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Michel Berger › Ça ne tient pas debout

  • 1990 • Apache 9031-71472-2 • 1 CD

cd 1 • 9 titres • 50:05 min

  • 1Ça ne tient pas debout
  • 2A quoi il sert
  • 3Les enfants chantent toujours
  • 4Privé d'amour
  • 5Le Paradis Blanc
  • 6Danser sur la glace
  • 7L'un sans l'autre
  • 8Chanson pour Man Ray
  • 9L'Orange Bleue

line up

Michel Berger (chant, claviers), Jannick Top (basse), Jeff Bova (synthétiseurs), Ira Siegel (guitare), Eddie Martinez (guitare)

Musiciens additionnels : France Gall (chœurs), Michael Thompson (guitare sur "Privé d'amour"), Michael Brecker (saxophone ténor sur "Danser sur la glace"), Christian Leroux (guitare sur "L'Orange Bleue")

remarques

chronique

L'ultime album de Michel Berger est le climax de sa discographie solo. Le pôle Nord de ce qu'on nommait alors Variété française, figée dans les synthétiseurs d'une new wave en phase terminale, suçant son pouce face à la Faucheuse, entre ces tubes et ces machines froides qui lui disent qu'elle n'en a plus pour très longtemps. L'album-cristal d'un homme arrivé aux frontières de son style et du reste, ayant atteint son point de pureté mélodique absolue, émancipé des rock-opéras dystopiques. Prêt à s'évaporer loin des hommes, cette viande moche pleine d'idées lourdaudes. Loin des minets narcissiques se répandant dans les micros, les radios, les sonos : Michel, plus léger que le soupir, mène son troupeau de mélodies aux pâturages célestes. Même en te parvenant d'un poste en coin au PMU devant ton jus de percolateur infâme, il t'amène un idéal, un coin d'Eden, avec un bout de presque rien. Même dans ta salle de bains il t'élève, quand tu te dis que t'as rien fondé et que t'es qu'un grand môme avachi, mais que c'est pas le plus important, parce que Michel t'attend, dans le grand yaourt du néant. Moins exacerbé que son ami l'engagé castrat Balavoine, moins crispant que le caprin Clerc, plus touchant que le kéké rockeur Goldman, Berger partage pourtant avec eux une forme de niaiserie et de naïveté propre à une certaine pop française, oui, mais il reste avec ce testament comme un mec définitivement à part dans ce triste business radiophonique. Son au revoir a l'air d'un grand sourire serein dans les nuages. Détaché, lévitant tel un ange ouaté dans sa mélancolie infiniment laiteuse, Michel est déjà ailleurs. Là-bas peut-être, là "où les nuits sont si longues qu'on en oublie le temps"...

Michel est déjà dans son Paradis Blanc, et nous appelle à l'y rejoindre. Son monde intérieur, cette immensité de bienveillance aussi aveuglante qu'une neige sous le Soleil au zénith... Il nous appelle à ressentir la beauté des glaces, en nous frappant par la verticalité de ce rythme abrupt et presqu'EBM d'une pop années 80 à son point de dureté maximal, dès le morceau-titre, arrondi par la basse dodue de Jannick Top, qui dodeline sur toutes les mélopées... Nous enjoint à nous laisser cajoler par ses borborygmes oniriques dignes de Wyatt, à la fin de la troublante "À quoi il sert"... Nous invite à caresser la douceur surnaturelle de sa conclusion écolo-béate "L'Orange Bleue", presque abstraite et concluant la ballade sur une touche Dire Straits, ou la progression de ces "Enfants qui chantent toujours" qui flirte subtilement avec le new age sans jamais faire autrement que planer, en état de béatitude absolue... La plénitude, oui, renvoyant à une enfance sans vagues aux contours vagues, vécue au milieu des prés sous une voûte céleste parfaite, mes veines bleues déjà dans mes langes, ma fin déjà écrite en filigrane dans ces yeux cernés d'enfant paumé : c'est cela que me renvoie cet album de pop pure. Michel y est irréel, même engoncé dans l'accoutrement synthétique typique d'une époque que l'objectivité seule jugera - peu me chaut, depuis ma banquise... Comment pourrais-je me détacher de cette voix de craie, plus pâle qu'une Lune de jour, et qui semble se résorber dans son petit pull à col roulé à chaque trémolo ? Oublier ces claviers palliatifs, équivalent sonore d'un ciel de Magritte, qui peignent des élégies avec quelques bricoles ? Cracher sur cette gentillesse si pure qu'elle est surnaturelle ? Berger, c'est ma grande madeleine, attention. D'ailleurs "Chanson pour Man Ray", on fait difficilement plus madeleine glacée, olala. Tout son spleen est dedans, c'est plus que de l'ADN c'est du rêve en bloc, un monde en soi, le synthétiseur me téléporte illico dans un cocon profond. Mon premier son "cold", si froid et pourtant si confortable. "On est rien qu'une image, quand le film est fini..." Sublime sur des petites chansons de rien, le Miche-Miche, quoiqu'en disent ceux qui pointent son absence de génie parolier - bagage superflu quand on fait de la pop atmosphérique. On pourrait décrire ses textes, en les considérant sans affect, comme le parangon de la chanson creuse aux contours flous qui allait fleurir dix ans après dans les télé-crochets, égrenant des banalités sur l'amour ou la condition humaine dignes d'un Alexandre Jardin sous opiacés. On pourrait aussi pinailler devant la surannée "Privé d'amour" ou son rock 80's façon Eric Carmen en hommage à une patineuse artistique, agréables mais plus génériques (même si je n'imagine pas l'album sans elles)... On serait que des merdes insensibles. Sourdes à cette tiédeur magique, qui mûrit merveilleusement bien, même si cela tient bien sûr beaucoup à la nostalgie qu'elle charrie. Je l'écoutais en 1990, bipède encore chancelant. Cet album est l'une des couleurs primaires de mes goûts musicaux, issues de mon éveil pré-mélomane. Le truc est plus primordial qu'une cigogne ou un chou, cherche pas.

