesus Tot metal (ou autre variante) chez le Zao évoqué en début de chro.

    Et sinon je ne suis guère calé en war-metal (pour le moins) alors je me trompe peut-être mais je ne crois pas que ce disque là relève de la "catégorie", non ! Au passage le type/groupe a sorti à peu près en même temps que l'album trois EP illustrés dans le même style, l'un affichant un soldat américain (Yankee Division), l'autre un soldat allemand (Der Füsillier) et le troisième (Stop the War) montrant carrément la Mort en train de faucher l'Ukraine... C'est thématique, décidément, son truc. (Ceci-dit il sévit aussi sous les noms Leipa et Non Est Deus, pas écouté le deuxième mais Leipa pour le coup, ça a l'air davantage black-dépressif comme ambiance, et pas axé "les dessous (la terre) de l'histoire").

    Note donnée au disque :       
    Rastignac Envoyez un message privé àRastignac
    avatar

    Ce Zao qui n’a pas l’air d’être le Zao cité n’a jamais été un groupe de death metal. Et il est de moins en moins caractérisé par son christianisme. Rapport : choucroute. Saucisse choucroute même. Saucisse choucroute navet jarret.

    Sinon il fut un temps où la fin de siècle et la première guerre eurent le vent en poupe au niveau métal… pour le meilleur, pour le pire. Avec des illustrations bien pacifistes de loin, le contenu se sachant plutôt war de métal. J’y vais donc pas à pas quand je vois une belle pochette inspirée de Grosz ou de la propagande de l’époque… mais ça me titille quand même. Encore plus quand c’est écrit en allemand.

    Message édité le 01-02-2023 à 22:11 par Rastignac

    nicola Envoyez un message privé ànicola

    Zao, le groupe de death chrétien ?