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Public Enemy › Apocalypse 91... The Enemy Strikes Black

cd 1 • 14 titres • 52:02 min

  • 1Lost At Birth
  • 2Rebirth
  • 3Nighttrain
  • 4Can't Truss It
  • 5I Don't Wanna Be Called Yo Niga
  • 6How To Kill A Radio Consultant
  • 7By The Time I Get To Arizona
  • 8Move!
  • 91 Million Bottlebags
  • 10More News At 11
  • 11Shut Em Down
  • 12A Letter To The New York Post
  • 13Get The Fuck Outta Dodge
  • 14Bring Tha Noize [feat. Anthrax]

line up

Chuck D (The Hard Rhymer), Flavor Flav (The Juice), The Bomb Squad [Terminator X (The Track Attacker), Hank Shocklee (Commander Of The Flight Deck), Harry Allen (Hip Hop Activist/media Assassin)] (production)

Musiciens additionnels : Anthrax, Sister Souljah (Sister Of Instruction/director Of Attitude), Frank Able (claviers), Fred Wells (guitare), Al Macdowell (basse), Steve Moss (congas), Ricky Gordon (batterie), Allen Givens, Broadway Horns, Lorenzo "Tony" Wyche, Tyrone Jefferson (cuivres), Kamron (scratches)

remarques

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
impact sans tract

Chaos Phase IV. Public Enemy touche toutes les couches de la population, rien ne pourra l'arrêter. Las, perte lourde de données, accident ! le consortium ne se démonte pas, et rempile dans le feu de l'urgence... Option : Gros Gnon dans ta face de p'tit trouduc apolitique. La sono prend cher (est-ce une Sony ?) et il faut bien l'avouer : malgré ses quelques morceaux funky-jazzy-nounouilles qui restent fort attachés à leur époque, Apocalypse 91 n'a pas grand chose à envier à ses prédécesseurs. Si on le prend objectivement (beeeuh), ce disque c'est déjà du PE auto-parodique, plus académique - la marmaille commençait à pas mal s'agiter en 1991 - et déjà du Bomb Squad de seconde main : oui... Et... on s'en taloche les glaouis au battoir à linge, vu comment l'machin boxe sans relâche ! Ce quatrième PE c'est d'abord du beat de python molure, du flow qui envoie le boa. La carrure d'un mirmillon armé de ghetto-blaster, qui frappe à l'ancienne, à la barlou... Oh, j'ois déjà l'historien aux narines gâtées par la colle à reliure, le classificateur 2.0 agrippé à ses demi-quarts de note, débouler menton levé pour remettre les pendules de Flav' à l'heure, ausculter façon flicaille : "mah Révenne, chgneugneu, les instrus sont bien moins chargées que sur le foutoir Fear, on a l'impression de mieux respirer, c'euh forceument moins bien hein, gné gneuh ?!" ERREUR, têtes d'ampoules : on s'en bat les rognons, quand on a un son pareil ! Allez me recalibrer ces tympans, hop-hop-hop, avec du gros hip-hop ! Simplification, nom d'une pipe à crack ! Ce qui se perd en complexité de samples gagne en groove, ouaip. Et pour une fois que le quatrième épisode d'une trilogie vaut le coup, on va pas faire la fine oreille... Yo était la déclaration de guerre ? It takes et Fear of a Black Planet étaient la guerre ?

Apocalypse 91, c'est l'album du vainqueur assis sur la colline, et prêt à juger les traîtres, avec pour seul fuel un courroux froid. Le comité est réuni, la pochette est sans équivoque, plus sinistre que jamais (didiou, Flav a pas comme des airs de gremlin là ?!), L'Ennemi Public aussi sûr de lui que Mohamed Ali, les baffles bombent, et les sanctions tombent, comme les têtes, les unes après les autres, jusqu'au featuring outre-bourrin avec Anthrax sur "Bring the Noise" (KVLT !). Si le sample archi-con de la mise en jambe "Lost at Birth" peut vite casser les burnes aux réécoutes - je la zappe désormais une fois sur deux, j'avoue - l'album se bonifie en avançant, plaçant ses pions en face A, et talochant plus que de raison en face B (daaaammm', "Shut Em Down" ! "Get The Fuck Outta Dodge" !), ce qui est une qualité notoire pour un disque de rap. Pas de sur-jeu de zapette-sampler ici non plus, et donc plus de clarté si j'ose dire : Apo '91 est comme dit plus haut moins collage-pillage que Fear - vandaliser pour les samples c'est bien mais faut passer à la caisse après, d'façon - ce qui est un mal pour un bien. Voici un disque qui n'a rien à foutre de sottises du style "avant-garde" : Apo'91 c'est la baston avant tout. Avec au passage un peu de réveil des masses forcément (ex. "1 Million Bottlebags", parlant des dégâts de cette liqueur de malt bas de gamme sur le prolo afro-ricain, on en verra d'ailleurs les bouteilles sur la pochette du suivant). Mais du gros son ronchon, surtout. Ce n'est plus l'album d'un groupe qui structure le chaos en sculpture conceptuelle primée, mais celui d'un groupe qui met la funky-fessée et qui rentre dans le lard à coups de sermons testostéronés, un groupe qui a plus que jamais envie de botter le derche des ignares, de menacer le redneck, de désigner les traîtres et les salopes (sérail politique, médias subventionnés et autres cercles de pouvoir mais aussi - surtout - les soit-disant "frères" qui s'entretuent), et aussi de faire comprendre que les noirs ne sont pas des putains de "nègres". Diantrefuck, même Flavor Flav est énervé ! Ça fait drôle, le bouffon du groupe qui nous la joue sérieux ; mais c'est la base du gros tube de ce disque : "I don't wanna be called your nigga". Flav, au lieu de servir de simple ponctuation divertissante tendance cartoon comme sur It Takes, semble lui-même galvanisé par la colère accrue du crew, en contrepoids à leur son plus accessible...

