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Nas › The Lost Tapes

cd • 12 titres • 43:08 min

  • 1Doo Rags
  • 2My Way
  • 3U Gotta Love It
  • 4Nothing Lasts Forever
  • 5No Idea's Original
  • 6Blaze A 50
  • 7Everybody's Crazy
  • 8Purple
  • 9Drunk By Myself
  • 10Black Zombie
  • 11Poppa Was A Playa
  • 12Fetus

enregistrement

Entre 1998 et 2001

line up

Nas (MC)

Musiciens additionnels : The Alchemist, Kanye West, The Alchemist, West, Deric "D-Dot" Angelettie, and Hill, Inc. (production)

remarques

chronique

Styles
hip-hop

"Aucune idée n'est originale, il n'y a rien de nouveau sous le Soleil - ce qui compte n'est jamais ce que tu fais, mais comment..." Nasty Nas est un rappeur qui incarne bien ça, cette idée du comment qui prévaut sur le quoi. Combat ancestral du style. Mec-MC rivé au motif transmis, reproduit, peaufiné, scotché à la technique du flow mais jamais pour véhiculer autre chose que l'emotion, conscient malgré sa mégalomanie exponentielle, d'être ce rouage... Mais qui a refait le truc à sa façon, en imposant sa verve de petit con plus percutant et perspicace que la moyenne, en frappant de son flow sec et narquois, en amenant ses visions à lui seul. Ce rappeur de gabarit a priori modeste mais capable d'accéder à la poésie pure, par un travail acharné - avec un soupçon de charisme inné, certes, sinon ça marcherait pas... Sous le vulgaire et les miasmes prophético-foireux se cache un MC d'une redoutable acuité et avec un rare sens du tragicomique, et du récit tout simplement... et me voilà depuis plusieurs lignes déjà à disserter balourdement avec mes lunettes de trois tonnes au lieu de vous causer de cette compilation, à la fois très classique et un peu étrange...

En 2005, les puristes faisant déjà le deuil des années fastes du Nasty Nas suite à des fautes de goût impardonnables ont donc eu l'option chutes studio, pour se rabattre sur du Nas 'premium' même partiellement : The Lost Tapes arrivaient à point nommé. Pour l'essentiel, des inédits évincés à l'époque de I am et Stillmatic. Et pour des raisons obscures vu la qualité globale, souvent supérieure à ce qui se trouve sur ces deux albums. Même si j'ai mis quelques temps à tomber sous le charme très méditatif de ces Lost Tapes. Peut-être parce que j'ai jamais pu saquer l'intro, "Doo Rags", et Dieu sait si le premier titre est important dans un album ! J'ai toujours eu l'impression que Nas s'y bave dessus du flow, y sonne comme un abruti penaud, enfin je crois que cette chanson et moi c'est juste pas possible. La suite en revanche, même s'il y a des moments qui sonnent trop "plaqués", c'est le repas, bien agréable, avec dessert café poire en crescendo qualitatif. On y retrouve un Nas dans une ambiance non pas éparpillée mais ultra-cohérente, et encore plus intime que dans Illmatic et It was written... Presque rêveuse même. Mais si vous avez soupé des instrus "piano-violon" tristounettes, typiques de la seconde moitié des années 90-début années 2000 : passez. La tonalité de ces Lost Tapes est essentiellement mélancolique. Les sons sont peut-être moins percutants que dans années Pete Rock et Preemo, mais leur aspect un peu bâtard et surtout clair-obscur me parle. Elles sonnent bien comme ce moment un peu étrange et flottant entre deux époques, pour ainsi dire crépusculaire... Et puis, effet post-Nostradamus ou pas, réentendre Nas sur quelques prods de qualité est un petit bol de fraîcheur, avec un petit arrière-goût de tristesse propre aux albums-photos sortis de façon inopinée à la fin des repas familiaux. Aucun titre vraiment pop-rap ici non plus, hormis à la rigueur "Black zombie" (nonobstant un des morceaux les plus marqués "conscient", et pas tendre avec la communauté d'ailleurs). Surtout ce boom-bap finissant, si longuement mijoté qu'il en est compoté. Sapé de tissu crème pour ses funérailles.

Des fonds de tiroir qui ont pas mal de choses à raconter, à situer qualitativement entre Illmatic et It was written. Un vrai album oui, qui de prime abord pourra sembler un peu bégueule ou trop tiède, mais qui a ses moments, nombreux. Prenons au hasard "Blaze a 50" : un peu trop cheap-plastoc ? Mais bonnard avec ses sons de lames et de tintement, son feeling basiquement urbain qui agrippe l'attention, non ? OK pas si terrible... Allons vers la froide et maraudeuse "Everybody's Crazy", ambiance contrat feutré. Mieux ? "No idea's original" située en préambule, et son sample de riff scélérat muant en groove moiré - une des potions fatales de L'Alchimiste, plus des mots pas trop mal agencés ("My tongue is power. It thrills women, kills demons")... Montons encore d'un cran : ce sample soul extra-frais qui ravivera le souvenir des Bad boys de Marseille, pour "Poppa was a playa", hommage à son vieux, trompettiste queutard de son état. C'est pas doom comme du Hervé Villard, plutôt doux comme un rai de lumière matinal, mais ça fait un p'tit pincement quand même ! Si l'éloge de Maman est une tradition rap, rendre hommage au daron est plus une forme d'exercice alternatif. Ceci dit moins que "Fetus" - soit Nas qui rappe depuis l'utérus, en écoutant ses parents, encore violet comme un billet de... ah non, pardon, autant pour moi. Sur ce titre opère à plein le talent, que dis-je le don - pun intended - à l'œuvre sur "I gave you power". On sait les rappeurs prompts à rivaliser d'imagination (mais non pas des mythomanes !) pour parler de leur grande petite personne, capables de visions sur eux-mêmes tellement poussées qu'elles s'apparentent au surréalisme... Et avec ce final Nas opère à fond et sans filet : il se projette donc dans les limbes pré-natales, retranscrivant ses songes de fœtus, sa résilience, ses sens harassés par les bruits environnants, analysant les actes déterminants qui précédèrent sa naissance, parallèlement à toute la trame sensorielle. Tout ça en partant depuis la bête fixation de son nombril, décrit comme une lucarne sur son passé... Si ça c'est pas d'l'egotrip, je vois pas ce qui en est ! Poésie pure j'vous dis. Même si pour beaucoup l'instru originale plus brute des Trackmasters (jamais officialisée) colle mieux à la prose amniotique, ce morceau improbable, unique - et pourquoi pas sombre et expérimental ? - prouve bien si besoin était que Nas n'est pas exactement un rappeur comme les autres.

note       Publiée le mercredi 28 avril 2021

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nowyouknow › jeudi 29 avril 2021 - 22:12  message privé !

Ça existe, tu as dû passer à côté (Nasir le titre, de mémoire). J’avais pas écouté. Collabo MC/producteur de mémoire

luapluap › jeudi 29 avril 2021 - 09:09  message privé !

J'aurais bien vu un album Kanye x Nas, j'imagine une belle alchimie.