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Queen › A Day At The Races

lp • 10 titres • 44:20 min

  • face a
  • 1Tie Your Mother Down
  • 2You Take My Breath Away
  • 3Long Away
  • 4The Millionaire Waltz
  • 5You And I
  • face b
  • 6Somebody To Love
  • 7White Man
  • 8Good Old-Fashioned Lover Boy
  • 9Drowse
  • 10Teo Torriatte (Let Us Cling Together)

enregistrement

Enregistré de Juillet à novembre 1976 aux studios The Manor (R.Branson), Oxfordshire, Sarm East, Wessex Studios, et Advision (Londres) - Produit par Queen et Mike Stone - Ingé-son : Mike Stone

line up

Brian May (guitare, harmonium, chœurs, chant lead sur Long Away), Freddie Mercury (chant, piano, chœurs, "fits"), John Deacon (basse), Roger Taylor (batterie, percussions, chœurs, chant lead sur Drowse)

Musiciens additionnels : Mike Stone (chœurs occasionnels sur "Good Old Fashioned Lover Boy"

remarques

chronique

Balayons d’un revers de main les vaines réticences concernant ce disque, le « jumeau moins réussi » de A Night At The Opera, comme le diront les ingrats et la presse anglaise (qui à l’époque ne jure que par les épingles à nourrice). Comme s’il était humainement possible de garder pied sur les hauteurs stratosphériques de ce ANATO ultime, dans lequel Queen avait absolument tout mis, tout misé, en mode « sortie du casino à poil et en menottes » si le coup de poker BoRap ne fonctionnait pas. Le reste est Histoire, pourtant peu se souciaient de savoir comment Queen – qui veut durer depuis le début – allait poursuivre après un tel coup d’éclat monstre. Eh bien par un album presque aussi magique, mais simplement deux fois moins dense et inspiré, donc plus aéré, plus tranquille, plus douillet aussi. Enfin, hormis le premier titre, annoncé par une intro digne d’un cadran solaire télescopique doré du XVIIIème siècle. Toute cette pompe, cette majesté, cette vapeur carillonnante pour introduire rien de moins que le classique instantané du hard rock qu’est Tie Your Mother Down (ligote-ta-mère, pas étonnant que Lemmy ait apprécié, et repris). C’est un grand moment de boogie infernal qui n’a rien à envier à ZZ Top, AC/DC, ou T-Rex (via Bowie et son « John I’m Only Dancing », dont on entend des échos ici) mais ce sera le seul du disque. Après ça, tout n'est que perfection mélodique, luxe, entrain et volupté printanière... Ou hivernale, c’est selon, May et Taylor s’occupant de mitonner monts et merveilles dans le registre collection automne/hiver, mélancolie et amertume toujours transcendée par l’enthousiasme Mercurien.

Millionaire Waltz, par exemple, outre son évidente parenté avec Strauss (pour Kahn, se reporter à l’album suivant, piste 7, merci), multiplie les combos de clichés pour mieux transporter dans un univers suranné, tout aussi fantasmé par le groupe que par l’auditeur d’ailleurs. On se croirait plus que jamais dans un RPG, malgré la proéminence du piano... c'est un village paisible, au milieu duquel la guitare de May surplombe le tout tel un château fort. En fait, pire que ça, cette guitare est un engin steampunk mastoc, bête de course dragster ou dragon mécanique dopé au mana sans plomb '75. Il faut imaginer, dans le solo spécial « 848 pistes de guitares à l’unisson » l'appareil se mettre à parler de sa voix propre, les phares du bousin devenant yeux reptiliens, façon Christine de Stephen King, et mordre dans vos oreilles avec l'appétit du Terminator surgissant dans notre monde inconnu avec une faim du fond des âges, celle de l'entité qui n'a jamais rien bouffé et qui découvre la sensation. Oui, il faut imaginer la fusée de Cid, ou l’invocation « Alexander », ou le vaisseau Epoch de chrono trigger ou autre bestial engin se mettre à parler, là, d'une voix de mecha acidulé et improbable, dédaigneuse, métallique... le port d’épaules de la créature supérieure qui sait qu'elle peut à tout moment grignoter le décor... Le tout est orchestré de main de maître, prenant son temps, le piano ponctuant la scène d'une indolence d'après-midi éternelle, et Freddie qui serait le héros, tombant à pic pour commenter avec ingénuité le réveil de la terrible machine.

En vérité, c'est pas Pink Floyd ni même King Crimson (qui avait un peu renoncé à la fantaisie avec Red, puis renoncé tout court) qui proposerait un univers aussi cohérent et aussi esthétiquement kitsch-couillu à cette époque-là... Peut-être Led Zep, avec leur homérique Graffiti Physique, autre double album champion du niveau de cette doublette A Night / A day. Mais là où Led Zep se propose de marier blouze et partues (de Walkyries hermaphrodites velues), avec option laine Kashmir, Queen offre sur un plateau d'argent l'opportunité unique de headbanguer en smoking, sous un lustre à 24000 chandelles, dans une salle de bal aux dimensions d'un stade de foot.

