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Black Flag › The Process of Weeding Out

lp • 4 titres • 26:18 min

  • 1Your Last Affront9:30
  • 2Screw the Law2:19
  • 3The Process of Weeding Out9:43
  • 4Southern Rise4:56

informations

Enregistré aux Total Access Recording Studios par Dave Tarling. Mixé au Hit City West Studio. Produit par Bill Stevenson, Dave Tarling et Greg Ginn.

Pochette : Raymond Pettibon.

line up

Greg Ginn (guitare), Kira Roessler (basse), Bill Stevenson (batterie)

chronique

Qu'est ce qui passait, alors, par la tête de Greg Ginn ? On ne sait pas trop. Est-ce qu'on veut vraiment – savoir ?! On se doute, pourtant : que derrière l'espèce de démon-savant-fou (forcément fou) sur la pochette, penché sur son microscope, ça ne doit pas être du joli, qui se trame. Le titre – en gros ça parle de désherber, trier le bon grain de l'ivraie etc. – est censé référer à la volonté du groupe, à ce moment là, de se débarrasser de ses fans les plus encombrants, les violents bas du front (Ginn préférant, lui, la violence vicieuse, compliquée), ceux qui ne pigeaient pas que Black Flag soient passés à autre chose, n'aient pas continué à balancer du punk-hardcore brut de fonderie tel que sorti des presses en 79, 80, 81, à l'époque de Damaged et autres glaviots. Ceux qui n'avaient pas encaissé My War, braillé à la trahison (« Bouuuuh, ils jouent lentement ! Bouuuuuh, C'EST PAS PUNK ! Bouuuuuh ! Ouiiiiin, il est passé où mon doudou-pour-skin ! »... Et dire que quelques mois à peine après le présent EP, ils allaient se manger In My Head). OK. Mais n'empêche, vue l'ambiance dans le groupe à l'époque, on a du mal à ne pas y lire autre chose aussi – y soupçonner le signe d'une tension plus interne. Vu l'album Family Man, sorti l'année d'avant – une face presque entière de Rollins tout seul, en spoken words ruminés ; une face du groupe sans lui, en jazz-punk expé. Vu comme Ginn, sur In My Head, à venir donc bientôt, enterrera la voix dudit Henry dans le mix... Vues les rancœurs, le ras de bol de tout le monde à ce stade – sauf Ginn, décidément – de ne jamais plus rien faire d'autre que de répéter, prendre le van, jouer, rentrer, répéter, enregistrer, répéter, prendre le van... Etc. Etc. Etc. sans fin. On ne peut s'empêcher de lire comme ça : Ginn fait le tri DANS LE GROUPE même, s'apprête à saquer tout le monde au moindre signe de rebuffade. Oui ? Peut-être bien.

En tout cas, ici encore : pas de Rollins. Ginn, à la guitare tordue, atonale entre les riffs – souvent bancals, eux-même, asymétriques, plutôt, taillés au plus laid, les dérapages de la serpe contrôlés de ET avec justesse. Une sorte de dégueuli de scories harmolodiques – comme disait Ornette Coleman, dont Ginn s'était alors déclaré grand fan – en continu, qu'il nous crache méchamment ou sans se soucier de qui, de ce qui se ramassera l'averse. Kira Roessler et Bill Stevenson, derrière, font mieux que suivre – campent avec un même sens infaillible du mauvais coup la rythmique toute démise, le groove désarticulé sur lequel l'autre jam. Par moments on dirait une sorte de free funk presque – comme du free jazz mais joué sur des mesures qui ressassent avant de dériver, qui bouclent puis quittent le rail sans prévenir, après un nombre de mesures dont on n'arrive pas à comprendre le compte. Parfois, d'ailleurs, en parlant de boucles, on a l'impression que Ginn a prélevés des morceaux de la fameuse rythmique pour les monter, les faire tourner puis changer – sans leur demander, parce que c'était le moyen le plus simple, le plus rapide d'obtenir le champs de décombres nécessaire pour déverser ses jams chimiques, dérangées. Mais là encore, difficile d'en être sûr – tant ce flot tout heurté semble en même temps sortir d'une coulée, tout juste interrompu par les pauses entre les morceaux.

