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Kikagaku Moyo › Kumoyo Island

lp • 11 titres • 48:40 min

  • 1Monaka5:15
  • 2Dancing Blue6:14
  • 3Effe3:22
  • 4Meu Mar6:07 [reprise d'Erasmo Carlos]
  • 5Cardboard Pile4:06
  • 6Gomugomu2:07
  • 7Daydream Soda3:25
  • 8Field of Tiger Lillies1:19
  • 9Yayoi, Iyayoi6:58
  • 10Nap Song2:58
  • 11Maison Silk road6:20

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré de novembre 2020 à janvier 2021 au Guruguru Studio, Amsterdam, et au Tsubame Studio, Tokyo. Mixé par Hideki Urawa et Yui Kimikima. Masterisé par Soushi Mizuno. Produit par Kikagaku Moyo.

remarques

chronique

J'écoute un coup ça, je me dis, tout enthousiaste : « ah tiens, super on dirait que ça y est – un album d'eux qui m'accroche direct et sans réserve ». Je parcours un peu les pages du net au hasard, avec tout ça – le nom du groupe, le titre du disque – en mots clés. Je lis ça : c'est leur dernier, pas seulement en date mais tout court – après, ils arrêtent, dix ans que ça durait, c'était bien mais stop. Je me dis : « Ah ben c'est con ». Enfin... Doivent avoir leurs raisons. Et revenons, cercle cerclé – après tout, il semble bien que ça signifie « motif géométrique », Kikagaku Moyo – à ma conclusion première : il est bien chouette, ce disque.

Développons : j'avais beaucoup aimé, au vrai, leur précédent – Masana Temples. Mais pas tout de suite, avec d'abord quelque distance, comme une gêne. Puis les précédents... Mais pareil : sans inconditionnelle, avec toujours un temps d'adaptation. Et l'impression demeurant, revenant souvent, régulièrement, à un point ou l'autre des écoutes : que ce qui soudain me lâchait, là-dedans, ce n'était en rien un manque, une approximation. Que ce n'était pas – au contraire ! - qu'ils me perdaient. Mais bel et bien : que tout, ici, était TROP PARFAIT. La sensation d'écouter une sorte de « digest » – accessit aux décennies antérieures – de TOUTE l'histoire des musiques psychédéliques d'avant, sixties, seventies, en guitares californiennes et rythmiques krautrock, motoriques ; en paysages survolés et zooms sur les matières... Qu'on m'entende bien, au fait : ce n'est pas que ces disques n'auraient été que des exercices, appliqués. Ce n'est même pas ça qui auraient fait défaut, je veux dire : l'inventivité, l'angle subjectif, la liberté d'écriture. Mais... difficile à dire : soudain, quelque chose me venait, de l'ordre de la lassitude, l'idée peut-être bizarre qu'au fond, la musique de ces types étaient peut être TROP ÉQUILIBRÉE pour mon goût ! Bon... Puis au détour d'une intro, d'un refrain, d'un envol – sur Masana Temples, c'était la plupart du temps la piste nommée Nana, ce déclic, c'était ce morceau qui m'avait fait y verser complètement – le plaisir m'attrapait à nouveau, entier, simple, frais, sans arrière pensée, de l'écoute.

