Vous êtes ici › Les groupes / artistesGMyriam Gendron › Ma Délire - Songs of Love, Lost & Found

Myriam Gendron › Ma Délire - Songs of Love, Lost & Found

lp/cd • 15 titres • 75:00 min

  • 1Go Away from my Window4:18
  • 2Poor Girl Blues5:00
  • 3C'Est dans les Vieux Pays6:04
  • 4Shenandiah (I)3:37
  • 5Waly Waly6:09
  • 6Par un Dimanche au Soir5:29
  • 7Au Cœur de ma Délire6:55
  • 8I wonder as I Wander4:38
  • 9La Jeune Fille en Pleurs4:35
  • 10All the Pretty Little Horses4:32
  • 11Une Rose (pour Richard)5:03
  • 12Farewell4:17
  • 1331/10/20113:24
  • 14Le Tueur de Femmes7:04
  • 15Shenandoah (II)3:36

extraits vidéo

  • Il y a des extraits vidéo pour ce disque. Connectez-vous pour les écouter.

enregistrement

Enregistré à la maison au début de 2021. Mixé par Myriam Gendron et Tonio Morin-Vargas. Réalisé par Myriam Gendron, Éric Villeneuve et Tonio Morin-Vargas. Matriçage par Harris Newman chez Grey Market Mastering.

line up

Myriam Gendron (voix, guitares acoustique et électrique, harmonica)

Musiciens additionnels : Chris Corsano (batterie sur La Jeune Fille en Pleurs), Guillaume Bourque (clarinette basse sur I Wonder as I Wander), Tonio Morin-Vargas (moog sur C'Est dans les Vieux Pays et Par un Dimanche au Soir), Bill Nace (bandes et solos de guitare sur C'Est dans les Vieux Pays), Simon Pagé (harmonium sur I Wonder as I Wander), Ben Paradis (trombone sur Farewell)

remarques

Coproduction Feeling Tube Records/Les Albums Claus.

chronique

« Il n'y a pas d'autre manière pour moi de faire de la musique que d'en faire AUJOURD'HUI. Puis il n'y a pas moyen pour moi de faire de la musique autrement qu'à partir de ce que je sais, puis de ce que j'aime, puis de ce que je connais. Donc le passé, le présent et à la limite le futur se parlent, à travers moi, de manière assez naturelle »...

Myriam Gendron sait en parler. Du folk. Des chansons qui voyagent et changent sur le chemin, se buttent et mutent en touchant les langues nouvelles, en même temps que les rivages, bocages, forêts, quartiers. Les peuples, les mains, poitrines, les instruments et les formes des gammes, des inflexions modales où elles passent et s'enracinent. Là où elles poussent en feuilles, branches, radicelles... Elle raconte – depuis Montréal – qu'elle a dû dépasser le mot, l'image collée dessus, les notions que d'autres, à ses oreilles, à celle de sa génération, avaient flétries, confites, reprendre le flot là où il n'avait pas gelé. Le « folklore », j'entends. Le « trad » etc., pour n'en faire plus du pittoresque, du mémorial, du musée. Du folk qui ne soit pas la Bottine Souriante – mais qui soit de la vie actuelle, qui résonne avec la sienne et celles et ceux qui viendront, quelque soit l'âge des mots remis, de la mélodie, marqués de sa main le matin même pour ne pas oublier ou ramenés des fonds anonymes, origines et transformations perdues depuis longtemps, hypothèses émises ou pas.