"1990" : j'avais à peine l'âge de réaliser que le monde était en-dehors de moi, mais comprenais déjà ces étendues de meringues en blanc d'œuf de phœnix que Michel déployait autour de moi, et les imprimais à jamais dans mon bulbe mou ; j'en lapais avec délice les aurores, mystifié par le chant des baleines... "1990" : rien que le nombre de cette année on ne fait pas plus blanc et froid (à part 1980 - OK). Ce nombre m'évoque la vieille Lancia Beta blanche de mes parents, et la radio-K7 de cette semi-épave qui jouait mon bon Miche-Miche, les matins quand ça sentait la buée, cette musique sentait la buée, le matin... comme les claviers à la Badalamenti sur "L'un sans l'autre". Je n'ai pas de souvenir du grunge, clapotant dans ses miasmes d'américain drogué pendant que Berger planait, pâtre céleste, au-dessus de toutes les musiques FM du moment, au-dessus de tout, au-dessus de lui-même, même. J'ai grandi avec ce disque, oui. Et donc à juste titre, peux vous en parler comme d'un essentiel, qu'il en soit un ou pas selon des classements dont je me fiche impérialement. Les reprises par les émissions de télévision pourries que je n'ai jamais regardées, n'y changeront jamais rien non plus. Les avis pouvant s'afficher sur l'Internet encore moins, du coup. Berger il était sur le cloud bien avant toi, triste créature connectée ; essaie plutôt de te reconnecter à ce cœur sous la glace, clique sur le songe bleu, c'est un appel aux grands espaces à travers la voix la plus douce, cherche-le et trouve-le, tu sais où aller, ce n'est pas une blague... Les poissons d'avril ? Décongelés, réchauffés depuis belle lurette, les miens n'ont plus rien à dire... Je préfère parler aux poissons d'argent. "Comme comme, comme avant..."

note       Publiée le jeudi 1 avril 2021

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Note moyenne        2 votes

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Raven › mardi 6 avril 2021 - 14:12  message privé !
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Elle n'y est pas, en effet.

Note donnée au disque :       
Monsieur N › mardi 6 avril 2021 - 11:00  message privé !

Ben ouais je sais. Mon propos (pas très clair du coup...!) c'est que cette référence n'est pas dans la chronique.

Rastignac › vendredi 2 avril 2021 - 10:57  message privé !
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dans le paradis blanc

Monsieur N › jeudi 1 avril 2021 - 22:51  message privé !

Et le renvoi vers le 180° de DIAPSIQUIR il est où ?

Gouzi › jeudi 1 avril 2021 - 21:12  message privé !

Courageux de chroniquer Michel Berger. On peut se demander si un petit élan de nostalgie ne serait pas aussi derrière tout ça, même si Berger est capable de morceaux touchants. Et personnage sympathique chez qui on sent une véritable fibre artistique, qu'on adhère ou pas ( il faut le dire, c'est parfois bien merdique, entre autre avec ces sonorités racoleuses , variété française années 80). Bon, faudra que j'écoute cet album, vu que Le paradis blanc, très beau morceau, dont la dimension mystique me parle.