Puis voilà donc : cette Île nouvelle et dernière (et l'ultime avant dissolution donc – mais ça, en découvrant sa ligne, je n'en savais donc encore rien) qui débarque chez moi. Eh bien oui : cette fois, ils m'y transportent tout de suite. Comme si quelque chose – de mon côté ? du leur ? – s'était enfin délié, complètement, spontanément. Une sorte de lâcher-prise qui pourtant ne réduirait en rien leur maîtrise des moyens – l'allant rythmique serré, le jeu fluide et dense à la fois sur les instruments, la science et le goût des timbres, de leurs alliances, contrastes, des reflets et des zones mattes. Les sauts et glissements, déplacements ou téléportations d'une place à l'autre cette fois imperceptibles ou bien effrontément marquées, sans excuse (fondus trop polis, mix qui amortirait...) – cassures en pleine piste ou glissés sur l'eau, effleurant puis perçant, pénétrant la surface qui aussitôt se referme. Cette fois oui, pour de bon, en conséquence : le basculement survient d'emblée, j'insiste, dans cette dimension perchée, filtrée ou dessillée, que partout ailleurs ils m'avaient donné l'impression d'explorer longuement, y touchant par moments, y achoppant à d'autres, glissant dessus plutôt qu'en elle... Pourtant, je ne dirais pas non-plus que sur celui-là le « flash » s'imprime avec plus de violence, qu'il distordrait plus évidemment le contour, l'enveloppe des choses – volumes, alentours, couleurs. A vrai dire ce n'est pour cette fois pas la question ! Ce qui est rare... Non, au contraire : la douceur s'étend, plutôt, s'épand, s'étale, et enfle en ces plages, depuis elles. Elle gagne. Elle réchauffe. Elle s'instille dans tous les interstices – ceux qui font qu'on, que ça respire. Elle rend ivre – doucement ivre, c'est ça. Doucement et longuement, sûrement. On s'y pose, on se hisse mais sans effort apparent, de strate en strate, jusqu'au sommet – si c'est un volcan, que ce qu'on entend comme venant du fond est la voix de celui-là, mêlé à la houle lointaine, plus bas, il semble bien qu'il ait décidé, le géant plein de lave, de ne pas nous brûler dans sa coulée, pas pour l'instant. On cueille ce qui pousse sur les flancs, les pentes. On fera sécher ça, dans la pleine, autour du feu. On trouvera bien l'usage, ensuite – si ça se saupoudre sur les mets cuits au bois, si ça s'infuse, si on peut en bourrer une pipe, l'enrouler dans des feuilles avant de rallumer une autre éruption. Il fait soleil mais celui-ci descend ou monte – et c'est l'instant où il irise tout l'horizon, 360 degrés, maintenant, qui nous saisit et nous retient, s'étire sans jamais vouloir finir. Maison-Route-de-la-Soie, ça s'appelle, en polyglotte, ce morceau d'extinction. Allons bon, ça cause encore « voyage », tient, donc, ça retourne aux clichés du genre ? Peut-être... Mais je répète : cette fois le bât ne blesse pas – d'ailleurs pas de bât, pas de marche forcée, toujours pas, si charge il y a, ce n'est pas comme aux dos des bêtes de somme. Si animalité il y a, c'est dans l'ouverture soudaine, dilatée, des perceptions sensorielles, sensuelles, qui vient en bouffée, qui s'invitent dès les premiers sons, les premières notes. Ça bouge et ça stase. Ça fait des fragrances, de l'acide et du sucré, des accords d’aromates dans les tympans. Une espèce d'afrobeat, un moment, qui tourne disco-turban ( Dancing Blue). Ça déroule une phonétique entraînante tout du long – aucune idée de ce qu'ils racontent, je ne cause toujours pas le japonais.

Peu importe : encore une fois, je me perds enfin en chemin, c'est à dire que j'y trouve où rester et transiter, de quoi m'y plaire sans que quoi que ce soit y flatte TROP habilement l'idée que je me serais faite d'une attente, de ce à quoi ça devrait répondre. L'intro revient, au bout de Maison Silk Road – celle de Monaka (naka-naka-no, monaka no naka-naka... le rythme des syllabes, encore, oui). Tout en trémolos – de sitar et guitare et basse sans doute, qui font sonner toute cette lutherie comme autant de cymbalums. Puis la wha. Puis je laisse filer. J'ai enclenché la fonction « repeat all », sur le lecteur. Une île, d'accord, on en fait facilement le tour, si on marche droit toujours. Mais on ne s'est pas enquis de la longueur du périmètre, de la superficie. Et puis une de fois de plus : il y a, entre les pierres, sous les bois, dans la végétation, ces ouvertures. Et puis la lumière change, avec les heures. Et j'entends la danse bleue, à nouveau, et je ne m'en fatigue pas.

note       Publiée le lundi 27 juin 2022

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