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Alain Péters › Rest' La Maloya

lp • 10 titres • 39:25 min

  • Face A
  • 1Caloubadia (1981)5:04
  • 2Mangé Pou le Cœur4:01
  • 3La Rosée Si Feuilles Songes4:20
  • 4La Pêche Bernica3:52
  • 5Plime la Misère3:01
  • Face B
  • 6Ti Pas, Ti Pas N’arriver4:04
  • 7Complainte de Satan (2ème Figure)3:53
  • 8Ti Cabart2:50
  • 9Waïo Manman !3:36
  • 10Rest’ La Maloya4:44

extraits vidéo

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line up

Alain Péters (chant, luth ngoni, sacs en plastique…)

Musiciens additionnels : Loy Ehrlich (chœurs sur Caloubadia), Hervé Imar (chant sur La Rosée Si Feuilles Songes), René Lacaille (saxophone sur La Pêche Bernica),

remarques

L’édition de 2015 est une coproduction Moi J’Connais/Sofa Records.
L’édition de 2016 est une coproduction Bongo Joe/Sofa Records.

chronique

Mais non, ce ne sont pas « tous les hommes/toutes les femmes qui sont des îles »... C'est plus subtile, plus multiple, plus brutal, aussi, plus brut que ça l'instant où chacune, chacun, saisit tout son Chacun, sa Chacune ; tout ce qu'on porte, individus, indivises et plurielles engeances – charges et formes d'archipels, de continents, de flux et de rocs. C'est chaque parole, chaque œuvre, ouvrage, une fois et dès le début défaits du souci de « communiquer » les aléas ou l'histoire, ou quoi, qui est une créolité – qui porte, oui, cette Histoire, les revers, les horreurs, les fêtes, les sociétés secrètes ou pignon sur rue, sur soufrière, sur carrières et cratères. C'est tout ce qui fait avec et contre, encontre – avec les désirs, les choses à défaire, les dires à dire, les chapitres tus à révéler comme au détour (parce que parfois faire un crochet, une image, une métaphore, c'est la voie la plus directe, la moins fausse, qui échappe seule, enfin, à la déploration, à toute propagande, aussi).

Alain Péters, depuis la Réunion, dans ces années soixante-dix, quatre-vingt dont ce disque réunit des éclats, des traces gravées par le type seul ou avec ses groupes plus ou moins passagers, jouait si on veut, oui, une espèce de folk. Une espèce de soul, aussi – au sens où ça dit « l'âme », bien-sûr, autant que pour des questions de cuivres, de basses, d'esthétique du chant ; dans une acception, aussi, qui ne doit surtout rien à la lourdeur enfermante d'un chant de transcendance - « l'âme », ici, ne dit qu'une qualité d'être, de présence, fugitive et impossible à confondre, dans l'instant où on occupe avec elle l'espace commun, l'espace proche. Péters jouait d'une sorte de luth pas vraiment de son coin à vrai dire – un ngoni d'un genre qu'on trouverait plutôt dans certaines contrées désertiques du Mali, qui sonne ici parfois comme un gumbri gnaoua, marocain des plateaux, un instrument berbère. Péters chante en créole réunionnais, donc – langue proche (de la notre, de la mienne en tout cas) et différente, nourrie d'autres cassures et affluents. Langue ici évidente, dont je n'attrape certes pas toujours le sens, à l'écouter sans concentration, délivrée d'une voix qui me la rend, pourtant, toujours familière... Et douce, là – malgré tout ce que drainent ces phrases, ces périodes d'une poésie coulante et personnelle, ouverte et limpide autant que parfaitement brève. Péters parfois – parce que la décade et le lieu s'y prêtaient, sans aucun doute ; par goût, par curiosité, parce qu'oreilles et cœur et corps ouverts, certainement pas par opportunisme, je ne crois pas – jouait une sorte de jazz fusion jamais surchargé, pris pour sa plasticité, son potentiel d'espace en mouvement plutôt que pour le déluge de notes entendu ailleurs dans le style, l'amour de la technique, la frime. Ça ne frime jamais, cette musique là, ces chansons, quelles que soient les formes que ça prenne. A d'autres moments, Alain marque le rythme en secouant des sacs jetables...

Ici on chante Satan parce que c'est l'être tenu en dehors – mais sans aucune solennité, sans donner dans l'ode inverse. Parce que le Marginal, s'il marche solitaire, n'en aime pas moins comme les humains des villages, plantations, métropoles alentours – ces sœurs et frères qui après eux, elles-mêmes vivront – les modes mineurs, mélancoliques et lumineux, bleus et verts et oranges et jaunes, avec les mêmes pincements et ravissements. Péters chante la rosée, raconte à ses pères et mères sa vie de barreau de chaise (comme on dit), les petits verres pour tenir et se réjouir (et soyons clairs : l'alcool l'aura, au bout, celui-là... mais dans tout ce qu'on entend ici, ce n'est pas le drame inéluctable, qui se chante – ce sont à la place la paix passagère, la joie et la conscience lucides et libérées d'une infime part du poids). Aussi, ça cause à un moment de la pêche aux berniques – une sorte de cueillette, à vrai dire, puisque qu'il s'agit d'un coquillage – aux heures d'une messe où l'on ne s'est pas rendu, buissonnière. Dans le grand dépouillement – Péters et sa voix et son luth – comme dans les arrangements plus fournis, chœurs, saxophone, piano en carillon volontiers électrique, chante tous comptes faits, oui, comme dit le titre du disque, comme l'affirme le morceau sur quoi il se referme, s'éloigne jusqu'au prochain coup, une sorte de maloya – cette musique, cette tradition locale, « insulaire » (oui... on y revient), percussive et fluide, chorale et parfois vagabonde, d'une personne seule qui erre ou vient pour la nuit. Bien sûr : sa version de la chose est poreuse, encore une fois bien personnelle, par vertu de cet espace-temps particulier où ça se passe autant que par voie de caractère, d'une façon sans pareille de percevoir et rendre tout ce qui traverse et rôde, tout ce qui survient, se poursuit, se fige, s'enracine et s'évapore.

