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High Rise › II

  • 1986 • P.S.F. PSF-2 • 1 LP 33 tours
  • 1993 • P.S.F. SFD-2 • 1 CD
  • 2018 • Black Editions BE-002/002 • 500 copies • 1 LP 33 tours

lp/cd • 8 titres • 38:52 min

  • 1Cycle Goddess0:54
  • 2Turn Your Cry3:06
  • 3Cotton Top4:19
  • 4Last Rites2:49
  • 5Wipe Out5:13
  • 6Pop Sicle13:10
  • 7Monster A Go Go*5:23
  • 8Induced Depression*3:59

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré au Jam Studio, Shinjuku, par Kenji Kakasawa et Kazueteru Hama. Mixé par Kauteru Hama. Produit par High Rise.

line up

Asahito Nanjo (basse, voix), Munehiro Narita (guitare), Yuro Ujiie (batterie)

remarques

https://highrise.bandcamp.com/
*Monster A Go Go et Induced Depression sont des morceaux bonus de l'édition CD de 1993 (absents de la version LP/vinyle d'origine).
La réédition vinyle Black Editions de 2018 est une version transférée directement depuis les bandes-master d'origine, remixée et remasterisée par Asahito Nanjo en 2017. Disponible uniquement sur la boutique en ligne du label, cette version est accompagnée d'une cassette reprenant les High Rise Tapes - des démos du groupe, à l'origine seulement vendues sur la tournée de 1988, et là aussi remixées/remasterisées par Nanjo.

chronique

La même en studio et avec du son... Oui, oui : ça ne fait pas une mince différence !

A partir de là, on entend tout, chez High Rise : la batterie qui mouline et cloue : ici toute en toms roulants, manège à une vitesse (par morceau ? sur tout le disque?) une fois la machine lancée ; la basse qui chante – même si souvent, la mélodie diffuse là-dedans quelque chose de sinistre, des écarts mineurs qui obscurcissent, vicient l'atmosphère autant qu'elles y infusent une tension excitante ; la voix, cette fois – à peine audible sur l'album précédent (et premier), Psychedelic Speed Freaks, comme d'ailleurs à peu près tout sur ce live au son bouillie-noise, et qui là, sur ce II, lâche quelques couplets/refrains (strophes, disons – ici, séparer le chant en parties trop distinctes l'une de l'autre semblerait tenir de l'inutile finasserie), timbre aigu, « blanc », résonné dans une reverb froide, métallique (on dirait presque un Keiji Haino qui aurait appris à faire sobre, concis, à laisser tomber un moment la posture déclamatoire...) avant que le morceau parte pour de bon. C'est à dire : avant que la guitare s'embarque dans de longs solos tordus, dégueulants, pédale wha expressive, la substance exprimée jusqu'à vider le tube du moindre micro-gramme restant, triturée jusqu'à ce qu'elle, à ce qu'ils n'en puissent plus. Le schéma est invariable, plus ou moins, aux durées et vitesses près. Cette fois, ça s'entend pour de bon : ce qu'il y a là-dedans des Stooges en leur versant le plus exorbité, le plus hors de soi-même, explosé ; ce qu'il y a là-dedans de plus MCS « sans les conneries politiques » ("sic", hein, au sens où ça n'est pas du tout l'idée, ici, de militer ou engager ou quoi... ou alors d'engager la tête dans le trou, le déchirement cosmique pour voir ce qui va vous la bouffer, vous l'éclater, vous l'irradier derrière, juste comme ça – pour le fun) ; ce que ça doit à Blue Cheer, ils disent, eux, ils semblent y tenir – et oui, d'accord, ça en vaut une autre, comme référence pour donner une petite idée... Un jam-band barré garage-psyché de l'extrême, donc, poussé à bout, aussi buté que ça et le revendiquant – avec un sérieux sans réplique, pourtant, je précise ! (Rien de « méta » chez ces gars-là, rien de parodique, quoi qu'on puisse penser de leurs dégaines de rockeurs sortis tout droit de la machine à explorer les seventies cuir-et-chrome-et-graisses-attenantes). Rien d'autre ? Eh...« à peine », je serais tenté de dire : High Rise c'est dès le début, ça restera toujours facile, au fond : à aborder, à capter, à laisser défiler index après index, disque après disque ! Ce sera toujours brut et creusé à fond, gravé aux acides dans ces matières dures (bien qu'à priori eux se soient toujours targué de ne rien prendre, au fait, il me semble – oui oui, faire ça en restant « straight »... on est au Japon, voilà, c'est possible). Le groupe déclinera des décennies durant l'approche et ses figures, les changements de batteurs – Nanjo et Narita embauchant/débauchant l'un ou l'autre album après album, tournée après tournée – modifiant juste un peu l'angle, la densité de la mixture. Alors... En quoi ce serait « expé », avec ça, l'affaire ? Pourquoi, dans la littérature spécialisée, la presse de niches, leur histoire, leur disco à eux, côtoient-elle toujours celle d'Haino (justement), de Kan Mikami, de machins free-jazz qui explorent ou nient à l'extrême la forme, d'artistes « fous » qui conchient la linéarité ? Qu'est ce que ça fout sur P.S.F., ce label bientôt « mythique » où se fréquenteront, mêlés ou non, tous ceux-là – comment ça a pu commencer, même, ce catalogue, par eux, ce combo amplis-à-onze-emballez/déballez-c'est-pété ? Oh... Justement, peut-être bien par vertu de ce « détail » : l'acharnement, l'enfoncement, l'engagement jusqu’au-boutiste, sur ces bases si simples, innocemment fanatiques.

