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Pimmon › Assembler

  • 2000Fällt F.0012.0001 • 1000 copies • 1 CD

cd • 12 titres • 59:59 min

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informations

Non renseigné

Accompagné de 10 mp3 bonus d'une minute chacun, non chroniqués ici.

line up

Paul Gough (sons digitaux, assemblage analogique)

chronique

A partir de « Assembler », l'entreprise de Paul Gough se montre tout aussi généreuse dans les trois sens qui semblent intéresser l'Australien : l'ouïe, la vue et le toucher. Ses créations malmènent en permanence les paradigmes musicaux de son auditeur tout en impressionnant par leur entropie démoniaque. Là où de nombreux musiciens estampillés glitch ne parviennent pas à dépasser un simple plaisir geek et proposent une musique désincarnée, Pimmon propose des créations hantées, intimidantes et instables mais accrocheuses et jouissives. Dès le départ, « %Macro.Prologue », Pimmon dématérialise, massacre les repères de l’auditeur avec un assaut puissant qui se mue bientôt en brouillard électronique à la Iannis Xenakis. Un véritable sas de décompression avant l’assaut « Rotate 1 », l’une des plus impressionnantes démonstrations de Pimmon dans un registre noise : il y conçoit une machine rotative vorace qui semble trouver sa stabilité dans un état permanent de surchauffe. Assembler dégage une énergie incontrôlable et extrêmement accrocheuse qui manquait aux essais précédents de Pimmon ; il pousse aussi le bouchon encore bien plus loin en matière d’abrasivité et de textures impensables. De quoi calmer instantanément des fans de Tim Hecker qui se seraient égarés, tout comme l’écurie Mego, à laquelle les travaux de Paul Gough ont été comparés alors qu’il les réduit ici au rang de simples bidouilleurs…

N’y voyez pourtant aucun sadisme : si les tympans ploient et le sang se glace devant des structures terrifiantes de pureté inhumaine, c’est également ici que commence la magie du son Pimmon, teasée dans mes chroniques précédentes… Humble sound designer, Paul Gough se présente comme un simple assembleur de textures trouvées par ses bidouillages. Ce serait faire peu de cas de la personnalité farouche qui se dégage de ces sons : il y a une patte Pimmon au même titre qu’il y a une patte Oval. Assembler est très ample dans sa palette sonore : loin de se borner aux cliquetis typiques du glitch, il utilise une grande variété de chuintements complexes, fascinants de par leur décontextualisation. Une démarche qui le rapproche des compositeurs de musique concrète, sauf que Paul Gough est éloigné de tout académisme, isolé dans sa banlieue de Sydney, simplement raccroché à d’autres explorateurs par internet… Une autre spécificité vient de son utilisation des mélodies, généralement des boucles obsédantes, lointaines mais étrangement familières, comme des réminiscences tronquées par la mémoire. « Repeat », l’une de ses compositions les plus ambitieuses à ce stade, est un bon exemple. Après une chaotique tempête électronique, une mélodie gagne subtilement en importance. Elle se fait d’abord timide, presque masquée, salopée par d’étranges grincements ; avant d’émerger, pure et éblouissante, bientôt enveloppée d’une tornade de micro-bruits parasites. Quasiment de la harsh noise, mais belle comme le jour et légère comme une plume… Cette plage forme d’ailleurs le noyau de l’album avec sa successeuse, « Xlat ». On entre cette fois dans un drone instable et inhospitalier ; l’espace s’agrandit et des formes indéfinissables s’agitent dans l’ombre, à la lisière du regard. Subtilité de la matière sonore, mais aussi de la mélodie qui nous envahit bientôt les tympans, ni mélancolique ni vraiment angoissante, simplement autre. Avant de se faire broyer par une nouvelle immense machinerie… Que peut-il exister après ça ? Un ultrason façon acouphène, qui se poursuivra dans la très abstraite « Dt 3.1415926535897952384 », qui se mue en pourvoyeuse de jouissance perverse au casque… Si vous êtes aussi tordu que moi, bien entendu. Et si le disque a commencé bruyant, il finit de manière torve et léthargique, Paul Gough continuant de fourbir ses armes en prévision des travaux à venir, plus émotionnels. Des essais honorables tels que « Number_Overflow » et le morceau-conclusion qui ne sont toutefois pas à la hauteur de ce contiendront les albums suivants.

Assembler n’est pas un disque facile, c’est une évidence. Il faut s’y abandonner, sans peur de se faire malmener par certaines fréquences. Il parlera plus facilement à des fans de noise ou de musique concrète que d’electronica, même quand elle est aussi abstraite que chez Autechre, bien qu’il se situe dans un espace intermédiaire entre les deux. Je reste persuadé que Pimmon n’a pas trouvé son public, et qu’énormément d’oreilles aventureuses pourraient être séduites par son travail. Avis aux amateurs de sonorités jamais entendues et de grammaires musicales aliens !

note       Publiée le dimanche 26 mai 2024

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    saïmone Envoyez un message privé àsaïmone
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    Du Raster Noton chez Otomo Yoshihide (ou l'inverse). Génial mais épuisant