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Public Enemy › Muse Sick-N-Hour Mess Age

cd 1 • 18 titres • 74:26 min

  • 1Whole Lotta Love Goin On In The Middle Of Hell
  • 2Give It Up
  • 3What Side You On?
  • 4Bedlam 13:13
  • 5Stop In The Name...
  • 6What Kind Of Power We Got
  • 7So Whatcha Gone Do Now?
  • 8White Heaven/Black Hell
  • 9Race Against Time
  • 10Aintnuttin Buttersong
  • 11Live And Undrugged Pt. 1 & 2
  • 12Thin Line Between Law & Rape
  • 13I Ain't Mad At All
  • 14Death Of A Carjacka
  • 15I Stand Accused
  • 16Godd Complexx
  • 17Hitler Day
  • 18Living In A Zoo (Remix)

enregistrement

1993–94

line up

Chuck D (MC), Flavor Flav (MC, production, basse, claviers), The Bomb Squad [Terminator X, Hank Shocklee, Keith Shocklee, Gary G-Wiz, Kamron, Kevin Boone] (production, scratches)

Musiciens additionnels : Gerry Comito (guitare), Darryl Dixon, David Watson, Bill Mobley (cuivres), Kerwin "Sleek" Young (basse, production), Nathaniel Townsley III (batterie), John B. Smooth, Norma Jean Wright, Paulette McWilliams, Bemshi, Carl DeHaney, The Punk Barbarians, Grandell Thompson, Jamel Bazemore, Sean Chaplin, Victor Brownlee, Harry Allen, Errol Nazareth, Jesse Smith, Andre Guilty, Mike Williams, Akilah Watkins, Raymond Mattry, Sheila Cabllero, Jeanette Harrod, Prince Yellordy, Jean Victor (chœurs), Tom Costello, Paul Reisch

remarques

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
grower rouillé

On raconte souvent que Public Enemy se sont liquéfiés au milieu des années 90... Ce n'est pas tout à fait ce qui s'est passé. Si on s'en tient à la musique, le PE cru 94 est en effet souvent plus arrondi des angles, plus "suiveur" aussi, à l'image de "Give it up" et son style un peu House of Pain, à l'image des nombreux recyclages qui émaillent la track-list... Mais si on s'en tient aux textes, c'est plutôt l'inverse. À l'opposé de tous les groupes de rap s'étant progressivement embourgeoisés, Chuck D a sans cesse durci le ton, constatant impuissant un abrutissement progressif du rap game, et même trois ans après le limogeage du problématique Griff because dé-rap-age, le fond n'a été jamais aussi remonté, au point de sonner quelque peu anachronique au milieu de la nouvelle génération gangsta / tai chi. Pendant que ça veut plus que jamais divertir avec plus de mafia et des egotrips de plus en plus pétés, Public Enemy injecte encore plus de mélanine dans les cages à miel du mélomane, et (re)vient nous causer en creux de concurrences victimaires entre les camps nazis et l'esclavage, en foutant les amérindiens au milieu, pfff, alors qu'on veut se détendre les méninges sur du G-Funk du Docteur et le kung-fu du Wu, non mais des fois... c'est quoi leur problème à ces gars, peuvent pas fumer un spliff comme Snoop, se détendre un peu ?

Public Enemy ne vient donc pas faire mumuse avec les jeunes aux dents longues, mais faire la morale, façon éducateur mal embouché. Et Chuck D se la jouer squale au milieu des piranhas. À l'heure du gangsta rap florissant, PE a la gerbe, et le fait savoir : si tu es un pauvre et que t'as que ça a foutre de tirer sur d'autres pauvres, tu vaux pas mieux qu'un flic zélé, et ton "fuck tha police" n'a aucun sens. PE Le Grand Frère veut toujours ruiner l'ambiance, ouais, et le jeu de mot de l'intitulé (ou de "what side you on ?") en dit assez... Même si sa musique s'est indéniablement adaptée aux tendances du moment, plus chaloupées, moins abruptes, ce qui parallèlement à son obstination à militer le mènera - ironie du sort - à disparaître des radars. Jusqu'à ne donner naissance qu'à de sporadiques suiveurs, mal embouchés comme eux, qui ont réellement repris ce flambeau d'un hip-hop politique au son austère - le plus mémorable étant sans doute Dälek, leur bébé le plus lourd sur la balance. Cruel destin au final, que celui de Public Enemy... Mais somme toute logique : le hip-hop ayant été créé par la machine qu'ils pensaient combattre, cette même machine les a renvoyés dans le néant underground, à coups de pied au cul, quand il ont persisté à vouloir jouer les éveilleurs de conscience alors qu'ils bouffaient au râtelier. Le radicalisme du fond n'était donc pas manifeste dans le son, plus arrondi dans les angles par le jazz et la soul, mais dans les mots de Chuck D qui n'ont jamais été aussi durs qu'en 1994. Ce n'est pas qu'une histoire de paroles, cependant, si pour vous cette part du hip-hop est accessoire : ça affleure nettement à la surface des beats et dans les flows, jusque dans le flan, le ragga rance, et autres machins gentiment agaçants, ça rôde un peu partout, comme une odeur encombrante de protestataire énucléé mais qui veut toujours pas la fermer, s'obstine à enquiquiner ceux qui veulent se résigner, se divertir, chiller, et ne surtout pas émettre d'avis sur quoi que ce soit d'un peu "chaud" idéologiquement, laissant ça aux chieurs et aux méchants comme Public Enemy.