Oui : High Rise, ça devient « expé » parce que ça ne retient rien, ça s'emballe, ça va trop loin pour qu'on prenne ça pour « un groupe de hard rock/garage de plus » – parce que ça s'entête à être ça jusqu'à suer du sang, à ce que les membranes des tympans se confondent en communion avec celui des amplis. « Expé » parce que ça veut dire « expérience » au moins autant, là « qu'expérimental ». Parce que ça « fait corps » avec le son – aussi littéralement que possible, qu'on en sente la présence physique, que ses vibrations occupent l'espace comme un solide, que les termes « volume » ou « pression » ne soit plus seulement une métaphore, qu'il prennent à la fois tous leurs, les sens possibles. Que l'esprit, la perception, fondent – se fondent, confondent, se coulent au magma de la musique autant que la réciproque, qu'on ne sache plus lequel à quoi.

Et ici, donc : on entend tout, en détail – ces intentions là, chaque instrument dans sa bande du spectre, les nœuds et chevauchements qui font que ça sonne net mais d'un bloc. C'est presque ça le « problème » d'ailleurs – s'il en fallait un. High Rise II est bon – très, intègre, intense – mais presque trop lisible, trop propre. Qu'on me comprenne : le jeu ne l'est pas, et la prise de son ne lisse rien, j'imagine que c'est encore une fois assez peu retouché, mixé, enregistré sans doute en prise directe, les trois jouant à la fois ; simplement : ça sonne, donc, presque « trop fidèle». La guitare et la basse sont distordues, oui – hurlante l'une, enflée mais compacte l'autre, le grain bien rendu ; la batterie claque, tabasse... Mais la bande encaisse, n'est cette fois pas débordée, saturée, n'ajoute pas à la débauche la dimension sur-le-point-de-s'enflammer-à-force-de-surchauffer tellement palpables sur d'autres disques d'eux – studio ou live, ce sera d'ailleurs parfois difficile de faire d'emblée la différence, à l'oreille. High Rise II, oui : reste une première mandale d'accueil – du genre qui calme, qui sèche direct, annonce l'ambiance et l'incarne à l'instant même sans que puisse demeurer la moindre trace d’ambiguïté. Il ne fait pas de doute qu'un gros morceau comme Pop Sicle – qu'on retrouvera sur nombre de live, autrement joué – crochète tout de suite bien méchamment, avec ses treize minutes lancinées, fout sa trempe chaque fois au paquet de neurones-synapse qui s'y expose, fait immanquablement bugger la machine, avec son accélération finale comme une remontée/flash soudain incontrôlable. C'est délectable, aucun doute là-dessus – un parfait « vrai » début de discographie, après l'amorce amochée, le témoignage/manifeste de l'année d'avant.