Péters est de cette tradition et hors de tout dogme, étranger aux « corpus » où les relevés et catalogues voudraient clore ce qui émane, effuse des vivants ; ce qu'il y a « d'universel » dans cette poignée de chansons avec ou sans paroles (Ti Cabart... qui m'évoque chaque fois le Milagre dos Peixes de Milton Nascimento), c'est qu'elle échappe à toute « totalisation », à toute prétention d'un « syncrétisme » qui résumerait tout – la vie, la sienne, celle avec un-grand-V, plus grand que dans vicissitudes, vaux-l'eau ou vulnéraire ; le cosmos ou la marche des temps. Ce qui fait la beauté si pleine et délectable de ce mince recueil – dix titres c'est peu, pour tout ce que ça contient et laisse doucement déborder – c'est ce caractère de matérialisation passagère d'un souffle, d'une pensée, d'un paquet de tout ça et de fluides et d'organes pris dans une peau, c'est que ce qu'il en reste soit si plein, si mobile encore, si peu chapitres d'un Absolu et pourtant si peu coincé dans les circonstances, les aléas de leur naissance, croissance, perfectionnements et tentatives perdues. Une beauté, une chaleur que résume bien, au vrai, le titre de la chanson qui peut-être m'a touché le plus, en premier, lorsque j'avais eu vent de l'existence de ce type... Cette musique, en effet, est un « manger pour le cœur ». Oui : ça implique faims et appétits. Oui, aussi : le refrain pose la question : « c'est où, tout ça », cette fraternité dans les mains, les assemblées, les rencontres et les jours ? Oui : cette chanson, elle-même, est un bout de réponse, de la réponse, d'une des possibles. Oui : ce disque tout entier balance l'air de rien que « ça peut exister ». L'air de rien façon de parler, l'air de lui, convainquant, merveilleusement et discrètement libérateur, quand c'est dit si tranquillement, pourtant si habité par ce que ça véhicule (et qui n'est pas ce que ça « communiquerait », j'insiste – pas au sens de la leçon ou du froid bulletin d'info). Rarement, on peut dire d'un tel calme qu'il est ainsi « à vif ».

note       Publiée le vendredi 7 mai 2021

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Dioneo › lundi 10 mai 2021 - 09:14 Envoyez un message privé àDioneo
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Oui, il a quelques trucs qui "complètent" celui-là, Parabolèr... De mémoire par contre, les quelques trucs plus anciens, en groupe (ou enregistrés à l'époque où il jouait dans des groupes) qui figurent là n'y étaient pas, sur ce disque, il me semble... Je crois que je n'ai jamais écouté le disque "hommage" qui était sorti, avec entre autre justement ses anciens collègues (et amis) qui reprenaient le répertoire... Il faudra que je teste, même si c'est parfois décevant, ce genre "d'exercices" - on n'est jamais non-plus à l'abri d'une bonne surprise.

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Klarinetthor › lundi 10 mai 2021 - 00:01 Envoyez un message privé àKlarinetthor

Je l'ai qq part en Cd (grace à la fameuse opération promo fnuc de dernière minute avant le train). Et sinon j'avais un peu dédaigné cette Rest la Maloya par rapport au Paraboler précédent car moins complète et redondante, mais en soi le contenu est parfait. Juste cette idée de compiler sur un LP simple... une sortie bien de ces années-là.

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Dioneo › dimanche 9 mai 2021 - 09:30 Envoyez un message privé àDioneo
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Eh bien de rien, Collègue... Je me disais depuis un moment qu'en effet, le mec avait plus que sa place ici, et qu'il fallait que je m'y colle. Bah c'est fait. (Et ce sera continué si un jour j'arrive à remettre la main sur Parabolèr autrement qu'en mp3 de qualité indigente, je précise... Espérons).

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DukeOfPrunes › samedi 8 mai 2021 - 07:50 Envoyez un message privé àDukeOfPrunes
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Quel plaisir de voir ce nom ici. Découvert par hasard via une compile épuisée avec DVD documentaire, acquise pour une miette de pain. Ça coule doucement en toute poésie. Essentiel, merci Dio.

Dioneo › vendredi 7 mai 2021 - 21:52 Envoyez un message privé àDioneo
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Oui, on retrouve souvent ces chansons, et quelques autres en plus tirées la plupart du temps de Parabolèr (album posthume sorti en 1998) sur nombre des compiles... Pour la simple (et pas très gaie) raison qu'il n'existe pas non-plus des masses de choses enregistrées, du gars, avec Caméléon ou Carrousel comme en solo... Ça n'amoindri en rien la force et la beauté de la chose, d'ailleurs, ni à priori à l'influence que le gars a pu avoir "au pays" sur d'autres (de sa génération ou d'après).

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