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Rorcal & Earthflesh › Witch Coven

lp/cd/k7 • 2 titres • 30:29 min

  • 1Altars of Nothingness14:45
  • 2Happiness Sucks – So Do You15:44

informations

Enregistré aux studios Tortion (instruments) et Cubbyhole (bruits) par Jean-Philippe Schopfer et Julien Michel. Monté et mixé aux studios Yellow Recordings.

Ce disque est sorti sur le label Hummus Records, sur trois supports – LP (12'' à lire en 45 tours), CD et cassette – sous le même numéro de référencement.

line up

Rorcal, Earthflesh

Musiciens additionnels : Michael Schindl (voix sur Altars of Nothingness)

chronique

Rorcal et... Un ancien Rorcal – Earthflesh alias Bruno Silvestre Favez, un temps bassiste du groupe, passé depuis à l'électronique dérangée, aux paysages noise pas plus amènes que ceux de ses anciens comparses, creusés, sculptés avec d'autres moyens. Ceux-là, réunis, entrent au Couvent de la Sorcière – lieu de luxure, tourments, tourmente, torture, comme le Couvent de la Bête Sacrée du film (Norifumi Suzuki, 1974) ? Théâtre en attente d'une Grande Inquisiton en Technicolor, comme dans la version donnée par Ken Russel de l'Affaire des Possédés de Loudun (The Devils, 1971) ? Voire... Comme ces deux délirantes bobines, en tout cas, ce Rorcal-ci nous plonge dans une Vision – nous happe dans son espace halluciné. Et malgré l'évidente noirceur des lieux, des événements, des idées qu'on devine, c'est en effet une déferlante, un jaillissement de couleur, pour ma part, qui me frappe, explose dans mes synapses, à son écoute – du rouge vif grondant, pétant, éclatant ; des scories qui filent en bolides noirs sifflants ; des éclairs liquides jaunes/oranges, acides et crépitants ; des arcs bleus qui bourdonnent en halos.

Ce disque là est trippé oui – méchamment, profondément, complètement secoué par ce qu'ils y mettent en branle, font hurler, s'élever, tourbillonner, retomber en pluie de cendres et de braises. L'habituelle mixture (façon de parler... c'est très peu « fait pour qu'on s'y fasse ») de doom, black, hardcore (post ou pas) et autres rifferies et braillements extrêmes encore salie, salopée, le relief encore plus éraillé, déchiqueté, par les machines. La basse racle – la pierre de la cathédrale envahie ou le ciment indus du hangar où ils tiennent leur culte, montent leur Autel du Rien (c'est le premier titre, oui... et ça fout le vertige, vu d'ici). Elle frotte contre tout ça, grippe le jeu – sonne malséante et magnifique comme chez Khanate ou par là. La batterie grésille mais sans que l'épaisseur, la lourdeur des frappes ne s'amenuisent – ça les rend débordantes sans que les cratères en ressortent moins nets. La voix se dissout dans une réverbe qui en retour la crache en voûtes corrompues, prêtes à perler en voile dissolvant sur tout ce qui se tiendra ou passera par dessous son étendu. Ça « n'arrange » rien, ça ne gâte rien, c'est à dire, qu'un autre hurleur se joigne à l'assemblée sur Altars of Nothingness, sur ce point. Ça ne sonne pas bidon, pour cette fois – pas procédé qui tourne à vide – qu'ils introduisent cette même première plage par une espèce de psalmodie pseudo monastique, simili-grégorienne. Ce coup là, oui : ça vous transporte direct dans la maudite enceinte abbatiale. Ça vous met dans le mood – ça vous enjoint à vous y balader, juste avant de lâcher les chiens. Lesdits cerbères ensuite, plutôt que de vous en chasser, vous accrochent dans leurs mâchoires et vous tirent plus loin dedans. Vous assistez émerveillé, horrifié, dedans-dehors simultanément, à votre propre démembrement, vous voyez les bouts (de vous, on vous dit – des autres, aussi, pareillement et diversement éparpillés) qui se rassemblent... Et le macabre et grotesque manège qui recommence, se remet sans fin.