Alors ?

Alors rien : attaquer par celui-là, oui, ça embarque autant que par un autre point – ça donne envie de creuser, autant que celle que « tout est dit ». L'impression se donne pleine, tout de suite, qu'on saura toujours avec eux, ensuite, à peu près où on tombera – et que ce sera « loin », barré, familier mais jamais reposant, lénifiant, toujours la grosse décharge tonique susceptible de vous laisser sonné, l'ampli poussé comme il faut. Impression trompeuse tout de même un peu : qu'ils ne pourraient jamais faire plus fort, « encore pire donc mieux ». Ou même que « mieux ou moins bien », ce ne serait qu'une question d'humeur (ou de charge ?) au moment de l'écoute. Au vrai : dans leur toujours-au-taquet, il y aura d'autres couleurs, d'autres variations de masses, textures, vélocités... Et les écarts de grain, de rugosité, ne seront jamais une question, seulement de d'ornement, de détail, de cosmétique… Il y en aurait de moins tranchants qui n'en écorceraient que mieux.

note       Publiée le dimanche 28 février 2021

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DukeOfPrunes › mardi 2 mars 2021 - 11:15 Envoyez un message privé àDukeOfPrunes
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Trop cool, ta chro ! Pour ce qui est de la faire parvenir aux artistes, tu sais parfois, un simple message Facebook suffit. La trad auto de Google n'est pas fameuse, mais elle communique l'essentiel. Un rocker japonais me le disait encore l'an dernier : "Quel monde pratique, que celui dans lequel on vit." :)

Dioneo › lundi 1 mars 2021 - 09:43 Envoyez un message privé àDioneo
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Merci pour le retour ! ... Quant à la traduction/l'arrivée aux yeux/oreilles des gens du groupe... Ce serait fantastique mais j'avoue : je doute que ça puisse arriver, question de circuits, de langue justement, entre autres (comme je disais parmi d'autres choses en MP).

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jacques d. › lundi 1 mars 2021 - 08:18 Envoyez un message privé àjacques d.

Il est à souhaiter que High Rise tombe par un moyen ou un autre (la traduction en japonais semblant le plus adapté) sur votre chronique qui est, à ce jour, la plus "juste" (avec toutes les réserves que l'on doit prendre avec ce mot qui sent un peu trop son rendu de cour de justice) et la plus pertinente sur leur boulot (ça valait le coup que vous y passiez une partie de votre dimanche !).

Dioneo › dimanche 28 février 2021 - 22:43 Envoyez un message privé àDioneo
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Le chant est très spécial, c'est sûr, très "distant", et avec ce timbre et cette manière si "typiquement japonais"... Je comprends que ça puisse faire obstacle - même si perso j'ai plutôt assez vite aimé la petite dose d'étrangeté supplémentaire que ça apporte au truc... En tout cas si tu aimes l'approche du groupe et les lâchages de gratte de Narita en particulier, tu devrais te retrouver dans certains lives passé l'inaudible premier - perso j'ai un gros faible pour leur Durophet de 1999, avec Shoji Hano à la batterie... L'album par lequel j'avais abordé le groupe, même, il me semble, après avoir lu une chronique dans Revue et Corrigée... (Mais bref, on en reparle bientôt - il est dans la poignée d'autres d'eux don j'ai l'intention de causer, de toute).

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GrahamBondSwing › dimanche 28 février 2021 - 20:53 Envoyez un message privé àGrahamBondSwing

Gros respect par rapport à l'approche puriste. Sortir ça en 1986, je trouve ça beau et fort. Les soli du guitariste sont loin d'être anecdotiques, Narita est capable de tricoter des chapelets de notes accrochées sur des fils barbelés sur des durées assez longues sans perdre son tranchant. Je suis moins convaincu par le chant, ça sera mon seul bémol.

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