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Jean-Luc Le Ténia › Haute-couture

cd • 22 titres • 58:58 min

  • 1Hélas4:19
  • 2Incubator2:12
  • 3Blonde avec les yeux bleus1:51
  • 4Court sur patte1:38
  • 5Haute-couture3:17
  • 6Je m’ennuie2:10
  • 7Je n’en ai pas assez3:20
  • 8La passerelle2:11
  • 9Immuable2:33
  • 10La viande reconnait la viande2:00
  • 11Tu es frigide3:44
  • 12Sciences-Po2:43
  • 13Je veux de l’argent1:27
  • 14Le pire2:20
  • 15Ma dernière admiratrice2:19
  • 16Je n’espèrais plus3:23
  • 17Nocturne au jardin4:00
  • 18Portrait vivant3:29
  • 19Sors-moi de là3:31
  • 20Triomphal2:03
  • 21Ici2:27
  • 22Goût au soleil2:01

line up

Jean-Luc Le Ténia

remarques

http://teniadiary.fr/haute-couture/

chronique

Styles
chanson
lo-fi
Styles personnels
la vie c'est de la merde

Pourquoi celui-là ? Parce que c’est le dernier. Et parce que « Je m’ennuie » est la description la plus incroyablement littérale de la dépression, dénuée de tout romantisme morbide, une chose pratique, triviale. La trivialité, c’est à la fois la force et la limite de Jean Luc Le Ténia. Sur une de ses instrus Casio toute cheapos, il déroule la monotonie de sa vie, comme dans son journal la litanie de titres de films, de livres et de séries qu’il ingère, ponctuée de moments au bar familier. La consommation culturelle ne sauve pas. C’est une fuite en avant, une accumulation de références qui, hors de tout échange social, professionnels, amicaux, amoureux, ne sert à rien. Juste à tuer l’ennui quelques heures de plus avant de finalement se tuer soi-même (ou de laisser faire, c’est selon les moyens). L’enchainement avec la chanson suivante est alors parfait, sur une instru en arpèges frénétiques, Le Ténia commence par : « Si ça se trouve dans deux mois je m’serai suicidé ». Il mettra un peu plus de temps (une année et quelques mois) mais il y viendra. C’est parfait et un peu gênant aussi, même si cette adresse à la dernière fille avec qui il aura couché est une des réussites de l’album, parce que c’est toujours un peu gênant de s'y vautrer à ce point. Y a là-dedans une forme de complaisance un peu moche, voire de petite bassesse. Et l’oeuvre, grand mot utilisé exprès, du Ténia n’en est pas exempt, surtout quand il tombe dans des travers assez misogynes (« Tu es frigide », au secours). Mêlant à cela une vision finalement très fleur bleue des relation amoureuses, toujours sur le mode du gentil garçon qui doit être sauvé (de sa propre compagnie sans doute, et on le comprend), y a parfois un fumet pas trop ragoutant qui se dégage de la production prolifique du Ténia. Obsédé par le sexe, Le Ténia ramène tout à sa bite, dont il parle quand même un chouia trop pour que ça ne provoque pas un certain malaise, avec lequel il joue. C’est que « fleur bleue », ça rime avec « sucer ma queue ». La trivialité du Ténia, c’est une observation à raz de terre, à laquelle tout le monde peut s’identifier. Bah, oui, c’est ça l’amour aussi, tout le monde le sait. Comme disait Gaspard Proust, le foutre, c’est de l’amour en gelée.

