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Puscifer › Condition of My Parole

cd • 12 titres • 50:54 min

  • 1Tiny Monsters4:44
  • 2Green Valley3:54
  • 3Monsoons4:17
  • 4Telling Ghosts4:49
  • 5Horizons3:29
  • 6Man Overboard4:18
  • 7Toma3:39
  • 8The Rapture (Fear Is a Mind Killa Mix)6:13
  • 9Conditions of My Parole2:54
  • 10The Weaver4:40
  • 11Oceans3:42
  • 12Tumbleweed4:15

enregistrement

Produit par Mat Mitchell & Puscifer.

line up

Maynard James Keenan (chant), Mat Mitchell (guitare, programmation, basse, banjo), Josh Eustis (guitare, programmation, piano, banjo, erhu), Carina Round (choeurs, guitare), Matt McJunkins (basse), Jeff Friedl (percussions, batterie)

Musiciens additionnels : Tim "herb" Alexander (batterie), Jon Theodore (batterie), Juliette Commagere (choeurs), Jonny Polonsky (guitare, mandoline), Alessandro Cortini (syntéhtiseur), Devo Keenan (violoncelle), Tanya O'Callaghan (basse), Rani Sharone (basse), Gil Sharone (batterie), Laura Milligan, Lei Li, Meats Meier

remarques

chronique

Styles
rock alternatif
indus
trip hop
electro
folk
Styles personnels
quand t'es dans le désert

Maynard James Keenan a toujours eu un petit côté entrepreneur white trash sarcastique. Rire de droite, peut-être bien, le mec n’est pas devenu un « humble » vigneron entre deux sessions de training MMA avec Rickson Gracie pour rien. On le respecte bien Maynard et on l’applaudit tous les jours à 20 heures, mais faudrait pas non plus le prendre mortellement au sérieux. On connait ses goûts pour les déguisements claqués. Et Puscifer qui était une sorte de pseudonyme/projet solo-pas solo se mute ici en vrai effort de groupe, au point que tout le noyau dur participe à l’écriture de cet album qui s’ouvre (et se fermera) sur un banjo lointain, et voilà qu’on revient à la thématique redneck, magistralement illustrée avec cet artwork à la con façon portrait de famille pris pendant la visite en zonzon. La gueule de Keenan, on dirait un meme (XPTDR les fans de Tool). C’est comme pour faire le tri dans une assemblée, on lance une vanne toute nulle juste pour voir qui comprend l’intention, qui saura rire de son propre faux sérieux. Et après, on peut causer.

C’est dire que le contenu est largement moins lolesque que le contenant. Une part d’americana qui fleure bon le Sud-Sud-Ouest, du côté le plus ensoleillé, voire cramé par les hautes températures, la poussière et un lointain mythe de la Frontière repoussée toujours plus loin par des hommes sans foi ni loi, ces grands-pères sur les portraits ovales, une glorieuse conquête qui n’en avait que le nom. Donc Puscifer, c’est devenu quoi ? Comme avant mais en plus focus, une sorte d’alt-rock aux échos ci-industriels (genre construction du chemin de fer) là électro-trip-hopesque, mâtiné parfois de cordes cinématographiques, flottant sur son inconscient de folk primitif. Une musique ma foi très atmosphérique et très américaine, en ce qu’elle s’étale sur de grands espaces, la voix posée de Keenan (on en pense ce qu’on veut, ce vieux con chante de mieux en mieux) accompagnée des choeurs de la chanteuse (et co-autrice d’une bonne moitié des morceaux) Carina Round. C’est pas Nancy & Lee, mais y a ce twang de cow-boy passé à la moulinette de riff chargés et beats dosés en plomb, de quoi voir venir les orages en chevauchant dans Monument Valley. C’est pas les raisins de la colère, Keenan n’ayant que rarement besoin de faire rugir les basses de sa tessiture, mais ça tonne volontiers. Les caravanes en rond, beatmaker au coin du feu pour les chansons du soir, avec des textures qui oscillent dans l’air quand ça se claque en wonky, Keenan dans le film joué par un Woody Harrelson mélancolique.

Avec des moments de tension retenue/relâchée assez grandioses comme sur « Man Overboard » et son texte en forme de mantra alors que se développe un son cosmique parfait pour une rencontre du troisième type (celui de la dernière maison sur la gauche) dans le désert, là où les collines vous zieutent de travers. Y a des cris lâchés au-dessus du vide, ce « Toma » sec comme un coup de trique, insulte envoyée en slang mexicain à travers la gueule d’un ancien amour indélicat, point d’orgue agro-sexy comme du Reznor bouseux (d’ailleurs NIN lui empruntera par la suite ce batteur électronicien bourru qu’est Josh Eustis). White-trash ou pas, d’ailleurs c’est pas du tout incompatible bien au contraire, cet album de Puscifer n’est pas exempt de référence religieuse, évangélique en l’occurence avec la pesanteur menaçante de « The Rapture » où Keenan et Round namedrop Cain et Abel, opposent « salvation » et « damnation » (en plus ça rime riche) sur roulements de basse colérique bien plaquée au sol, même si au final tout ce champ lexical est renvoyé aux orties (ravissement mon cul !) avant une montée finale certainement pas vers un monde meilleur. Le titre éponyme « Les conditions de ma liberté conditionnelle », pour être clair sur le pourquoi du comment de cet artwork cocasse, continue dans cet esprit de petit blanc s’adressant volontiers à Jesus avec la chique au bec, c’est Johnny Guitar qui fait du sale en contre-prog du Burning Man. C’est ça Puscifer. C’est pas Tool, mais c’est plus surement Keenan, et pas seulement Keenan, un vrai groupe pour sûr, une caravane d’aspirants à la profondeur entre une gorgée de moonshine et une lecture des Écritures, entre une blague de beauf et un regard interrogateur à la voute étoilée. Comme dirait l’autre, lâchez-nous un peu la grappe de Caduceus et laissez les Puscifer.

note       Publiée le mardi 1 juin 2021

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Damodafoca › jeudi 3 juin 2021 - 20:24  message privé !

J'avais envie d'aimer le dernier, je trouve qu'artistiquement c'est le plus intéressant : la prod, très axé sur des machines des années 80 et tenter d'en faire quelque chose autre que singer la synth pop, la pochette très belle... j'avais envie d'y croire. Mais la prod, le son global de l'album et surtout de la guitare me gonfle au bout de 3-4 morceaux.

(N°6) › jeudi 3 juin 2021 - 18:31  message privé !
avatar

J'aime bien le dernier en date, mais je trouve aussi que celui-ci est le meilleur jusque-là. Gros contraste quali pochette/contenu.

Note donnée au disque :       
Damodafoca › jeudi 3 juin 2021 - 18:09  message privé !

le meilleur album de ce projet au final assez réussi. Le premier album, qui avait le défaut d'arriver comme une grosse vanne juste après 10000 days vieilli plutôt bien avec ses énormes rythmes, ses lignes de chant impeccables. Mais sur celui ci, le travail de production, de texture, et aussi de composition/chanson pur s'envole. Avec Eustis et Cortini aux claviers, Sharone et Theodore aux batteries et surtout avec l'artisan discret, Mitchell ça donne un disque très beau et vraiment réussi. Derrière, à mon sens, ils n'arriveront pas a réitérer l'exploit.