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Sonic Youth › The Eternal

  • 2009 • Matador OLE 829-2 • 1 CD

cd • 12 titres • 56:34 min

  • 1Sacred Trickster2:11
  • 2Anti-Orgasm6:08
  • 3Leaky Lifeboat (For Gregory Corso)3:33
  • 4Antenna6:13
  • 5What We Know3:54
  • 6Calming the Snake3:36
  • 7Poison Arrow3:43
  • 8Malibu Gas Station5:39
  • 9Thunderclap for Bobby Pyn2:39
  • 10No Way3:53
  • 11Walkin Blue5:22
  • 12Massage the History9:43

enregistrement

Enregistré en Novembre et Décembre 2008 à Echo Canyon West, NJ et Bisquiteen, MA. Produit par Sonic Youth et John Agnello.

line up

Kim Gordon (chant, guitare), Thurston Moore (guitares, chant), Lee Ranaldo (guitares, chant), Steve Shelley (batterie, production), Mark Ibold (basse)

remarques

Couverture : John Fahey

chronique

Styles
rock alternatif
noise rock
Styles personnels
100% sonic youth

Rien n’est éternel (et nous ne sommes pas immortels). Rétrospectivement c’est bien sûr ironique que le dernier album officiel de Sonic Youth s’intitule ainsi. D’autant plus quand on sait pourquoi et comment tout ça s’est terminé, un simple et banal divorce. Le problème de l’éternité, ce n’est pas que ça soit long surtout vers la fin, c’est que tout dépend du moment où on se positionne une fois que ça a commencé. Sonic Youth, en 2009, c’est un groupe qui sort des albums depuis plus d’un quart de siècle. Et qui dans le même laps de temps s’est taillé une place de choix dans le canon de la musique pop occidentale, c’est une référence, à fort taux qualitatif culturellement. Toute liste de « Les 100 albums que vous devez avoir écouté dans votre vie » qui se respecte comprends un album de Sonic Youth. Ils font partie du paysage, ils sont un passage obligé et tout le monde doit plus ou moins se situer par rapport à eux, et pour les plus pointus, par rapport à leur catalogue (on parle catalogue dans le domaine de l’art, ce qui tombe bien, Sonic Youth est l’image même du groupe toujours concerné par l’avant-garde underground ou institutionnelle). Sonic Youth a d’ailleurs fait ce chemin, né dans l’underground d’avant-garde new-yorkais hérité du Velvet, lié à la scène no-wave (Branca, Swans, Lydia Lunch et consorts), il est devenu une institution au sens propre en passant par la case « icône de l’alternative nation sur grosse majors » dans les années quatre-vingt dix. Quand Sonic Youth sort un seizième album (officiel, sans compter les projets annexes) vingt-six ans après leur premier, son écoute dépend forcément d’où on se situe sur cette éternité-là. Avec un peu de bol, c’est le premier Sonic Youth qu’on écoutera et forcément, il sera bien différent pour celui qui se le tape par simple habitude, s’étant poliment emmerdé pendant les années Jim O’Rourke, ou celui qui considère qu’au-delà de Daydream Nation c’était déjà plié et qu’ils se sont vendus (on ne ricane pas devant ce cliché éculé et bien candide) avec la vague grunge, ou du fan attentif et inconditionnel dont l’enthousiasme n’a jamais faibli depuis le jour où il a vu le clip de « Kool Things » sur MTV.

