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Blur › Leisure

cd 1 • 12 titres • 50:15 min

  • 1She's So High
  • 2Bang
  • 3Slow Down
  • 4Repetition
  • 5Bad Day
  • 6Sing
  • 7There's No Other Way
  • 8Fool
  • 9Come Together
  • 10High Cool
  • 11Birthday
  • 12Wear Me Down

line up

Damon Albarn (chant, claviers), Graham Coxon (guitares, chœurs), Alex James (basse), Dave Rowntree (batterie)

remarques

chronique

J'ai une tendresse particulière pour les premiers albums trop verts (ou trop bleus ?) mais vifs. Comme Gish et Pablo Honey, le premier Blur fait preuve d'une gourmandise mélodique et électrique qui me parle, dès les mini-tubes radieux "She's so high" (qui n'aurait pas fait tâche sur le premier Swervedriver) et "Bang" avec sa cadence poppy-chouppy qui émoustille les pâquerettes. Sous la frimousse espiègle (proto-Tautou ?) de sa pochette, sous son titre con comme la Lune mais qui dit assez du Blur enfançon - "Loisirs" - cet album juvénile semble inoffensif de prime abord, mais finit par s'incruster. Malicieusement. Je n'y entends pas trop la singularité crayeuse Damon Albarn, comme délayée dans une buée d'écho ou de chœurs, semblant encore détachée de toute présomption à l'écriture, se contentant de chanter... J'y ressens plus la présence de l'excellent Graham Coxon, éclatante. Les guitares sur Leisure sont vraiment comme un papillon dans l'eau, crawl et brasse coulée inclus, et ce jusqu'à faire dans le noise rock ("Slow down", ça crache dans la ruche !) Même si Blur sont déjà des petits malins, qui comme Stone Roses recrachent bien leur Beatles illustré, sans oublier d'accrocher au passage ("There's No Other Way" !) leurs chansons n'ont encore rien de bien sophistiqué... Et tant mieux, car sous leur apparente niaiserie et leur désinvolture, l'opportunisme shoegaze y est souvent touché par la grâce, voire d'une sérénité magnifique. Même leur R.E.M. digéré ("Fool") semble planer total, leur jangle idem, jusqu'au psyché-garage à la Mudhoney de "Wear Me Down". Blur se prélasse pépouze comme dans la déprime "post-post-post-plus rien à foutre" de "Birthday", s'avachit dans les friches du moment comme les membres au verso avec les top models de Atom Heart Mother. Son Leisure à la fois puissant et léger, vibre de notes aguicheuses dans le ciel brouillé des cordes électriques. Mais à côté de cette jolie sélection de pop un peu saturée, que dire de l'ultra-languide "Sing", que la plupart d'entre nous ont découverte à travers le deuil de Sickboy ? Si le reste des titres c'est la bouille de la nana sur la pochette, "Sing", c'est le grand plongeon dans le turquoise sans fond de l'arrière-plan. Malade chanson-piscine, bien à part du reste de l'album et pourtant, parfaitement intégrée. Leisure a beau être tièdement considéré depuis sa sortie, "mineur", "brouillon", "pas essentiel", tout ce que vous voudrez : il n'y a pour moi rien qui soit aussi magistral que ce morceau sur un Loveless (pour prendre un autre disque de 1991, au hasard). Blur feront toutes sortes de chansons de toutes les couleurs dans les années qui suivront, mais ne retoucheront jamais plus à ce qu'ils ont atteint sur "Sing" : cette sensation de précipice émotionnel, ce son de guitare surnaturel, des écorchures d'écume étalées en aquarelle nauséeuse, fatale, floue (Blur n'aura jamais mieux porté son nom qu'ici), s'étirant dans un rêve amniotique javellisé, ce piano monomaniaque, tragique, ce refrain en éclaircies éblouissantes... Tout ça n'a cessé de me hanter depuis ces nombreuses après-midi grises où je la laissais tourner en boucle, fasciné par sa puissance exsangue, me laissant juste sombrer dans son spleen lumineux, engourdi, irradié... La shoegaze à son plus magnétique se trouve là-dedans. Et avec elle toutes les années 90 naissantes dans ce qu'elles ont de plus morose, leur puissance émotionnelle délavée, leur écho d'une adolescence comme revenue de tout, dégoûtée de tout, et cette molle mais irrépressible sensation de dérive vers nulle part, dans la blancheur du chlore et le bleu pâle du valium.

note       Publiée le dimanche 11 avril 2021

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Note moyenne        8 votes

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E. Jumbo › samedi 17 avril 2021 - 15:29  message privé !

Cool réhabilitation d'un album dont j'ai jamais trop compris pourquoi il était censé être le pire du groupe (que j'adore au demeurant mais dont je trouve assez peu d'albums vraiment excellents en fait, seulement le suivant à vrai dire). Bourré de ritournelles sucrées qui collent aux dents avec en effet ce "Sing" monumental, et bien qu'il soit sur la BO de Trainspotting, j'ai l'impression qu'il est aussi un peu oublié.

dariev stands › mardi 13 avril 2021 - 17:52  message privé !
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Baggy ou "madchester" (même si c'est pas de Manchester on s'en fout), j'associe tout ça volontiers perso, il y a ce feeling Ride / Stone Roses qui disparaitra après. Aussi frais et one-shot que le premier Gorillaz, tiens (même si la suite de Blur se tient mieux, en comparaison, malgré le côté tête à claque volontaire made in london)

Note donnée au disque :       
Rastignac › mardi 13 avril 2021 - 09:57  message privé !
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Sing est une très belle chanson. Merci à la BO de Trainspotting.

Raven › mardi 13 avril 2021 - 08:35  message privé !
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"Baggy" je n'ai pas employé le terme (c'est surtout "Bang" et "There's no other way" que ça concerne) parce que dans ma tête c'est d'abord un froc que j'associe au neo.

Note donnée au disque :       
Gouzi › lundi 12 avril 2021 - 22:37  message privé !

Oui, de toutes façons à l'époque, beaucoup de groupe (anglais ça va sans dire ) oscillaient de manière évidente voire voire presque grossière , commme Blur ou de manière plus louvoyante voire épisodique, entre noisy et shoegaze. Un bon témoignage de cet entre deux , c'est un morceau commme le très baggy Soon pour conclure le maître étalon du shoegaze que fut loveless, en 91 également.