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Jean-Louis Murat › Grand lièvre

  • 2011 • V2 277 5291 • 1 CD

cd • 10 titres • 48:48 min

  • 1Qu’est-ce que ça veut dire6:48
  • 2Sans pitié pour le cheval3:39
  • 3Rémi est mort ainsi4:46
  • 4Alexandrie6:34
  • 5Haut Arverne5:46
  • 6Je voudrais me perdre de vue5:19
  • 7Vendre les prés3:40
  • 8Le champion espagnol4:26
  • 9Les rouges souliers3:53
  • 10La lettre de la pampa3:57

enregistrement

Enregistré aux studios de La Fabrique.

line up

Jean-louis Murat (chant, guitare, piano, choeurs), Fred Jimenez (basse, choeurs), Stéphane Reynaud (batterie) Slim Batteux (piano électrique, orgue), Alain Bonnefont (choeurs), Laure (choeurs), Christophe Pie (choeurs)

remarques

chronique

Styles
chanson
pop
rock
Styles personnels
murat slowcore choral

Revenu de son escapade à Nashville, le brenoï n'est jamais meilleur que chez lui. Nulle hausse de ton pour cet énième album aux apparences douces, voir languides, où les mélodies en rappellent parfois d'autres, une familiarité qui se fond en drôle d'inquiétude devant ce Grand lièvre qui recèle des trésors de noirceur cachée dans les hautes-herbes. Murat retrouve sa fidèle section rythmique Reynaud/Jimenez qui déroule presque impassiblement, soutenue par les claviers aux couleurs très seventies de Slim Batteux, comme un fantôme de Clavaizolle. À près de soixante balais et une grosse vingtaine d'albums au compteur, Murat laboure son chant maintenant familier, renouant ici et là avec la suavité qu’il taquinait du temps de sons plus synthétiques. Mais il émerge aussi un sentiment nouveau apporté par l'omniprésence des choeurs, majoritairement masculins, et ce sur chaque morceau. Parfois très mélodiques voire pop, ailleurs plus dissonants, prenant la forme d'invocations mystérieuses ou de prières, ils bouleversent le ronronnement douillet de la musique du brenoï, et bouleversent tout court comme sur « Je voudrais me perdre de vue », pic d’anxiété de l’album. Une chanson intime sans refrain, construite en paliers successifs d’identité en fission, qui prend grâce à ces voix qui s’élèvent à la fin en glossolalie inquiète une ampleur d’élégie tragique, avant de retomber dans le marigot bluesy de laquelle elle s’était extirpée. Se perdre de vue, perdre la mémoire, dès le début, « Qu'est ce que ça veut dire », où jamais l'écriture cryptique de Murat n'aura autant trouvé sa justification. Et sa voix trafiquée qui hulule au refrain, implorant des réponses à son cerveau qui l'abandonne, donne le ton d'un voyage bien sombre.

La mémoire, celle des guerres et de leurs victimes, la Grande Guerre de 14-18 où un autre Jean-Louis Bergheaud trouve la mort, « Sans pitié pour le cheval ». Murat l'évoque, cet authentique autre lui au milieu du chaos, chanson tendue, ramassée, concise, à laquelle des harmonie vocales inattendues viennent mettre un point final dramatique. Autre mémoire, autre héros de guerre, plus antique, « Alexandrie », lente complainte où les choeurs (grecs cette fois) invoquent l'esprit du fils de Philipe de Macédoine, autre grand cavalier, mais aussi et surtout d'Alex, jeune femme fauchée par la Camarde, dans un mélange étrange de sensualité et d'oraison aux morts. « Rémi est mort ainsi », toujours la mémoire du passé qui remonte, l'enfance à la sortie de la guerre, ballade caressante comme du temps où Murat était en plein air. Car il n'appuie jamais ses effets, modèle des formes agréables pour faire passer la pilule amère, comme les délicieux « Rouges souliers », légèrement pop comme on n'en attendait pas au milieu de ces litanies, aussi belles fussent-elles. Mais sa vérité est ailleurs, dans la terre, celle qu'on vend et qu'on quitte, « Vendre les prés », ode aux exils ruraux, portrait d'un monde qui se délite façon Depardon; et « Haut Arverne », plus spécifiquement auvergnate, la montagne qu'il foule et qui se couvre d'une grandiose mélancolie. Cet espace incliné comme terre des héros, on y revient toujours, à cheval ou à vélo, « Le champion espagnol », évocation du grimpeur épique Bahamontes, où quand la mélodie s'interrompt, c'est aux bords de la route du col pour y trouver des accents enfantins d'admiration. Aucun doute, Murat n'est vraiment bien que dans les altitudes, lui qui rêve à s'élever au dessus du bourbier, il s'écrit une missive comme une déclaration d'intention, « La lettre de la pampa » : pour calmer l'incendie qui le ronge il n'a que le travail, ce travail incessant. Qu'il continue le brenoï, sans changer de braquet. Qu'il ne s’interrompe jamais, en attendant l'hiver, et l'hibernation.

note       Publiée le jeudi 29 juillet 2021

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