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Dälek › Precipice

cd • 10 titres • 46:30 min

  • 1Lest We Forget
  • 2Boycott
  • 3Decimation (Dis Nation)
  • 4Good
  • 5Holistic
  • 6The Harbingers
  • 7Devotion (When I Cry The Wind Disappears)
  • 8A Heretic's Inheritance
  • 9Precipice
  • 10Incite

line up

MC Dälek (MC, production), Mike Manteca (production)

Musiciens additionnels : Adam Jones (guitare sur "A Heretic's Inheritance"), Joshua Booth (guitare), Jeremy Winter (basse)

remarques

chronique

Styles
hip-hop
indus
ambient
shoegaze
Styles personnels
dälek fait du dälek

Grasse mat' en combi hazmat. Énième jour de poussière, asséchement imminent du groupe électrogène. Mon passé se répète dans ma tête, comme un gros pouls mou. Un nouveau Dälek est sorti, la pandémie n'a eu aucun effet, j'ai l'impression d'être en 2007, en 2009, j'sais plus, j'ai surtout l'impression que la télé fourmille. Grésille, brumise, comme cette guitare électrique sans âge, comme ce sample qui n'en est peut-être pas un... On sait jamais trop avec DäDä. Mais j'ai plus de téloche depuis des années, donc c'est ma chaîne, et elle fait un bruit de... chaînes ("Devotion"). Sûrement un lien à faire avec les chants de prisonniers noirs compilés par Lomax. Pas l'temps, là, j'pousse le son, pour ressentir au max. Son du matin gris pâle, pastel, éternel. Combinaison étant épaisse, musique sévère est nécessaire. Encore un truc de vieux éléphant, pour garnir ce cimetière de CD, archaïque bidule le cul entre deux formats. Pachydermique est la rythmique, comme les doomosaures disaient dans l'temps. Pataude est la nouveauté. Blasé est le feeling. Sensation de succédané, on va pas le nier. Mimique d'une réplique de secousse sismique d'époque révolue. Parfum de prothèse. Mais grosse, krösse prothèse. Dru du son, et ça n'est pas du tout une surprise. On a souvent mis en avant le côté intello-geek-compatible de Dälek, mais c'est aussi du bon gros rap de bœuf quand ça veut en faire, avec ce flow monotonal très Mr. T du mic : j'en veux pour preuve cette "Boycott" tankée comme une planète-bunker, scarifiée par sa distorsion aveugle et zébrée de sons psyché-souk, qui fait BOOM-BOOM-TCHACK avec de très grosses basses à fendre un gamos en deux. En 2022 le gros hip-hop de brute est encore là. À la fois très atmosphérique et très brutal, Precipice montre cette compatibilité contre-intuitive, de sa jolie intro ambient-post rock (quali) au gris brillant, à son final "trépanation à la perceuse". Ouais, parce que même s'il est très "étalé" comme le précédent - et truffé de détails aussi subtils que cette incrustation des visages (dont celui de George Floyd) dans la brume de la pochette très "Ancien Testament" - Precipice est peut-être le Dälek le plus bourrin depuis le monstrueux Absence... Tout en rappelant aussi - en moins "lounge-expé" - les ambiances rampantes, secrètes et progressives d'Abandoned Language. Et la difformité acide, trouble et fascinante de Gutter Tactics. Condensé de Dälek en poing serré. Tenségrité de la track-list, indéniable. Complexe, mais simple. Mais complexe. Mais très frontal. Quand il veut il va pas par quatre chemins pour vous démouler son quatre-quarts de beats massifs sur la gueule, ce gros p'tit Precipice. Que ce soit dans les textures, smog de rouille grouillante (Oktopus est plus là mais il est là, OKLM !), le pur dälekisme de "Decimation (Dis Nation)", les saveurs Mezzanine ici ou là, les hells bells de "Good" noyées dans la réverb, gimmick con et magnétique à mort, la teinte plus jazz-rap de "Holistice", ce tempo Scorn et cette tristesse totale sur l'hybride "The Harbingers", ses grincements et ses gémissements, la trame imparable du boom bap torturé "A Heretic’s Inheritance" ("tic tac motherfucker"), avec son motif semblant éternel - reste à savoir dans quelle mesure cela tient à Adam Jones (osef ?)... Ou cette "Incite" qui grésille en mettant des coups de boule. Dälek to the core, que le verdict soit précipité ou pas. Beau. Dälek est cette sensation organique, refusant, même quand elle use de synthétiseurs, la saveur logicielle, les concessions à l'écran tactile. Son son est son son, et est antique, comme la foudre. Et brutal. Coup d'os. Fractale de côtes brisées. Mais brutal sous cloche : Precipice sonne aussi asphyxié qu'ankylosé, tassé dans sa carapace. Ce vieux son qui trouve refuge dans la saturation est aussi trapu que touffu, comme en écrasement sur lui-même. Le tumulte à l'étouffée, dans lequel je me laisse sombrer avec délice, même si je me sens amer comme le MC de l'autre côté des enceintes, face à l'immensité d'incertitude... La force se confirme dans ce Dälek globulaire. Les rides, les cicatrices fusionnent dans la brume du temps. Dans les ondes, la silhouette : sentiment de stagnation, mais poids. Granit triste, gris-gris géant, statue prostrée... Bloc organique, posté sur la crête, sous de lourds nuages-tumeurs, face à l'océan numérique sans fin. Semblant vain. Mais toujours sur le qui-vive.

note       Publiée le jeudi 5 mai 2022

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Note moyenne        2 votes

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magnu Envoyez un message privé àmagnu

Je ne l'ai écouté que 4 ou 5 fois pour l'instant. J'affinerai pour le nombre de boules plus tard mais l'album de plait.

Note donnée au disque :