Alors Le Ténia y va de son humour charcutier sur « Science-po » et son instru proprement débile. Charcutier toujours quand il évoque un certain dégout du corps, le sien, avec analogie porcine mi-repoussante mi-amusante, presque mimi dans le fond. Avec toujours quand même, ce fond de complaisance pour sa propre misère, que l’humour ne sauve jamais, sur laquelle nulle éclaircie ne vient jamais vraiment jeter une autre lumière, un autre point de vue, décentré de lui-même. Ses chansons d’amours les plus littérales, encore, sont alors assez niaises, triviales aussi dans leur vision idéalisée. Le Ténia est défait, il n’a plus la folie, ni la rage, des vraies chansons absurdes du temps où il était le meilleur chanteur français du monde, quand poussé par Didier Wampas notamment il a connu son petit quart d’heure de gloire, sur un malentendu. Le Ténia s’est isolé, Le Ténia a continué son journal, en chansons, dans son coin, sans trier car on ne trie pas les entrées d’un carnet intime. C’est bien le problème à l’écoute. Car c’est la sélection qui révèle pourquoi Le Ténia pouvait être bouleversant pour certains, sa faculté de mettre des mots sur une vie banale, monotone, triste, qui renvoie à nos propres instants de vide, où regarder l’abysse n’a rien de romanesque. Ce savoir-faire de bricoler des ritournelles, ici quasiment uniquement à base de programmations de claviers vraiment cheap, l’aspect « boucle » rendant encore plus poignant ce sentiment d’inéluctabilité, comme sur « Hélas », génie du titre au passage, ou « Haute-couture » qui ressemble à une démo de morceau pop qui, dans un autre monde, aurait pu devenir une sorte de hit dépressif. Souvent le Ténia ne se casse même plus à chanter bien, lui qui en est parfaitement capable quand il ressort sa guitare sur « Je n’espérais plus », Le Ténia sait que plus personne ne l’écoute alors à quoi bon ? Il fait ce qui est suffisant pour tirer un sombre bilan, « Le pire », inventer (ou retranscrire ?) un dialogue avec sa « dernière admiratrice », meilleur morceau de ce dernier album avant la fin, pas moins désespéré mais beaucoup plus fin dans sa dialectique peut-être imaginaire (elle en fait un peu trop, non, l’admiratrice, pour que ça soit complètement détaché de l’univers fantasmatique du Ténia et son obsession un peu puérile d’être sauvé par le désir qu’il susciterait).

Boule de frustration repliée sur elle-même, celui que certains avaient surnommé le Daniel Johnston français n’avait semble-t-il pas saisi la leçon de la plus grande chanson du Texan bipolaire, « Love Will Find You in The End ». Même si ce n’est pas vrai, ça vaut le coup de le chanter, dans un élan de générosité perlocutoire. Les chansons du Ténia étaient comme prisonnières de sa propre vision de lui-même, comme le négatif des vies rêvées qui s’exposent sur les réseaux sociaux. Une vie forcément moche. Regardez comme elle est moche ma vie et comme je suis malheureux. Ça fait encore quelques bonnes chansons, mais pas suffisamment. Tout comme faire des chansons ne lui a pas suffit, ne l’a pas sauvé.

note       Publiée le vendredi 25 février 2022

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(N°6) Envoyez un message privé à(N°6)
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Un des problèmes, c'est que c'est pas trié (contrairement à l'autre album dont on parle, chro dispo de suite, wow !). Et que j'ai toujours un problème de façon générale avec la complaisance, et l'effet d'accumulation de son écriture ne fait qu'amplifier la chose. Faut picorer quoi, y a clairement de très belles choses.

Message édité le 27-02-2022 à 20:59 par (N°6)

Note donnée au disque :       
Rastignac Envoyez un message privé àRastignac
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J’en ai pas mal écouté du ténia quand j’ai lu son journal publié il y a quelques années. J’ai senti beaucoup de camaraderie post mortem, je n’ai pas vraiment senti la gêne. Je crois même que le bouquin et effectivement trié sur le volet quelques chansons poignantes m’ont laissé une petite place permanente au JL dans ma boite à déprime alcoolisé, qui ne ramène pas les gens les plus cools du monde au comptoir, c’est vrai. J’ai trop souvent vu la mysoginie bête comme pathétique peut-être, consubstantielle à l’autoflagellation, le mépris de soi, ça devait coller au panorama pollué de cet enfer. Palme à « l’âme du Mans » qui pourrait être chantée par pleins de gens ayant subi les villes moyennes de France.

Message édité le 27-02-2022 à 18:32 par Rastignac

Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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J'ai surtout écouté l'autre album que tu évoques, Le Meilleur Chanteur Français du Monde - en fait quasi seulement, j'ai jamais eu l'impulsion (on va dire) de revenir aux autres que j'avais survolé mais... Ouais, je reconnais bien l'impression que ça m'avait laissé : le truc aussi sincèrement niqué que ça en avait l'air, le doute du "il déconne ou pas" qui s'envole assez vite tellement il insiste, avec parfois des montées de nerfs qui font vraiment pas "jouées" ; des espèces de fulgurances molles de temps à autre dans le flot dépressif-ordinaire... Et aussi oui : un côté obsédé misogyne de base assez déplaisant, le manque flagrant de l'idée que "tout ça pourrait aller ailleurs, plus loin"... Avec au bout en effet un goût de "c'était quelque chose mais dommage qu'il ait rien osé de plus". (Et pour l'avoir vu en concert et avant/après, dans un truc où j'étais à l'époque stagiaire/poseur de perches à micros au black, je dois dire que comme ça en direct, l'impression mitigée/trouble, le malaise et les coups de "putain bravo bien vu" étaient bien là aussi, encore plus palpables forcément).