Sigur Rós with Steindór Andersen, Hilmar Örn Hilmarsson, María Huld Markan Sigfúsdóttir › Odin's raven magic

  • 2020 • Krunk KRUNK41CD • 1 CD digipack

cd • 8 titres

  • 1Prologus
  • 2Alföður Orkar
  • 3Dvergmál
  • 4Stendur Æva
  • 5Áss Hinn Hvíti
  • 6Hvert Stefnir
  • 7Spár Eða Spakmál
  • 8Dagrenning

extraits vidéo

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line up

Sigur Ros, Steindór Andersen, Hilmar Örn Hilmarsson, María Huld Markan Sigfúsdóttir

remarques

https://store.krunkrecords.com/
Existe en format 2 LPs, vinyl blanc ou noir.

chronique

Si je le pouvais, j’écrirais cette chronique en runes; une alphabète magique pourrait en effet s’avérer nécessaire. Comment user de simples mots de mortels lorsque l’on a contemplé la Beauté en face ? Contrairement à Rimbaud, je ne l’ai pas trouvée amère et je ne l’ai pas injuriée, je suis tombé à genoux, humble, contrit, vermisseau, muet, les yeux baignés de larme… Qui sont les coupables de ce miracle musical ? Des Islandais bien sûr, Sigur Rós, accompagnés de Hilmar Örn Hilmarsson, musiciens, compositeur et prêtre ásatrú, Steindór Andersen, pêcheur, capitaine et accessoirement chanteur de rímur (poèmes traditionnels islandais), ainsi que la musicienne María Huld Markan Sigfúsdóttir. Etonnamment, cet oratorio date de 2002 déjà mais ce n’est que l’an dernier que son enregistrement est sorti physiquement. Le thème s’inspire d’un poème, le ‘Hrafnagaldur Óðins’, écrit dans un style similaire à l’Edda poétique, le spectacle mêlant musique classique contemporaine, rímur, post rock et visuel. Le prologue est d’emblée pour moi porteur d’images, celles d’un corbeau survolant les terres désolées de l'Ile, la mer, avec des nappes de cordes célestes, belles, ombrées, inquiètes, évoluant au gré des vents, des courants, avec quelques menaçantes montées percussives en arrière-plan. Une forme de calme étrange, brumeux, tombe, la voix débute… Et quelle voix ! Belle, plaintive, émouvante à en déchirer le coeur dans une forme de fragilité humble, soutenue discrètement par le choeur dès le milieu du morceau. ‘Les oeuvres de tous les pères’, ‘Alföður orkar’, tout est dans le titre… Humilité, reconnaissance, fierté aussi, comme les piliers d’une histoire immortelle ancrée à jamais dans le sol… Une montée du choeur des ombres, de l’instrumentation, et de nouveau, cette voix solitaire… Difficile de garder les yeux secs, la beauté de la langue islandaise y est sublimée. ‘Dvergmál’, le langage des nains, apporte une touche plus légère, avec un jeu de percussions pas si éloigné des steel drums mais version polaire, qui m’évoque volontiers la besogne des petits personnages, creusant inlassablement, sous la montagne. Le ton est plus aéré, même à travers les parties de cordes. Progressivement, le rock s’invite dans le classique pour fusionner en une forme de post rock flamboyant à la rythmique légèrement jazzy. C’est clairement le moins bon moment du disque mais peut-être une pause plus légère était-elle nécessaire ? Le titre suivant reprend le jeu de percussions mais évoquant d’avantage les gouttes d’eau lors de la fonte des glaces et de nouveau s’élève la voix. C’est d’une mélancolie déchirante mais également emplie d’une lumière noble, cette lumière qui perce les nuages islandais et inonde le paysage d’un feu froid et mystique. ‘Stendur æva’, ‘est vivant’, c’est une pièce de dégel, d’annonce du printemps et les magnifiques envolées de cordes confirment…Oui, mais… Le silence tombe d’un coup, des torsions électroniques grinçantes emplissent l’air (le Sigur Rós de ‘Kveikur’), accompagnées/adoucies par le travail du choeur qui permet aux rímur de se placer puis au chant typique de Sigur Rós de s’élever en complément. Etrange rencontre entre la modernité et l’ancien, à l’image de l’Islande, pays où les habitants sont capables de lire des manuscrits vieux de plusieurs siècles tant leur langue a peu évolué tout en se modernisant. ‘Áss hinn hvíti’, la glace blanche, la poursuite du dégel, les ruisseaux qui se gonflent et deviennent torrents dévalant le flanc des collines. ‘Hvert stefnir’, où cela conduit-il ? Toujours ces percussions cristallines et fraîches, cette voix; moins de tristesse, plus de gravité, la musique enfle avec les percussions d’orchestre, un travail grandiose du choeur qui s’élève comme un rang de corbeaux emplissant les cieux d’une lumière sombre. ‘Spár eða spakmál’, les prophéties de la sagesse, sonne comme du Sigur Rós plus traditionnel mais en duo avec ce chant magique qui semble nous conduire au travers d’une réalité qui n’est plus tout à fait la nôtre. Arrive l’aube, sous des auspices menaçantes, la musique se faisant plus recueillie, tendue, inquiète. Mais la mélancolie du chant-guide s’élève à nouveau, connue cette fois, rassurante dans sa beauté majestueuse et simple, comme l’ultime portée d’un requiem, reprise par tout le monde, pour finir dans une apothéose de classique et de post rock déchirant d’un coup le voile funèbre et laissant éclater la lumière, l’ultime minute étant consacrée aux applaudissements du public… Parce qu’en plus, c’était un enregistrement live ? Avec une telle qualité sonore ? Hé bien, oui. J’aime à croire que des larmes ont coulé ce soir-là. On pourrait accuser les artistes d’une ou deux fautes de goût et de quelques faiblesses mais les moments de grâce (en majorité dans ce spectacle) sont si intenses qu’on pardonne sans réfléchir, persuadé(e)s qu’on nous a laissé(e)s entrevoir un peu de la clarté du Valhalla… 5,5/6

