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PJ Harvey › The Hope Six Demolition Project

cd • 11 titres • 41:51 min

  • 1The Community of Hope2:33
  • 2The Ministry of Defence4:11
  • 3A Line in the Sand3:33
  • 4Chain of Keys3:09
  • 5River Anacostia4:56
  • 6Near the Memorials to Vietnam and Lincoln2:59
  • 7The Orange Monkey2:47
  • 8Medicinals2:19
  • 9The Ministry of Social Affairs4:10
  • 10The Wheel5:37
  • 11Dollar, Dollar5:37

informations

Enregistré à au studio Recording in Progress, Somerset House, Londres, du 14 Janvier au 14 Février 2015. Produit par Flood et John Parish.

line up

PJ Harvey (chant, guitare, saxophone tenor, violon, saxophone alto, autoharp, claquements de mains), Jean-Marc Butty (choeurs, percussions), Terry Edwards (choeurs, percussions, saxophone bariton, claviers, flute, basse, harmonica, saxophone, melodica), Flood (choeurs, synthétiseur basse, électronique), Alain Johannes (choeurs, guitare, saxophone, claviers, percussions, claquements de mains), Linton Kwesi Johnson (chant), James Johnston (choeurs, claviers, violon, guitare, orgue), Mick Harvey (choeurs, percussions, pédales taurus, claviers, guitare slide, basse, guitare, claquements de mains), John Parish (choeurs, guitare, percussions, claviers, électronique, Mellotron, accordéon, guitare bariton, synthétiseur basse, autoharp, claquements de mains), Mike Smith (choeurs, saxophone bariton, piano, claviers, saxophone, percussions, claquements de mains), Adam "Cecil" Bartlett (choeurs, basse), Kenrick Rowe (choeurs, percussions, claquements de mains), Enrico Gabrielli (choeurs, percussions, clarinette basse, flute à coulisse), Alessandro Stefana (choeurs, guitare)

chronique

C’est moi ou depuis que PJ Harvey se préoccupe de thèmes politiques, elle soulève nettement moins l’enthousiasme ? Le fait est que « The Hope Six Demolition Project » (titre qui claque comme il faut, référence à un projet d’urbanisme menant à la gentrification et au nettoyage social de quartiers populaires aux États-Unis) peut paraitre problématique à plusieurs égards, avec son approche très « arty » (enregistrement à la prestigieuse Somerset House dans le cadre d’une installation d’art contemporain où des spectateurs pouvaient assister aux sessions derrière un miroir sans tain, sortie d’un film documentaire témoignant des voyages de l’artistes dans les régions troublées qui ont inspiré l’album) tranchant avec les thèmes abordés : misère sociale, destruction de populations indigènes et politiques indigentes, le tout sur un ton de constat assez détaché, très « matter-of-fact », témoignant certe d’une réalité mais du point de vue là aussi, d’une artiste restant dans sa cage de verre. Déjà dans son album précédent, Polly Jean s’interrogeait sur la question du Royaume-Uni et de ce qu’il était devenu au cours de l’histoire, mais cette fois-ci elle quitte son territoire pour aller s’immerger dans des zones ravagées par la guerre (Afghanistan, Kosovo), qu’elle met volontiers en parallèle avec une Amérique très loin du dream-land vendu par l’impérialisme culturel. De plus, si le côté un peu folksy à l’anglaise du précédent avait su charmer un auditoire désormais coutumier de ses multiples renversements esthétiques, il ne faut pas se cacher que « The Hope Six Demolition Project » est un album formellement difficile.

On y retrouve, exacerbés, les choeurs masculins de ses musiciens (pas des moindres, toujours les vieux compagnons Mick Harvey, Jean-Marc Butty, Flood et bien sûr John Parish pour le noyau dur, mais aussi entre autre les membres de Gallon Drunk ou Alain Johannes, vieux complice de Josh Homme), une musique un peu martiale sur les bords (les rythmiques martelées, y compris parfois par le piano), imprégnée de folk anglais et de blues-punk mais pas seulement, il y a quelque chose de plus abstrait, de plus complexe, avec une multiplications des instruments (bois et cordes qui tonnent, utilisation de textures électroniques, retour en grace de guitares abrasives) pris dans une sorte de pâte sonore compacte, aux dynamiques rythmiques fortement marquées (le stop-start quasi-industriel de « The Ministry of Defence » qui imprime de suite une tension palpable), sans rechercher des mélodies particulièrement attrayantes. Tout ceci est vraiment peu aimable, ni dans ce qu’il décrit, ni dans la façon dont il le fait. Chercher les « tubes » (dénomination absurde quand on parle de PJ Harvey, mais elle a signé son lot d’évidentes tourneries pendant deux décennies, même dans ses phases les plus torturées) serait une démarche vaine, seule une écoute répétée permet une immersion satisfaisante dans ce voyage musical très sombre, émaillé de quelques rares fulgurances mélodiques, suivant la voix de PJ qui serpente en louvoyant d’une couleur à l’autre (d’une voix de tête en contraste total avec la matière instrumentale ou clamant par dessus avec une gravité furieuse). Avec des temps forts comme la grâce en suspens de « River Anacostia » aux réminiscences de chants religieux noirs, le blues sinistre du « The Minister of Social Affairs » où Polly fini par faire dégueuler du saxophone (son tout premier instrument, omniprésent et démultiplié sur tout l'album) devant tant d’indignité et surtout l’impressionnant « The Wheel », monolithe de son dissonants (Polly a toujours été inspirée par tout l’or du Captain Beefheart), rythmé par des claquements de mains, le chant de PJ et son choeur évoquant la disparition de leur chant de vision d’enfants sur une grande roue, métaphore glaçante de leur « disparition » réelle suite au nettoyage ethnique au Kosovo, avec cette coda tellement classique pour qui est familier de l’écriture de la fille du Dorset, qui monte ici en intensité grondante.