Bon. Et alors, au moins : est-ce qu'on peut en retenir quelque chose – riffs, mélodies, patterns de batterie ? Sans doute – on pourrait. Parce que curieusement, je répète, tout ça se tient bien ferme, la découpe de toutes les parties – les riffs, oui, particulièrement ; les lignes de basse, aussi – est assez parfaite, dans son optique disgracieuse, son parti-pris de jouer imbitable. Sans doute pourtant, tout autant : on aurait du mal (j'ai du mal, en tout cas), entre les écoutes, à retrouver quoi que ce soit à chantonner, marmonner, brailler, qui renverrait à telle ou telle plage du bidule. Il ne « marche pas comme ça ». On le retrouve, quand on y revient, on se rappelle de ce qui se joue à l'instant où ça joue, où ça repasse. Ce qui est bizarre c'est que pourtant, passé cette impression que rien ne va là-dedans, que c'est fait pour ne pas rester, ne pas coller, ne pas plaire, on y revient volontiers – et justement pour ça. On recherche en faisant la gueule sa malotrue compagnie. C'est tout. C'est bien assez. C'est éprouvant – et heureusement, c'est assez court, ce qui contribue sans doute à ce qu'on ne jette pas le truc sur le tas après une ou deux écoutes. Mais de toute façon... Si ça « servait », si c'était « utile », on ne voit pas trop ce qu'on pourrait en avoir à foutre. C'est un partage d'invective – à prendre, à laisser, à ne pas chercher plus loin (ou alors depuis là en suivant sa propre idée).

Sous la lentille du diable-chercheur, tiens, sur l'image, on distingue qui se tortillent des gamètes de type mâle. Si ça se trouve il(s) ne cherche(nt) rien de plus que la formule de l'infaillible spermicide, de l'agent stérilisant le plus radical – le plus instantané, immanquable et intégral.

note       Publiée le samedi 12 novembre 2022

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Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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Oui, tout à fait juste, le truc des réseaux ! Avec là dedans les circuits de tournées, je pense, qui ont fait que tout ça s'est mélangé ou en tout cas s'est rencontré pas mal (pas toujours sans conflit ou tension du genre "ah ouais, il paraît que la scène de TelBled c'est des Durs ?! Bah on les attends de rangeo ferme !", faut pas idéaliser non-plus hein). C'est assez clair aussi que les réseaux en question ont préparé le grand brassage de ce que seront les scènes indie de la décennie suivante - à supposer qu'on puisse trancher aussi nettement scènes HC/scènes indice, époques, périodes... Là encore c'est en fait sûrement un peu plus compliqué que ça - mais là aussi c'est pas complètement con pour autant de faire une distinction (en terme de buts des groupes, de "messages", d'intentions etc.), je ne dis pas...

Message édité le 19-10-2023 à 12:31 par dioneo

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Giboulou Envoyez un message privé àGiboulou

Effectivement c’est bien plus bordélique que mon commentaire précédent. Ne serait-ce que par les réseaux et canaux de communication divers (fanzines, échanges entre labels indie) dont aujourd’hui on sous-estime souvent l’efficience. Et pour revenir à Black Flag, ce qui est fascinant dans cet intervalle 84-85, c’est la recherche systématique d’une autre optique, d’un autre angle d’attaque : je ralentis le tempo sur la face B du précédent, je te balance un spoken word ailleurs et ici, je cherche un autre langage harmonique (parce que, honnêtement, il n’y a que Your Last Affront qui est libre de structure, les 3 autres compos ont l’air plus…composées). In my head sonne un peu comme la synthèse de ces explorations (et donc, rétrospectivement la pochette de ce process est encore plus pertinente: une sorte de labo « evil » où on va séparer les différents éléments de l’alchimie de cette énergie noire qu’on veut jouer/transmettre - on ralentit le rythme, on désosse l’harmonie, on isole le chant, etc.).