note       Publiée le mercredi 7 juillet 2021

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Shelleyan › mercredi 7 juillet 2021 - 20:18 Envoyez un message privé àShelleyan
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Merci de ces infos complémentaires ^^. Je suis d'accord avec toi, Nico, je m'étonne qu'un DVD ne soit pas sorti.

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Nicko › mercredi 7 juillet 2021 - 17:00 Envoyez un message privé àNicko
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Je le mettais dans mon report, j'attendais de pied ferme un enregistrement (j'aurais même aimé un DVD) de cette soirée à la Villette. Que ce soit cet enregistrement précis ou un autre de cette oeuvre, finalement ce n'est pas si important (à part juste pour dire "j'y étais"). Par contre, fallait pas être pressé, 16 ans d'attente quand même !! Mais le résultat valait bien tout ce temps. Le résultat m'a bluffé !

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Rastignac › mercredi 7 juillet 2021 - 13:36 Envoyez un message privé àRastignac
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À ce propos : https://lecanalauditif.ca/critiques/sigur-ros-odins-raven-magic/

« Odin’s Raven Magic n’a été joué qu’à quelques reprises, dont une fois en France en 2004 à La Grande Halle de la Villette, avec l’Orchestre des lauréats du Conservatoire national de Paris. C’est d’ailleurs cette performance qui a été enregistrée et qui a servi de base à cet album (…) »

Le tout à peut être été retravaillé en studio…?

Ps, un autre article sur fip :

« L'album qui en résulte a été enregistré à La Grande Halle de la Villette avec l’Orchestre des Lauréats du Conservatoire national de Paris et la Schola Cantorum de Reykjavik dont les choeurs ont été arrangés et dirigés par l’ancien membre de Sigur Rós, Kjartan Sveinsson et par Maria Huld Markan Sigfúsdóttir d’Amiina. Dans cette œuvre céleste et crépusculaire on peut entendre le marimba composé de morceaux de pierre du sculpteur Páll Guðmundsson. »

Shelleyan › mercredi 7 juillet 2021 - 10:18 Envoyez un message privé àShelleyan
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Je ne sais pas, il n'y a aucune indication, seulement qu'il s'agit de l'enregistrement officiel de cette collaboration qui 'premiered on the 21st April in Barbican Centre, London'...Cette première a-t-elle été enregistrée ? La version française ? Aucune idée...

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Nicko › mercredi 7 juillet 2021 - 10:06 Envoyez un message privé àNicko
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Vraiment sublime album ! J'adore ! Je crois que l'enregistrement date de 2004. J'ai vu cette performance à Paris cette année là (y'a mon report qui se trouve dans ces pages...) et il était indiqué que le concert allait être enregistré. Est ce celui qui est présenté ici ? Je ne sais pas. En tout cas, il s'agit d'un live prenant et intense. Impressionnant !

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