Vous êtes ici › Les groupes / artistesAAlgiers › The Underside of Power

Algiers › The Underside of Power

  • 2017 • Matador OLE-1117-2 • 1 CD digipack

cd 1 • 12 titres • 44:30 min

  • 1Walk Like A Panther
  • 2Cry Of The Martyrs
  • 3The Underside Of Power
  • 4Death March
  • 5A Murmur. A Sign.
  • 6Mme Rieux
  • 7Cleveland
  • 8Animals
  • 9Plague Years
  • 10Hymn For An Average Man
  • 11Bury Me Standing
  • 12The Cycle / The Spiral: Time To Go Down Slowly

line up

Franklin Fisher (chant, piano, violoncelle, contrebasse, guitare, claviers, percussions, samples, synthétiseur, tambourin, wurlitzer), Ryan Mahan (basse, guitares, samples, synthétiseur, chœurs), Lee Tesche (guitare, guitare, harmonium, saxophone, guitare préparée, piano préparé, synthétiseur, percussions, chœurs), Matt Tong (percussions, carillons, drones, drums, glockenspiel, guitare, chœurs)

Musiciens additionnels : Adrian Utley (production), Ashiya Eastwood, Jessica Upton Crow, Travis Ono (chœurs), Macks Faulkron (percussions)

remarques

chronique

Styles
soul
cold wave
musiques sacrées
post punk
Styles personnels
ghostspells

"C'est en frappant au cœur que vient la vérité", prononça Emmanuel Macron lors de son second discours de victoire. La formule, qui n'était dans ce contexte qu'un slogan politicard pseudo-poétique et tape-à-l'œil de plus, prend tout son sens avec ce genre de disques. Algiers ont frappé au cœur avec leur second album. Un coup de schlass, façon crime passionnel, dans l'humeur un peu trop blasée de l'auditeur sédentaire sur-gavé d'albums tièdes et triviaux, éventrée comme une panse trop lourde pour mieux laisser jaillir la vérité d'une lumière, intense, qu'on avait un peu oubliée depuis qu'on s'était laissé dériver dans l'océan des clics mécaniques et des avis compulsifs... Algiers ce sont jetés à corps perdu dans leur musique, armés d'une foi absolue en elle. Et le résultat est là, dans un album survivant sans peine à des concepts dérisoires comme "hype" ou "top de l'année 2017", et même au contexte de sa conception (élection toute fraîche de Trump)... S'inscrivant profond dans l'esprit, loin du plastique et des pixels. Peut-être même dans l'âme, si on ne l'a pas trop endommagée après toutes ces trahisons déguisées en compromis. L'hystérie salvatrice de l'introduction, retranscription possédée d'un speech de Black Panther, en aura calmé plus d'un. D'autres ont préféré se recroqueviller dans leurs ricanements de moquerie, mais voilà ce que j'appelle une Intro, mes aïeux... Ça vous accueille comme un méchant coup de griffe en travers du thorax, ça crache toutes les tripes de son âme dans une effusion vocale entre James Brown, Chuck D et Steve Austin, pour vous mettre direct dans le vif du sujet. Ça braille jusqu'à s'en péter une veine temporale, ouais, mais il y a un truc ici que des moulineurs de bruit stériles comme Death Grips sont loin d'avoir : L'Émotion. Et croyez-moi, le reste de l'album n'en sera pas avare, de cette précieuse drogue métaphysique. Parce que vous n'avez même pas eu le temps de reprendre votre respiration, que déboule cette pulsation angoissée, dressant des colonnes de marbre antique sur les cendres brûlantes, devant vos neurones encore fébriles, avant de vous emporter dans son "Cry of the Martyrs"... La cold wave ample et majestueuse de "Death March" achevant de... vous achever, en une procession percussive redoutable, digne d'un Pornography. L'intro ultra-politique bien criarde peut sembler, aux premières écoutes, dominer par son intensité la suite de l'album...

