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Ramayana Soul › Sabdatanmantra

lp • 8 titres • 40:22 min

  • 1Aluminium Foil4:18
  • 2Jaya Raga Mirangga Bihineka Tunggal Ika2:38
  • 3Perlahan Terjatuh4:07
  • 4Rhaksasa4:21
  • 5Demensi Dejavu4:20
  • 6Mawar Batu12:14
  • 7Terang5:38
  • 8Dawai Batu Gadjah2:42

extraits vidéo

informations

Enregistré au studio Kamarangga, Jakarta, Indonésie. Mixé par Erlangga Ishanders. Produit par Ramayana Soul.

Artwork de la réédition Guruguru Brain : Irfan Tirtamurti

line up

Erlangga Ishanders (voix, sitar), Ivon Destian (voix), Adhe Kurniawan (guitare), Irfan Tirtamurti (basse), Bimo Kamill (batterie et tablas)

Musiciens additionnels : Dawai Batu Gadjah (chœurs), Fisty Corsica (chœurs), Harsafitri (chœurs), Erico Akbar (chœurs)

chronique

Ce truc du psychédélisme : s'amuser avec nos certitudes perceptives, tordre les timbres, les couleurs, les distances, tout faire jouer – comme dans « y'a du jeu là, non ? », au sens mécanique et autrement (jouer comme dans « bouger dans son logement » ; jouer comme dans « c'est ludique ton machin, là » ... Jouer du dépaysement, des dimensions, des couches de trucs et de machins, de composition, des arrangements, de la stéréo, de l'égarement comme du familier, du doudou qui conforte comme du soudain dérobement sous le pas qui s'emballe ou partait plan-plan...).

Ramayana Soul – entendu d'ici... Ça nous rajoute encore – disons-le comme ça – un biais cognitif : les mêmes occasions de ne rien y paner, de retomber dans nos repères, de nous demander si ce sont nous ou eux qui les inventons ces traverses, raccourcis, circonvolutions (ou locutions : de genres, d'unité de systèmes métriques, d'hygrométrie...) et de se raccrocher par ailleurs à ce qu'on pourra, de se trouver en terrain familier mais arpenté autrement (tiens... ça sonne « comme »)... Cette différence, dans le mix, le paysage : c'est que Ramayana Soul viennent de Jakarta, Indonésie. Alors oui : ça redécoupe encore différemment, redistribue les notions d'exotismes, d'emprunts. Ça fait se demander sous un angle une fois de plus infléchi qui, dans l'histoire – la leur ou la plus vaste, dans les « niches » ou les grands réservoirs des marchés plus ou moins populaires – aurait piqué quoi, traduit, transcrit, tenté autre chose parti de là. Mais d'où, justement !