Un groupe qui a pris un coup de vieux mais qui tient encore le pavé, qui peut pas s'empêcher de venir foutre son grain de dawa dans les ondes, même si les sirènes et les sifflements sont moins envahissants, même si les dissonnances commencent à sentir le faisandé. On sent vraiment les mecs qui se voient vieillir et font quelques concessions pour rester dans le game, mais on sent aussi tout du long qu'ils refusent de lâcher l'affaire, ces "vieux"-là, et qu'ils serrent davantage les poings même quand y a du cuivre soyeux. Dilution dans la nouvelle donne ou pas, des titres comme "Bedlam 13:13" (aussi puissante que les meilleurs morceaux des quatre précédents y a pas à tortiller), "What side you on?", "So watcha gone do now ?", "Aintnutting Buttersong" ou la remarquable "I stand accused" sont autant de sévères rappels à l'ordre... La première est muée par un beat des plus nauséeux, comme issu du second Ice Cube, inconfortable et en même temps surpuissant, le scratching acide et la basse bien grasse talochent sans retenue ; les autres, sèches, très boom-bap et sans superflu, mais armées de samples toxiques, se contentent de maintenir droit dans ses bottes un Public Enemy de plus en plus menacé dans ces années 90 saturées de emcees et beatmakers dangereusement inspirés. Archaïque, le PE de 1994 ? Désuet même, à l'heure des crews new-yorkais en pleine ascension, au risque de radoter... Et pourtant quelque chose reste fiché en travers de cette gorge, comme une putain d'arête impossible à extraire, et Chuck ne décolère pas. "Race against time", si elle peut sembler parodique avec sa variation d'"Immigrant Song", reste plus puissante que la majorité des trucs qui sortaient dans le genre en 1994. Mieux : "Hitler Day", ses relents hardcore pétés et sa batterie de boss (y a un côté authentiquement rap-rock ici, mais pas par le versant rock-foiré si habituel, ça tabasse même plus que la majorité de Body Count et de la B.O. Judgment Day).

En réalité, il se passe masse de choses dans cet album trop prolixe (tiens, ça me rappelle quelqu'un) - faut juste bien faire le tri... Et en dégrossissant, le tiers environ, on tient un album de rap massif. RZA et son équipe les ont déjà enterrés même s'ils ne le savent pas encore, Mobb Deep mettront un bon coup de pelle, Public Enemy est devenu un groupe ringard qui va progressivement tomber dans l'oubli... OK. Mais cet impénitent du hip-hop politique (ou plutôt politisé, si on se remémore les origines très disco et "divertissement sans prise de tête" de la chose) refuse de quitter les ondes, crache encore quelques pépites de hip-hop bien savoureuses, et même s'il commence à être l'ombre de lui-même - pour reprendre cette belle expression ringarde - ses derniers coups de griffe laisseront quelques cicatrices à ceux qui pensent étiqueter le macchabée Public Enemy et considérer que le cas à fait son temps, comme on range un dossier au placard avant de passer à autre chose, en bon pion de la société de consommation... Sous-estimé.

note       Publiée le dimanche 4 avril 2021

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Fabb74 › dimanche 4 avril 2021 - 15:38  message privé !

L'un des tout derniers album de PE qui vaut le détour. A noter que le projet solo de Chuck D "Mistachuck" sorti 2 ans après s'inscrit dans la suite logique de celui-ci avec des compos de grandes qualités !

Note donnée au disque :