Message édité le 19-10-2023 à 07:06 par Giboulou

Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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Je pense que c'est même plus bordélique que ça... Sonic Youth étaient passés par Branca et Rhys Chattam, oui, mais aussi trauma par Ayler ou Braxton entre autres, au Texas il y avait des "électrons libres" du genre Really Red - avec dans leurs cas un délire Red Krayola etc., c'est aussi le début de Sun City Girl - en Arizona, et qui à l'époque tournaient avec Meat Puppets par exemple, Hüsker Dü qui sortaient Zen Arcade, aussi, avec des trucs expé dessus, le Reoccuring Dreams de quasi 14 minutes fermant le disque mais pas seulement... Et oui, SST est bien "dans la place" dans toutes ces histoires. Après... Volontiers de faire "des musiques sérieuses" je ne sais pas, j'ai plus l'impression que c'est une question de génération qui a eu accès plus que celles d'avant (même de juste avant) à tout ça, ou s'y sont plus intéressés, ou les deux, et qui ont donc aussi trouvé un "circuit". Ça rejoint sans doute aussi ce qu'avaient faits des musiciens d'avant - des années 70, le temps étant passé, et encore une fois une génération (au moins), de dire/qui disait "on ne veut rien avoir à voir avec les expérimentations fumeuses des hippies" et s'appropriaient à leur tour des musiques supposées "savantes" ou "exotiques" comme l'avaient fait les freaks, beats, babos de tous poils mais avec un angle autre, plus directement agressif, plus... Bah punk et hardcore, tiens (y compris au sens réfractaire à la communication et n'en faisant qu'à sa tête, quitte à - ou encore une fois avec même l'idée de, au moins en partie - se fâcher avec la partie du public pour qui "le punk hardcore" c'était juste "du rock simplifié joué vite et pas trop bien avec des paroles simples et violentes"... Enfin, je crois qu'il y avait de ça, vraiment, entre autres).

Note donnée au disque :       
Giboulou Envoyez un message privé àGiboulou

C’est vrai qu’elle est intéressante cette période / 1984 pour faire simple dans l’histoire du punk. On assiste, avec mon regard certainement partiel et non panoptique du truc, à l’entrée des musiques plus « sérieuses » musicalement parlant (car dans les textes et dans l’action politique, un grand nombre de groupes l’étaient). Ainsi, l’Ouest Ricain - avec SST en l’occurrence et ce Ep en particulier - semble attiré par le free jazz tandis que l’Est (Sonic Youth en tête) se cherche une filiation avec les musiques contemporaines atonales (Glenn Branca jouant le rôle de passeur). Et en Europe, on observe aussi - je pense à Deep Freeze Mice dont on a déjà parlé - des tentatives d’ouverture héritées du krautrock qui doit énormément à Stockhausen (cf. CAN).

Message édité le 17-10-2023 à 17:43 par Giboulou

Giboulou Envoyez un message privé àGiboulou

C’est vrai qu’elle est intéressante cette période / 1984 pour faire simple dans l’histoire du punk. On assiste, avec mon regard certainement partiel et non panoptique du truc, à l’entrée des musiques plus « sérieuses » musicalement parlant (car dans les textes et dans l’action politique, un grand nombre de groupes l’étaient). Ainsi, l’Ouest Ricain - avec SST en l’occurrence et ce Ep en particulier - semble attiré par le free jazz tandis que l’Ouest (Sonic Youth en tête) se cherche une filiation avec les musiques contemporaines atonales (Glenn Branca jouant le rôle de passeur). Et en Europe, on observe aussi - je pense à Deep Freeze Mice dont on a déjà parlé - des tentatives d’ouverture héritées du krautrock qui doit énormément à Stockhausen (cf. CAN).