...Or, elle ne fait qu'en annoncer la passion mutante : celle d'une musique muée par son hybridité instinctive. Une cérémonie de gospel totalitaire, au cours de laquelle on ne distingue plus le passé du futur, l'église du parking souterrain, les fidèles des zombies... Où tous les sons, langue pendante et yeux au ciel, suintent de lumières divines... ou radioactives. Ambiance, avec un grand A. L'ambiance d'un Songs of Faith and Devotion qui suivrait sans faiblir le programme annoncé par son titre ? D'un Heligoland  auquel on aurait foutu le feu ? D'une Nina Simone en pleine transe au manoir de Nine Inch Nails ? Peu importe ces formules racoleuses de petit malin : celle d'une puissante fusion soul-wave, qui vous emporte avec elle dans son monde bouleversé. The Underside of Power nous dit aussi que peu de choses en dehors du confort technologique ont changé dans leur musique, depuis les chants de prisonniers noirs pétant des cailloux en chaînes et à la chaîne. Algiers semblent également y répondre, en miroir américain et prédicateur, à tout ce post-punk anglais ayant bouffé et craché du funk à tire-larigot. Qu'il faille défourailler crument ("Animals"), la jouer plus ambient sans meubler le moins du monde ("A Murmur. A Sign.", "Bury Me Standing"), relâcher l'étreinte sans perdre en emprise ("Mme Rieux", la dépouillée "A Hymn for an Average Man"), ramper dans les décombres les plus sinistres en suivant une lueur mystique, à la façon d'un Reznor ou d'un Moodie Black ("Plague Years"), ou revenir aux sources de la grande messe solaire dans un final digne de ce nom : The Underside of Power chavire, envoûte et laisse coi, à ne pas savoir si le mieux est de remettre le couvert de suite, ou le ranger soigneusement en vue d'une écoute solennelle dans cinq ou dix ans. Des albums aussi fervents et fiévreux, on en croise pas toutes les nuits. C'est aussi ce qui le rend épuisant, voire agaçant - c'est le prix de sa passion, du chant "met tout sur la table" de Franklin. Mais contrairement à ce qu'on pourrait croire, devant sa nature d'album intense-instantané, The Underside of Power ne perd pas en force avec les années, et persiste, comme une brûlure salvatrice, dans ce cerveau qui voudrait trop diviser en cases nettes et moches. Il y a creusé ses sillons, sa marque à lui, et laissé dans l'esprit l'empreinte d'une figure de Lichtenberg, dont les ramifications nous mèneront à bien d'autres albums émotionnellement corsés... et nous renverront toujours, comme à un autel irradiant, à ses hautes flammes gelées.

note       Publiée le jeudi 24 novembre 2022

Dans le même esprit, Raven vous recommande...

réseaux sociaux

dernières écoutes

  • Gros Bidon
  • Aladdin_Sane
  • Connectez-vous pour signaler que vous écoutez "The Underside of Power" en ce moment.

tags

Connectez-vous pour ajouter un tag sur "The Underside of Power".

notes

Note moyenne        4 votes

Connectez-vous ajouter une note sur "The Underside of Power".

commentaires

Connectez-vous pour ajouter un commentaire sur "The Underside of Power".

Gros Bidon Envoyez un message privé àGros Bidon

Cela ne sonne pas toujours très innovant et on reconnait quelques inspirations diverses mais cet album n'en reste pas moins une assez belle réussite. A mi-chemin entre un rock destructif hyper saturé et écrêté (Walk like a panther) et la balade triste (Mme Rieux) chaque composition parait très travaillée et même parfois presque sophistiquée. Il semble que le vinyle ne retranscrive pas la dynamique du groupe et ce n'est pas impossible étant donné la puissante saturation de l'ensemble.

Note donnée au disque :       
Aladdin_Sane Envoyez un message privé àAladdin_Sane

Tiens, merci pour la chro, j'avais un oublié l'existence de ce groupe dont j'avais juste écouté le premier album. Le morceau titre cet album est un tube !

born to gulo Envoyez un message privé àborn to gulo

(Ah ben Shelleyan oui, il faut, c'est fait pour toi ça)

Note donnée au disque :       
born to gulo Envoyez un message privé àborn to gulo

... Mais en ce qui me concerne, si je suis d'accord avec le constat de sa qualité qui se maintient, j'ajouterai qu'elle plafonne. Pas un grower, oh ça non : il a perché à une altitude certaine dès le début, mais il n'en bouge pas, et persiste cette sensation indéfinissable que, non pas il manquât quelque chose, mais... je ne saurais toujours pas me jeter à l'eau, et décider qu'il est entré réellement dans mon intimité. Pas l'impression qu'on s'est déjà parlé à 7 du mat' la porte des gogues pas fermée, tu vois ? Il reste quelque chose de guindé, de respectueux, entre lui et moi.

Note donnée au disque :       
Shelleyan Envoyez un message privé àShelleyan
avatar

Oooh, ça ça m'intéresse. Quelle voix, quelle puissance ! Ca sent l'achat...

Message édité le 24-11-2022 à 11:10 par Shelleyan