Eh bien, or donc : le psychédélisme disais-je ! A l'ancienne ? Avec sitar, toujours – et mince, entre l'Inde et l'Indonésie ça se calculerait comment, considérant quelles sphères et repères « savants », « traditionnels », quelles « versions pop » ?! – question « coefficient de compatibilité culturelle » ? Et puis d'ailleurs... Ça voudrait dire quoi, ça ? Ça ne serait pas un peu foireux, cette notion, là, au mieux encore une manière de recentrer tout ça vers ce que « nous », d'un supposé « occident », on penserait savoir ? … Allez, reprenons : avec sitar, oui ; mellotron parfois ; quelques touches de bandes à l'envers, d'un orgue qui semble un farfisa. Des mélodies à la Syd Barett, à la Floyd plus généralisé. Mais... Oui, les sixties, c'est entendu – MAIS. Mais il faut se rappeler : qu'en ces temps là, cette vieille décennies, ils partaient – physiquement ou via étoffes, fumées, fantasmatique appliquée – en virée, volontiers, nos hippies et autres héros des foules vers un Est lointain. Pas toujours défini nettement, OK. Avec sitar encore, tiens, l'instrument véritable ramené d'un excursion ou de l'autre (d'où... bah : de « là-bas » pardi !) ou via l'un ou l'autre effet qui déguisait d'autres cordes (de guitare, souvent, simplement) en l'article souhaité... En l'idée qu'ils s'en faisaient. Il faut se souvenir aussi – il suffit de fouiller un peu – qu'en divers points, pays d'Asie du Sud Est ou d'ailleurs, comme dans d'autres coins du monde, il naissait, se continuaient, se combinaient, bricolaient, usinaient des formes indubitablement locales mais pas moins que les autres poreuses. Pour l'Indonésie – non-exhaustivement (vraiment), et sans me prétendre (du tout) expert en ces choses – les dangdut, pop-sunda, kroncong, jaipongan... Comment déterminer à coup sûr, dans tout ça, ce qui était pris à des héros de nous bien plus connus – les Hendrix, Beatles, le Floyd déjà cité, les Byrds et leur douze-cordes en drones... Comment ne pas se demander ce que les scènes de ces villes et campagnes si loin des nôtres auraient, peut-être, « repris » (des mains de ces « voleurs de l'Ouest », alors) plutôt que copié – les improvisations modales, les mélismes et chromatismes, certaines volutes de tel ou tel chant choral ? Comment retrouver, remettre sans marge d'erreur – faut-il, y'a-t-il un intérêt autre qu'archiviste, au fond, à vouloir absolument le faire – qui réinterprète qui, ou quoi, dans ces allers-retours, réassigner sans faute les éléments « de départ » ? Revenons : Ramayana Soul, de plus, aiment aussi le rock dit indé, punk, post-punk, d'une modernité – ou d'un passé, entendu de maintenant ? - autre. Des saturations moins planantes, plus cassantes, plus... Bruit. (Noise). Erlangga Ishanders, en tout cas, dit avoir voulu, en montant le groupe, « sortir de sa zone de confort » en se confrontant à ça, à des formes peut-être moins passées au rang de nouvelles traditions, de genres appliqués, dans son pays, sa cité, son quartier... Peut-être aussi : parce que ça l'éclatait d'aller puiser, avec les allures de doux hippies du groupe, dans ces sonorités plus dures, ces approches plus brutales... Qui sait ?

D'où, là, au détour d'un couplet chaloupé, enrobé d'encens, de soudaines poussées de gueulantes saturées qui font sauter une ou deux diastole/systole ! D'où quelques parties de chant bizarrement ondulées qui font se demander – décidément – si c'est une question d'inflexions, de gammes, de systèmes locaux d’intervalles ou si allez, seulement, on n'est pas fou, « CE SERAIT PAS JUSTE UN PEU BEAUCOUP FAUX, LA ?! ». Et puis... Allez comprendre : pourquoi on se surprend à penser que ça sonne sûrement mieux – encore mieux – comme ça ? Eh bien, je vous le disait au début : parce que LE PSYCHÉDÉLISME et ses ruses et déviations, sa manie de changer les rythme et par là le temps, l'appréhension de ce qui serait dedans ou dehors – ce qui serait dans le ton ou le redéfinirait. Et j'ajoute : que Ramayana Soul, en la matière, s'y entendent mieux qu'on l'ouïe d'abord, aussi immédiat soit le charme de cette musique, parce qu'il est immédiat et que le reste ainsi peut venir ensuite, s'infuser, monter ; Ramayana Soul, dis-je, s'y entend mieux et autrement qu'on croirait en survolant seulement une fois les chansons à nous vriller l'entendement, à nous poser sur un sol, un territoire, enter deux strates mouvantes de leurs atmosphères. Sabdatanmantra n'est pas la bête déclinaison « psydchédélia » qu'on pourrait croire – gadget-souvenir apocryphe du trip d'un autre (ou d'autres), dans une vague contrée d'un espace temps depuis longtemps fini, refermé – à n'écouter que discrètement, sans y revenir, ses huit chansons, pas assez fort, sans tendre l'oreille à tout ce qui s'y passe, s'y ancre, s'y transforme, s'y anime. A vrai dire ce disque est l'un des quelques-uns, dans le catalogue du label Guruguru Brain, qui m'ait immédiatement – et durablement – donné l'impression d'échapper justement à l'exercice du revival, de ne pas entendre un groupe, des artistes qui synthétiseraient « trop » bien des courants, des genres, styles sus par cœur, aimés mais encore une fois appliqués, habilement, en dosages subtiles mais inexplicablement, continuant à sonner comme du « tel quel »... (Le disque, d'ailleurs, était d'abord sorti sur un label indonésien, à priori distribué dans le pays seulement, la réédition Guruguru Brain ayant « seulement » permis que le groupe se fasse entendre par-delà ces frontières). Ramayana Soul sonne trop vrillé, pour ça. J'ignore – on y revient, j'en refais l'aveu – si leur musique est ou non « représentative », en quelque mesure, d'une scène ou l'autre de leur pays, de leur ville ; elle ne sonne en tout cas pas, à mon oreille, comme une imitation, une contrefaçon dédiée à l'un ou l'autre marché d'export...