Le chant choral revient, repasse. S'interrompt net.

Les résonances tout juste retombées, c'est un autre tableau qui surgit. Une autre scène, plutôt, tout aussi tourmentée, tout aussi « en 3D », en couleurs violentes, où l'on est tout autant happé plutôt que de simplement y assister. « Le Bonheur Craint – et Toi aussi », se nomme la chose. Difficile de comprendre plus en détail ce que ça raconte – vu que ça le hurle, plus saturé, plus gorgé de sucs déformants que jamais. Ça ne plane pas sur une surface plane et tranquille, toujours – toujours pas. Pourtant... Ça me donne toujours l'impression d'une espèce de fête – que la cérémonie, le culte du Salaud de Cosmos jubile, en tout cas, exulte, à se tendre, s'enfler, se contracter ainsi en flashes catatoniques. Même si ça semble au loin, que c'est flouté dans le mouvement, il semble qu'on perçoive les torches, aux entrées de la salle du culte. Le cri s'étend, se dilate. Puis tout se hache, se remet à strier l'air – riffs et battue blastée black, dégueulis jetés vers la Bête ou le Rien ou autre chose. Et le bruit – les nuages exhalés par les processeurs, les appareillages du type venu les assister, se mêler à ces obscurs trafics. L'image, les volumes – tout ce qu'on perçoit ondule. Ça va casser, on se dit – ou fondre. Un larsen grince puis se met à vibrer tellement vite qu'on le croirait figé – si on ne sentait pas, si matériellement, le souffle de la membrane.

Là encore, ça se termine à l'abrupte. Je finis de taper mon texte mais il n'y a pas de silence. La pluie tape sur la vitre du velux, sur ma gauche. La fenêtre est mal isolée, je sens que ça caille, qu'elle doit être bien glacée, cette flotte. Son rythme en bruit blanc prolonge le son des pas frappés, de la sarabande qui vient de finir. Il va bien falloir bouger, si je veux en dissiper les traces en suspensions.

note       Publiée le jeudi 3 novembre 2022

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Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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Le "traitement sonore" sur celui-là, c'est quand-même quelque chose... Bien-sûr, la matière première est déjà costaude - du Rorcal très inspiré donc bien dégueu, pas-cool au possible et complètement hors-de-soi (chez eux je trouve que l'expression fait sens). Mais n'empêche, le bain électronique/chimique (électrolytique ?) dans lequel Earthflesh plonge toute cette méchante masse, ça lui donne encore une autre fantastique vilaine gueule ! (Idem : dans leur cas et sur ce disque particulièrement, prendre tous les mots dans leur sens le plus littéral et multiple et pire. J'entends : "fantastique", "gueule" et... Bah oui, même "vilain(e)", sans aucun doute, en fait).

Message édité le 06-06-2023 à 11:46 par dioneo

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born to gulo Envoyez un message privé àborn to gulo

Très très bon, lui.

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Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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Pour moi c'est peut-être bien le truc le plus cinglés de leur disco... Mais oui, le côté "ambient" (bien dark, en effet, toutefois) peut "aider à ce que ça passe" - disons que ça fait encore une autre facette à leur truc, cette fois pas tout en boutures hybridées de diverses variétés de "metal (métaux ??) extrême(s)".

EDIT : ceci-dit je ne sais pas si tu as écouté Muladona, le précédent, avec des passages de textes lus par Eric Stener Carlson (l'auteur du roman dont s'inspire le disque, et qui vit désormais à Genève) ? Celui-là aussi a un côté dronant et par moments un peu dark-ambient, qui "aèrent" (d'une façon particulière, je ne dis pas) des plages par ailleurs bien pesantes, suffocantes.

Message édité le 03-11-2022 à 18:27 par dioneo

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Shelleyan Envoyez un message privé àShelleyan
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C'est le seul de Rorcal que je possède. Le côté ultra dark ambient m'aide à mieux m'enfiler le bestiau (parce que Rorcal tout seul, c'est beaucoup trop sombre pour moi)