Chuck D de son côté est plus remonté que la pendule du comparse, ses vindictes galvanisant aussi brutalement que du bon Henry Rollins. Une voix d'armoire aux yeux grand ouverts sur le monde, un Chuck à bloc, tendu, veineux, plus gouailleur qu'une Jackie Sardou montée sur panzer (ça va ça parle à tout le monde, ou je suis déjà vieux ?), et qui veut aller en Arizona pour régler quelques comptes - ce qui donne un des morceaux les plus mastoc de PE, avec un break punitif certifié "méga gros marteau-pilon de la révolution industrielle qui concasse ta race", faisant de nos oreilles ses petites soubrettes dociles. Très très gros chunk du daron des emcees, et un de leurs titres les plus puissants, à jamais incrusté dans mon cœur de bunker... Le reste dégoise du brutal, du un peu de relou aussi (le côté "ON EST DANS LA PLACE YO - grosse manif" peut saouler si on est pas d'humeur, comme toujours avec eux), mais à peu près que de la bonne vieille calotte hip-hop de vieux cons qui partira jamais au lavage, comme le cambouis... J'aime définitivement cette approche plus directe d'un PE qui n'oublie pas ses dissonances, et son sens du vacarme, sans s'éparpiller dans un fatras de samples parasites. Correction quasi-intégrale, donc, et sa place à l'ombre confortable de It takes a Black Planet lui va très bien : il est le rejeton à sale gueule de Public Enemy. Un album mal embouché et roublard, à l'énergie plus compacte, plus crue, qui est idéalement à ranger plus près des Geto Boys que ses trois aînés discographiques, si vous voulez mon avis (ou pas, ça change rien). Rap de gros relou moralisateur, ouais... mais qui laisse un goût de sang et de plomb. Viens manger ta salade de phalanges fiston.

note       Publiée le samedi 3 avril 2021

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Fabb74 › dimanche 4 avril 2021 - 16:08  message privé !

Une bombe ce disque !

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torquemada › dimanche 4 avril 2021 - 12:48  message privé !

Ne connaissant rien du PE post "Muse Sick...", j'ai jeté une oreille au petit dernier à sa sortie il y a quelques mois (surtout qu'il a eu l'air d'être bien accueilli) et effectivement on sent qu'ils ont perdu leurs crocs acérés (musicalement).

Raven › dimanche 4 avril 2021 - 12:44  message privé !
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Oui j'ai pas abordé ici le cas Griff, la Nation of Islam et tout, mais sur le conflit de génération bah c'est ce que je dis en gros dans la chro du suivant (ne pas le snober non plus même s'il a plus de dechets-j'ai fait ça longtemps), on est raccord... Leurs sorties ont fini par s'enfoncer dans l'anonymat ou quasi pour diverses raisons.

@torque : bien vu !

Note donnée au disque :       
Dioneo › dimanche 4 avril 2021 - 12:34  message privé !
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Ouep, c'est l'album typiquement "oublié" du groupe, et ouais... C'est pire que dommage parce qu'il déboîte bien, dans sa simplicité (relative hein... "augmentée", on va dire). Passé à l'as pour pas mal de raisons : parce que oui, Nation / Fear avaient bien foutu le bordel et marqué les esprits avec leur son et leur discours dans-tous-les-sens ; parce qu'en effet, la génération d'après avait déjà pointé sa gueule depuis un moment et que sans doute alors les gangsta parlaient plus à la jeunesse des quartiers pétés (qui restait le gros du public du hip-hop à ce moment, encore, je crois) que les prêcheurs ; et parce qu'aussi PE s'était bien embrouillé en interne et avec "le ghetto" justement autant qu'avec "l'intelligentsia version conservatrice ET progresiste", à coup de tensions entre Chuck / Griff / Flav, de déclarations pro-Farrakhan / antisémites dudit Griff etc., cf les épisodes précédents pour ça. (Et cf Can't Stop Won't Stop de Jeff Chang pour toute l'histoire où celle-là s'inscrit, les rapprorts malgré tout entre PE et NWA/Ice Cube entre autres, histoire de bien saisir à quel point tout ça n'était pas simple)...

Mais donc n'empêche oui, on est d'accord : ce serait con de s'en priver x temps après les faits vu qu'avec le recul c'est le vrai dernier gros coup de la bande, ce disque, aussi bon que les deux précédents dans sa manière d'expédier plus sec, une sorte de baroud resserré qu'il serait con de négliger parce que la plupart des versions de l'histoire (anthologies etc.) le snobent connement, sous prétexte que ce serait la quatrième roue du tricycle. Nan... : ça marche pas comme ça, par trinité ou quoi, pâque ou pas le jour où le collègue vous en cause.

Note donnée au disque :       
torquemada › dimanche 4 avril 2021 - 12:29  message privé !

Pas d'Anthrax dans la liste des guests ?