Voilà : je ne sais pas le nom, je ne connais pas la langue. Je ne sais pas lire cet alphabet, sur les panneaux signalétiques et les enseignes qui m'attrapent l’œil au moment de débarquer. Mais les contours s'élèvent nets et les nuages, sur les reliefs, et les rues, quelques pas plus loin que le quai, font aux perspectives des proportions fort belles et d'autres profondeurs – autre chose qu'un "décor".

note       Publiée le lundi 20 juin 2022

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Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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Oui, il a cet effet de distordre, déformer le temps, clairement. À la fois un effet uchronie (parce que tu as l'impression que plusieurs espaces-temps normalement distincts en font un nouveau, cohérent) et plus simplement, celui de te faire perdre la notion des minutes qui s'écoulent, par moments. (Et même à jeun ou juste au thé vert hein, ça marche, cet effet).

Note donnée au disque :       
Giboulou Envoyez un message privé àGiboulou

Plus sérieusement, chouettes premières impressions. Au delà du plaisir anthropo-musical de découvrir des groupes d'ailleurs (et pour le coup, l'Indonésie pour moi c'est un vrai ailleurs), je me retrouve assez dans la chro et les commentaires. La base "occidentale" me fait penser à The United States of America et Pisces entre autres. Mais la façon d'assaisonner avec leurs épices est délicieuse (sans pour autant tomber dans le travers "eux, ils savent vraiment utiliser la sitar, parce que Sud Est Asiatique"). Sur certains titres, le psychedelisme est réel puisque je n'ai pas l'impression que la durée affichée du morceau est correcte. Distorsion des sens.

Giboulou Envoyez un message privé àGiboulou

Punaise, y a que sur Guts que tu peux enchaîner _ au gré des commentaires postés sur une même journée- un album psyché indonésien, un album de black metal 'indian native' et un album de heavy metal avec une boîte à rythme. Rien pour ça, merci les gars ! (et les filles, hein)

Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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Gros plaisir de le retrouver, celui-là ! Un truc comme Perlahan Terjatuh, ça te choppe dans l'enveloppement de ses cordes en soie (en fait en mellotron) et de ses chants sépia-flash et une fois bien suspendu, tu te rends compte que tout est saturé, les textures crachent des particules, la princesse déambule en docs craquelées et tatouage de Rena Titañon (Melody Double-Nelson ?). Décidément pas mal fait pour me rester au-delà de la période d'enflammade.

Message édité le 13-03-2023 à 18:47 par dioneo

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Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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Oui ! Les voix, au moins autant que le sitar, les sons trafiqués, les coups de wha-wah débordante... contribuent bien au côté déboussolant de cette musique ! Peut-être bien même que c'est par elles que ce côté familier/altéré s'impose le plus "sournoisement". Je veux dire : il y a ces timbres, et cette langue, déjà, qui sonnent tout de suite très "de chez eux/elle", mais aussi par moments cette espèce d'approximation dans la note qui sonne vite "indie d'Europe/US" (pour résumer à très gros traits), finalement assez inattendue dans ce contexte psyché/exotica (mais encore une fois : qui est exotique là-dedans, le groupe ou "nous", sachant en plus qu'au départ le disque n'était pas forcément appelé à être entendu "d'abord de l'étranger" ?). Et aussi la confusion parfois entre les deux - on n'arrive pas toujours avec certitude à déterminer si c'est m'sieur Ishanders ou m'ame Destian qui chante, je trouve...

Ce serait bien cool que le groupe ressorte un truc, soit dit en passant... Après, rien ne semble avoir fait surface entre 2015 et maintenant... Je ne sais pas trop où ils en sont, en fait. Vais me mettre en mode recherche pour voir si on trouve trace d'eux encore, si l'entité existe encore ou quoi, tiens. (EDIT après quelques clics : bon, rien sur leur facebook qui daterait d'après 2017, instagram apparemment supprimé ou n'existant pas, en suivant le lien depuis ladite page FB... Je doute, là).

Message édité le 22-06-2022 à 10:01 par dioneo

Note donnée au disque :