Myriam Gendron sait en faire – sait y faire, avec tout ça. Avec ces jours, ses latitudes, tout ce qui est perdu, tout ce qui cherche et se cherche, dans ces répertoires, dans ce qui vient d'elle ici-maintenant, dans ce qu'elle chante et joue. Qu'elle soit seule avec sa guitare, ces inflexions et couleur dans le français qu'elle dit, qui ne sauraient être d'ailleurs. (Oui : l'accent... Et alors ? C'est refaire, l'accent, défaire le standard, remodeler avec ce qu'on trouve et ce qu'on avait, ce que celles et ceux d'avant avaient apporté, encore). Qu'elle convie au cœur des périodes anciennes l'électricité – terriblement poignante, merveilleuse flamme basse, bleue, intense, à la fin de C'Est dans les Vieux Pays (où passent aussi ces bandes, ces bouts de réel trivial – et beaux pour ça, parce que c'est à cette hauteur là, humaine, immanente, isolée mais pas coupée des mondes dont ça cause). Qu'une batterie s'en mêle (La Jeune Fille en Pleurs – la première entendue, ici, et ça n'aurait pu mieux commencer). Ou bien cette clarinette basse, ailleurs, l'harmonium, le moog... Avec ces bouts de phrases qu'on a cru, qu'on a ouï ailleurs, déjà – sur quoi on cherche un instant à mettre le doigt, avant de se laisser aller à leur allure neuve, appropriée, reprise autrement.

Ces fragments, parlons-en, d'ailleurs. Dans le folk – dans nombre de musiques qui en un point ou l'autre prennent ce nom – ils font souvent signal, autant que scansion. Rappel, oui – souvenir qu'à force on ne peut plus cerner mais qui toujours induisent. Et c'est bien l'un des tours le plus frappant, là, de cette musique – de la façon dont Myriam Gendron use du procédé. Cette... Relocalisation – quitte à retourner ce bout-saisi contre le cliché qu'il avait pu devenir. Lui insuffler une présence singulière, continuée mais ravivée, animée encore une fois comme il n'aurait pu l'être ailleurs, une autre fois. Ce refrain apparemment coupé du sens des couplets, tiens, par exemple, sur La Jeune Fille en Pleurs, encore. « J'entends la chanson sereine du rossignol joli »... Souvent, dans les chansons collectées – en France, Nouvelle ou pas, partout où l'idiome s'articule – c'est un funeste présage, ce fragment, qui tranche par contraste en pleine histoire de meurtre hideux, ignominieux (prenez, au hasard... le glaçant Écolier Assassin de Malicorne, tiens). Ici, certes, la chanson – en pleurs, on vous dit – est triste. Mais ce refrain sur l'oiseau se charge de tout ce qu'on, ce qu'elle désire. Ce qu'elle veut. Ce qu'elle craint. Le ver sans âge se frotte au parler du notre – du sien, latitude, pays, province de celui-là, ville, chambre. (« J'ai jamais été si bonne/J'ai des désirs plein la tête/Chu toute ébouriffée/Pi j'arrête pas de crier »... De crier, on notera – et non plus de pleurer, déjà). Et la chanson, poignante – oui, et qui m'attrape toujours par le ventre – se met à luire d'autre chose que d'un présage de mort. A raconter à la place tout ce qui veut perdurer, grandir, déferler, s'affiner.

C'est l'un des traits les plus constants, de fait, sur ce disque, chez elle – cette inflexion du goût endémique que peut avoir « le folk » pour le malheur, la défaite, les souffrances, au moins depuis les décennies où l'on s'est mis à le consigner, puis à l'enregistrer, au dernier siècle ou celui (ceux ?) d'avant vers autre chose. Cet art de dévier la complainte, l'élan-de-désastre vers le désir d'éclore hors de ça, serait-ce depuis ça. Depuis le doute. Depuis les peurs. Depuis la semblance sans fin des jours et des soirs. Par cette voix, bien sûr – si sobrement expressive quand les mots sortent bruts, chaleureuse quand elle chante ce qu'elle n'aura pas, ce que celle, celui qui narre n'aura pas. Par cette plasticité, aussi, justement, des rôles, des voix qui s'expriment dans les chansons – certaines chansons par exemple sont prises au masculin, ou du moins ont été écrites comme ça, dans cette perspective. Myriam Gendron n'y change pas un mot. Rien n'y fait joué – et rien non-plus n'y fait discours sur le genre. Simplement, la chanson, comme ça aussi, s'affirme possible – plausible, aimable, entière, intimement remuante. Et puis bien sûr, on y revient : il y a cette incroyable fluidité, cet indiscernable dans ce qu'elle mêle – ce qu'elle écrit, ce qu'elle adapte, ce qu'elle reprend, parfois dans une même chanson. Ces passages – pourtant parfaitement audibles, connus ou deviné – de tel ou tel texte d'une langue à l'autre, qui ne sonnent jamais « dénaturation », doublage pour ne pas choquer l'habitude de telle ou telle audience. Il y a le choix, dans les textes, les ritournelles « canoniques ». Il y a le « natif », l'élisabéthain, peut-être l'acadien, les tournures tombées de l'anglo-normand et l'argot des rades qui se confondent et marquent. Il y a Shanandoah – jouée d'abord sans paroles puis plus loin, à la fin, chantée en anglais (et cette deuxième fois, comme captée, enregistrée à distance, d'un fond de pièce), dont elle admet n'avoir gardé que ce qu'elle voulait, que la part de beauté qui lui parlait. Pas – encore – la supposée inéluctable fin, me semble-t-il... Il y, juste avant ça, Le Tueur de Femmes – et sa conclusion magnifique, même pas vengeresse ou alors si, mais surtout pour liquider, solder enfin cette affaire de Barbes Bleues au pied plus ou moins grand, d'un geste rapide, avant de recommencer à longer le rivage, en jurant qu'on ne mentira pas sur ce qui s'est passé...