Et Sonic Youth eux-même là-dedans, c’est quoi leur place dans leur propre série avec cet album ? Un retour aux sources en quelque sorte (en voilà un autre bon vieux cliché au passage, semble-t-il obligé lui aussi), alors qu’ils signent sur Matador, label indépendant qui pèse, après quasiment quinze ans chez David Geffen. Doublé d’un autre retour aux sources, mais pas les mêmes, alors que le départ de Jim O’Rourke (remplacé d’abord sur scène puis en studio par Mark Ibold de Pavement, autre figure, un peu moins prestigieuse, du rock alternatif des nineties) semble les libérer de leur rôle de grands tenanciers d’un rock forcément très expérimental, avec moult impro noisy et atonales. The Eternal est plein de chouettes mélodies partout. C’est le Sonic Youth concis et direct du début des années quatre-vingt-dix (et donc, en mode « major »), du Sonic Youth qui ressemble au meilleur de lui-même (pour peu que ce Sonic Youth là soit considéré le meilleur). Le son est fidèle à lui-même, aussi, c’est à dire que si on aime les interactions noisy en accordage alternatif qui ont toujours fait le son de Sonic Youth, ça coule tout seul. Y a de la référence à la poésie beat et au punk underground. Y a Kim Gordon qui chante un peu mal et c’est cool. Y a Lee Ranaldo qui signe surement un peu les meilleurs morceaux sans qu’on le sache. Y a Steve Shelley qui joue de la batterie comme Steve Shelley et Thurston Moore qui joue de la guitare comme Thurston Moore. C’est un bon, un très bon album de Sonic Youth, en tout cas du point de vue où je me situe sur leur ligne d’éternité, c’est à dire ayant picoré ici et là, beaucoup dans leur période eighties, un peu moins ensuite, souvent émerveillé par leur capacité de mélanger mélodie entêtante avec dérive abrasive, le drone de noise parfois pur et dénué de direction intégré dans un format pop-rock. Et puis ce son, toujours ce son, reconnaissable entre mille (si si, je demande une validation en blind-test) qui pour une raison qui me reste parfaitement inconnue, un peu magique sans doute, fait qu’écouter Sonic Youth c’est souvent un immense plaisir évocateur de périodes rien qu’à moi, sans rapport aucun avec leur propre zeitgeist, détaché du catalogue, hors-ligne, hors-temps. Éternel, enfin tant que ça dure…

note       Publiée le mercredi 9 mars 2022

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Cinabre Envoyez un message privé àCinabre
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Excellent disque! Merci pour la chro!

Note donnée au disque :       
Giboulou Envoyez un message privé àGiboulou

@dioneo Bien vu la référence à Ribeiro et Alpes! J'y avais jamais pensé mais ça me semble évident. C'est vrai que la fin de Murray Street n'est pas en reste. Après un super concentré de Kissability (Plastic Girl), Gordon se la joue Jane Birkin sur ce Strawberry effectivement magnifique. Et pour faire le lien avec l'album chroniqué ci dessus, Massage The History est un peu dans l'esprit (en moins onirique / en plus road trip désertique), l'intention dans le chant étant très similaire à mes oreilles.

Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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@Giboulées (hum) : oui, je viens de le réécouter, l'album au filet sur fillettes, il est très chouette et cette chanson particulièrement, toujours, décidément très belle en effet. Ah et puis Sympathy for the Strawberry, aussi, en conclusion, que je trouve particulièrement magnifique. (D'ailleurs il semble que les gamines sur la pochette - dont celle de Gordon/Moore - soient en train d'en cueillir, des fraises... Est-ce aussi un hommage à la Petit Fille aux Fraises de Ribeiro et Alpes, ce titre ? Rien ne l'indique mais avec eux ça ne m'étonnerait pas plus que ça, en fait).

Allez hop, je mets ce The Eternal, du coup, dans la foulée.

Message édité le 12-03-2022 à 19:03 par dioneo

Giboulou Envoyez un message privé àGiboulou

@(N°6) Oui, ta chronique décrit très justement le côté "facile" (enfin pour eux, hein). J'y entend aussi un truc "fun" sous jacent: du plaisir à jouer ensemble, des petits clips d'oeil, j'insiste. Par exemple, sur Antenna le début de la partie instrumentale du milieu fait très Neu'75. Ailleurs, (sur Poison Arrow et non sur What We Know comme je l'ai écrit dans mon précédent post), on dirait que Thurston s'amuse à singer Scott McCloud des Girls against Boys. J'y entend même des influences de groupes plus contemporains de l'album (le son, l'ambiance me font un peu penser au très bon Down below it's chaos de Kinski).

@dioneo Ben ouais, Disconnection Notice, c'est très très beau. Peut-être un des meilleurs.

Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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Il est très cool oui Murray Street, je trouve qu'il ressort, à part dans la période O'Rourke - en fait c'est le seul de ladite auquel je revienne régulièrement, même si de temps en temps je peux m'envoyer par exemple un petit NYC Ghosts and Flowers avec plaisir, contrairement à beaucoup si j'ai bien compris, qui le trouvent pénible... Sur la Rue du Muret en question déjà y'a Disconnection Notice, qui a tendance à me coller souvent au crâne, à me popper là sans raison apparente - dans le genre mélodie qui a l'air torchée vite fait avec "facilité" justement, mais qui donc va s'incruster. Quant à cet Eternal, je me rends compte que je ne l'ai quasi pas écouté - alors que j'avais même acheté le CD. Avec tout ça - la chro et vos com - je ne vois pas trop comment j'y couperai, à le refoutre de bon dans le lecteur, tiens, plutôt tôt que tard.

Message édité le 12-03-2022 à 15:55 par dioneo