Alors c’est ça qu’on lui reprocherait à l’anglaise de la campagne, de se mêler de choses qui ne la regarde pas et qu’elle ne saisit que superficiellement ? Quand sur « Dollar, Dollar » on entend des sons de rues enregistrés en Afghanistan (à qui l’Occident entendait alors apporter la démocratie à coup de bombes dans la gueule), la question se pose en effet devant ce regard parfaitement étranger d’une artiste privilégiée totalement prise de cours, dont les réflexions sur le valeur du dollar peuvent paraitre bien théoriques devant la misère qui la frappe de front. Est-ce que son chant tragique est indécent pour autant, avec ce saxo douloureux qui invite à l’empathie ? Mais attention, les critiques de Polly Jean n’évoquent pas Adorno effaré devant Joan Baez et sa protest song, forcément au final complice du système, malgré sa candeur et la beauté de son expression, ils semblent surtout dérangés parce que cette bonne vieille PJ Harvey ne leur donne plus ce qu’ils aimaient tant chez elle (pour dire vite, de l’intimité et de la sexualité, ce qui semble toujours beaucoup plus acceptable pour une artiste féminine comme le soulignait Björk il y a quelques temps). Alors sans prendre le temps de se plonger dans ce maelström certe peu amène, voilà qu’on tente de discréditer un peu vite « The Hope Six Demolition Project », lui déniant à la fois toute portée politique et toute valeur artistique, l’une annulant l’autre par essence. Pourtant, voilà bien un album typique de PJ Harvey, typique en ce qu’il refuse de l’être et qu’il demande à ses auditeurs leur attention. Sinon à ce qu’il raconte, du moins à comment il le fait. Et il y a bien mille et un autres albums où l’expérience sonore, musicale, prend le pas sans souci aucun sur un discours ici un peu simpliste, ailleurs carrément grotesque. Alors un peu d’indulgence avec Polly Jean et ses contradictions et ambivalences, quand par ailleurs elle produit encore à ce stade de son parcours un object musical aussi singulier et ambitieux.

note       Publiée le mardi 20 avril 2021

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    Demonaz Vikernes Envoyez un message privé àDemonaz Vikernes

    je ne suis pas familier de l'artiste, mais j'ai vu il y a un temps un concert sur Arte. Ça ne m'a pas plus comme j'aurais voulu. Parce que j'ai un copain qu'est plus là m'avais dit que c'était une Déesse.C'est probablement vrai, mais c'est pas aussi simple. En tout cas, ce premier titre du dit concert, Chains of Keys, est juste incroyable. Vu la proximité avec la grosse route, ça doit se passer près de Paris. Et même si je voudrais voir cette ville défruite et ses habitants crever la gueule ouverte, ça n'empêche que cette performance était marquante, c'est un euphémisme.

    Aladdin_Sane Envoyez un message privé àAladdin_Sane

    Le nouvel album (I inside the old year dying) me semble être un grand cru...

    Klarinetthor Envoyez un message privé àKlarinetthor

    Toujours pas convaincu, surtout par le début de l'album. Pas tellement la narration militante des le début, qui se pose bien, mais par les compos qui semblent vraiment limitées. (et pour le coup bien plus proche du ressenti partagé par seiji sur rym)

    Note donnée au disque :       
    Dun23 Envoyez un message privé àDun23

    Clair mais PJ déstabilise depuis White Chalk quelque part. Oui, celui là est très bon aussi.

    (N°6) Envoyez un message privé à(N°6)
    avatar

    Déstabilisant c'est le mot juste. Moi qui suit inconditionnel de PJ (s'il ne devait en rester qu'une), ça m'a vraiment pris pas mal de temps et de ré-écoutes pour que ça infuse et que ça se diffuse, au point de le trouver très bon cet album, au final. Clairement un grower.