Dans ces gradins, « White Man » fait un peu tâche de blanc dans le hall des dorures. Une chanson politique, contre l’extermination des indiens par les méchants cowboys, au milieu de tout ce luxe, ce panache outrancier ? Allons. Chacun sait que « White Man » parle bien sûr des petits bonhommes que Mercury aimait bien dessiner dans la coco avant d’attaquer un concert, ce à quoi May, toujours soucieux des petits punks qui n’ont que du speed au diner rétorquait : « c’est pas bien de jouer avec la poudre ». Non je ne divague pas, regardez la vidéo du titre à Earls Court (au passage, c’est une version sans comparaison avec l’album, bien plus punchy). Ce nez le démangeait vraiment beaucoup.

Bien sûr, il faudrait, malgré une homogénéité rarement atteinte pour le groupe (ceux qui leur reprochent de bouffer à tous les râteliers feraient bien de commencer par cet album), citer les qualités de chaque titre. Gouaille férocement attachante de Roger Taylor sur le T-Rex Avery « Drowse », pièce-montée gospel-crème pâtissière Somebody To Love (« Somebody, Somebody !! Somebody !! » ça fait beaucoup de corps, quand même), et surtout, nonchalance et fraîcheur nocturno-balnéaire du doublé Long Away et You And I, sans doute l’un des meilleurs moments de toute leur discographie, de la pop étincelante comme du Badfinger rencontrant Thin Lizzy, mais en mieux, et avec des chœurs divins. Du Queen, quoi. Dommage que la face B accuse une certaine baisse de vitalité, sinon c'était le 6/6.

Un mot pour finir sur le faussement seconde-zone “Good Old-Fashioned Lover-Boy” (et non pas Good Old-Fashioned Lover Bear, je vous ai entendu penser), un genre d’hymne à la drague gay balancé, tranquilou, comme ça, au milieu de la face B. Quand Mercury s’est rendu compte que trousser une chanson de séduction sans aucune référence féminine et dont l’accroche mélodique envoie « Qu’esstu fait ce soir, hey garçon » passait pour de l’ingénuité, sans que personne ne relève rien, il a tout simplement décidé de la sortir en single… Mon avis perso est que sans l’horrible interview du NME en 77 (qui titrait quand même « cet homme est-il un con »), Mercury aurait fini par écrire une vraie chanson de coming-out (enfin, ne laissant aucun doute sur la masculinité de l’objet de son désir)… Une catégorie en soi, quoiqu’encore peu fournie… qu’esstu fout, hey Ghaal… tout ça. Bref, c’est encore une chanson gayissime de plus chantée en chœur par tous les supporters de hockey (sur glace, gazon maudit, terre battue, gelée de groseille, bref tous les sports de gros bras) du monde, et rien que pour ça, on pose un genou à terre et on dit « respect, Fred. »

note       Publiée le samedi 10 avril 2021

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Note moyenne        11 votes

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Giboulou › jeudi 22 avril 2021 - 21:45  message privé !

Fascinant. Le terme est particulièrement approprié. J'ai effectivement une fascination pour les albums de Queen où la présence de Mercury n'écrase pas les autres. Un peu à la manière de Sheer Heart Attack, le songwriting et le chant sont plus partagés. Le résultat, moins baroque (pour du Queen, hein), me touche particulièrement.

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SEN › jeudi 22 avril 2021 - 21:40  message privé !

Je suis totalement au diapason, un de mes 3 albums préférés de Queen !

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zugal21 › jeudi 22 avril 2021 - 21:33  message privé !

L'ai encore écouté ce jour . Il a quelque chose de fascinant.

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Giboulou › jeudi 22 avril 2021 - 21:22  message privé !

Premier commentaire sur Queen... Après 10 années de lecture presque quotidienne. Tout ça pour dire : - l'enchaînement "Long Away", "Millionnaire Waltz", "You and I" est vraiment stratosphérique - les "solos stéréo" de May sont à leur apogée sur cet album. Ceux de "Long Away" et de "Good Old Fashioned Lover Boy" sont un pur bonheur avec un casque: les sons, la construction harmonique, la dynamique. Classe permanente(e)!

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Raven › samedi 10 avril 2021 - 18:13  message privé !
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Pas le jumeau moins beau, non... Je le réécoute même plus volontiers qu'A Night. Pas qu'il y ait plus de grands morceaux dedans mais je le trouve mieux foutu, le bordel y est mieux agencé - aéré comme tu dis, on a moins l'impression de se prendre un coffre à jouets géant dans la gueule. Et puis une chanson douce toute simple, toute bête comme "You take my breath away" est une des plus belles jamais chantées par Tata Freddie. Je ferais presque claquer le "sous-estimé", mais ça n'aurait pas beaucoup de sens avec Queen.

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