Ô liberté rare, à vrai dire. Consciente, sans doute, de ce qui guette, veut empêcher, des limites palpables du monde. Mais qui connaît les chemins, sait comment on les trace, ose s'engager ailleurs. Cette chanson oui... Les autres. Ce disque – avec son titre confondant d'évidence, comme émis de vive voix au moment d'y penser, son tiret qui fait axe, pivot autour de quoi les deux termes semblent se refléter, se répondre. « Lost and Found », elle dit. Arrivée là, « sa délire ». Je me rappelle par qui, pour ma part, jusqu'à moi. Je vois bien quelques-uns des « où ». J'aime l'air que j'y respire, où il m'emmène. « Alors durant q'nous y sommes/Passons-y bien notre temps/Les doux plaisirs de l'automne/Valent bien ceux du printemps »... Eh. J'en reste encore muet. Une fois de plus, je ne l'avais pas vue venir. Une fois de plus, à cet instant, alors, la guitare qui perce, et s'arrache, et s'élève. Il ne s'agit pas de rétorquer, puisqu'ici « l'amour » et ses chansons ne sont pas mièvres – convenances, images, figure d'un style qu'un temps ou l'autre aurait vidées en passant trop au loin.

note       Publiée le jeudi 24 février 2022

Dans le même esprit, Dioneo vous recommande...

réseaux sociaux

dernières écoutes

  • WZX
  • No background
  • Chris
  • Ntnmrn
  • kranakov
  • Tallis
  • WZX
  • Tallis
  • Tallis
  • Tallis
  • Ntnmrn
  • Connectez-vous pour signaler que vous écoutez "Ma Délire - Songs of Love, Lost & Found" en ce moment.

tags

Connectez-vous pour ajouter un tag sur "Ma Délire - Songs of Love, Lost & Found".

notes

Note moyenne        8 votes

Connectez-vous ajouter une note sur "Ma Délire - Songs of Love, Lost & Found".

commentaires

Connectez-vous pour ajouter un commentaire sur "Ma Délire - Songs of Love, Lost & Found".

Coltranophile Envoyez un message privé àColtranophile

Je dénombre 4 quatre versions de "All the Pretty Horses" sur le site (dont deux sur le même disque). Celle ici présente est la plus belle à mon sens.

Note donnée au disque :       
Giboulou Envoyez un message privé àGiboulou

L'amour fait plus de carnage que 100 loups dans un troupeau....

Note donnée au disque :       
Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
avatar

"Mais d'un (fond des) âge(s immémoriaux) agréable et charmant..."

Message édité le 10-11-2022 à 11:34 par dioneo

Note donnée au disque :       
Coltranophile Envoyez un message privé àColtranophile

Le son d'un "C'est dans les Vieux Pays", de "Par Un Dimanche Soir" ou "Au Coeur....." n'est pas daté, à mon goût. Il est ramené à son os et sa moelle. C'est d'avant un temps. On en a perdu la trace mais il réapparait comme une évidence.

Note donnée au disque :       
Tallis Envoyez un message privé àTallis

Ce disque est un vrai miracle.

Note donnée au disque :